samedi 19 décembre 2009

Aérorport de Zaventem: le profit pour la Flandre, les nuisances pour Wallonie et Bruxelles

L'Union belge contre les nuisances des avions (UBCNA) a affirmé ce vendredi 18 décembre que le secrétaire d'Etat fédéral à la Mobilité, le flamand Etienne Schouppe (CD&V), bloquait l’exécution de l’accord entériné sur les nuisances liées aux activités de l'aéroport national de Zaventem: "préférant un pourrissement de ce dossier totalement favorable à sa propre région du Noordrand, en accentuant la souffrance sur la région de Bruxelles-Capitale, la périphérie francophone de Bruxelles et le Brabant Wallon" (Lien vers le communiqué de l'UBCNA; lire aussi: RTL-Info: "Zaventem: Schouppe ferait barrage à l'accord au profit de la Flandre").

Plus d’un an après l’entérinement de cet accord, seulement un tiers du contenu de cet accord a été appliqué: les utilisations de piste le samedi, dimanche, et pendant les nuits ainsi que la limitation du nombre de vols de nuit par le départ de DHL vers Leipzig (qui n’est pas imputable à Schouppe). Quant au système prévu de diminution des quotas de bruit admis par les avions de jour et de nuit, il "ne produira pas réellement ses effets avant le 25 octobre 2014, puisqu’à l’insu du Gouvernement Fédéral, Schouppe tolère pendant 5 ans de nombreuses exceptions qui permettent aux avions les plus bruyants d’encore opérer pendant 5 ans de jour comme de nuit."

L’UBCNA ajoute: "Etienne Schouppe, ancien mandataire communal de Liedekerke (ndlr: commune située en Flandre), est juge et partie dans ce dossier; puisqu’une importante route de décollage depuis la piste 25 vers la balise de Chièvres (Route du Ring) frôle les limites de sa commune, et qu’il veut tout faire pour dévier ou supprimer ce corridor aérien de Liedekerke en le renvoyant vers le territoire de Bruxelles. Schouppe a clairement montré sa partialité et son manque flagrant d’objectivité dans ce dossier, il est au Gouvernement pour bétonner le plan de dispersion de ses prédécesseurs Anciaux et Landuyt, en développant le trafic aérien au profit de la Flandre mais avec toutes les nuisances pour Bruxelles, la périphérie francophone et maintenant aussi le Brabant Wallon."

Image d'archive. Depuis, rien n'a changé: la Flandre utilise l'Etat fédéral belge pour mener sa politique nationaliste tandis que les gouvernants francophones restent inertes. Ils disposent pourtant d'outils pour protéger la Wallonie et Bruxelles comme l'enclenchement d'une procédure en conflit d'intérêts.

lundi 14 décembre 2009

Les Orangistes et la Wallonie

L'Ordre du Prince d'Orange, en référence à Guillaume d’Orange le Taciturne (1533-1584), considéré comme le fondateur de la nation néerlandaise, prône le renforcement de l’union culturelle et linguistique entre les Pays-Bas et la Flandre. Le rêve de ses sympathisants, dont Herman Van Rompuy, Président de la section de Rhode-Saint-Genèse, est de fusionner les Pays-Bas et la Flandre et d'annexer Bruxelles et les Pays-Bas Français.

Dans sa dernière édition, datée de novembre 2009 (Lien), l'Ordre du Prince d'Orange se penche sur les "langues minoritaires" en Belgique: l'allemand et ... les langues parlées en Wallonie. Le français, parlé par plus de 40% de la population belge, n'existe pas, à leurs yeux. Les Wallons communiqueraient, selon leur analyse, en utilisant des dialectes locaux: le Lorrain, le Champenois, le Luxembourgeois, le Picard, et le Wallon. Le révisonnisme dans toute sa splendeur:

Les langues parlées en Wallonie selon l'Ordre du Prince d'Orange:

dimanche 13 décembre 2009

BHV: le déshonneur et la guerre

Accepter la scission de BHV sans élargir Bruxelles, c'est se préparer à signer Munich…
vendredi 4 décembre 2009
Le Soir: "Accepter la scission de BHV sans élargir Bruxelles, c'est se préparer à signer Munich…"
Serge Moureaux
Président honoraire du Parlement francophone bruxellois

"Que veut la Flandre ? Remettre en cause le compromis fédéral belge au détriment des francophones. Scinder BHV est une étape incontournable vers cet objectif. Le pire serait une débandade francophone dans la négociation.

Ce n'est hélas pas la première fois que je suis amené à confier au Soir une carte blanche sur le problème posé par la revendication flamande de scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Sans doute parce que certains francophones, y compris des personnalités éminentes ou de hauts responsables politiques, ne mesurent pas avec exactitude la portée réelle de cette revendication et ses conséquences prévisibles pour l'avenir de la Belgique.

En réalité, la Flandre veut, en plusieurs étapes, remettre en cause le compromis fédéral belge au détriment des francophones, wallons et bruxellois.

Pour les activistes du Nord du pays, il n'est pas possible de passer à l'étape séparatiste ou confédéraliste à leur sauce, sans avoir d'abord assuré l'isolement de Bruxelles en Flandre en remettant en question les concessions faites aux francophones dans les accords antérieurs. Pour l'essentiel, ce qui dérange les nationalistes flamands, ce sont les statuts particuliers des francophones de la périphérie (droits personnels, linguistiques, judiciaires et politiques) qui font qu'ils ne sont que partiellement intégrés dans la Flandre.

Ainsi, par exemple, la Cour constitutionnelle (qui l'a selon son président oublié aujourd'hui) a, quand elle portait l'appellation de Cour d'arbitrage, rappelé clairement que le Vlaamse Raad était incompétent pour réglementer l'emploi des langues dans les six communes à facilités (voir l'arrêt d'annulation du décret dit « de septembre »). Ces communes ne font donc pas intégralement partie de la communauté-région flamande.

Les arrondissements électoraux et judiciaires de Bruxelles-Hal-Vilvorde, maintenus au moment du compromis scindant la province de Brabant, constituent la garantie de droits fondamentaux pour les habitants de la périphérie. Ils tracent une exception au principe de l'homogénéité linguistique et politique de la périphérie et assurent un pont entre la Wallonie, Bruxelles et les concitoyens francophones qui y habitent.

Enfin, les facilités, bétonnées dans un accord historique mais constamment remises en cause par la Flandre, tissent des liens essentiels avec les communes majoritairement francophones qui jouxtent la Wallonie et Bruxelles.

C'est tout cet édifice, imparfait dans sa complexité mais accepté par tous, que la Flandre veut abattre, par une série de décisions coups de force qui visent à préparer le terrain d'un séparatisme ou d'un confédéralisme intolérable politiquement et économiquement pour les Wallons et les Bruxellois.

Scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde est, du point de vue flamand, une étape incontournable dans la marche vers ses objectifs de domination au détriment de la Belgique. La scission de BHV, c'est la stratification des futures frontières d'un Etat flamand, encerclant Bruxelles.

Pour les francophones, la conclusion est simple : un accord isolé sur BHV ne fournissant aucune garantie quant au statut futur de la Belgique n'est envisageable qu'à la condition :
– de confirmer tous les droits des francophones de la périphérie
– de donner à la communauté Wallonie-Bruxelles un territoire continu, englobant les communes à majorité francophone qui le souhaitent.

A défaut d'une telle solution, l'avenir est déjà écrit.

Dès après les élections fédérales, le Flandre subordonnera la constitution d'un gouvernement fédéral à ses conditions, dont on sait ce qu'elles comportent. Il sera alors trop tard pour revenir en arrière sur les questions de territoire ou d'homogénéité linguistique. La bataille sera perdue avant d'être engagée.

Accepter de négocier isolément la scission de BHV sans élargir Bruxelles c'est se préparer à signer Munich. Lors des accords de Munich, Winston Churchill avait prévu que ceux qui choisissaient le déshonneur pour n'avoir pas la guerre auraient à la fois la guerre et le déshonneur. C'est exactement ce que certains nous préparent. Le risque du chaos existe, mais il serait la conséquence d'un armistice mal réfléchi.

Le pire aujourd'hui serait une débandade francophone dans la négociation. Il nous faut un front uni, n'en déplaise à certains écolos, peu habitués à contrer la stratégie hypersophistiquée de la Flandre.

Car ce que je crains aussi, c'est que la Flandre ne souhaite, en réalité, pas d'accord sur BHV ni surtout accepter la moindre contrepartie significative à la scission, avec la volonté (affichée d'ailleurs par le Vlaams Belang et la N-VA) de passer en force à la Chambre et au Sénat tout en proclamant partout que l'échec provient des francophones ou de certains d'entre eux. La situation serait alors limpide : la chute éventuelle du gouvernement succédant à un coup de force parlementaire serait mise au débit des Wallons et des Bruxellois et la Flandre pourrait pousser ses feux en exhibant sa bonne conscience.

Tout cela nous pend au nez. Il n'y a qu'un moyen de l'éviter : afficher l'unité francophone dans la ligne du manifeste que j'avais lancé avec Antoinette Spaak in tempore non suspecto, en novembre 2006.

L'union de la Wallonie et de Bruxelles constitue le gage de leur survie et de leur dignité. C'est d'une tranquille fermeté qu'elles ont besoin. Tous les responsables politiques francophones doivent, unis, montrer une détermination sans faille.

Ce n'est vraiment pas le moment de reproduire les erreurs commises en 1970 par les Van den Boeynants et Machtens qui ont obligé plusieurs d'entre nous à mettre sur pied un rassemblement bruxellois, apte électoralement à faire barrage aux ambitions hégémoniques de la Flandre et à sa volonté d'annexer purement et simplement Bruxelles avec le dessein final d'isoler la Wallonie.

lundi 7 décembre 2009

L'Etat fédéral sous tutelle flamande

Les flamands occupent les principaux postes de représentation internationale de la "Belgique". Sans aucune réaction politique francophone. Le Vif-L’express rapporte dans son édition du 4 décembre 2009 (p. 20) que seul le Rassemblement Wallon a déploré samedi dernier "l’inexorable flamandisation de l’Etat belge". Herman Van Rompuy (CD&V) a été choisi comme Président du Conseil européen, Karel De Gucht (Open VLD) a décroché le poste de commissaire européen au Commerce. Yves Leterme (CD&V) est redevenu Premier Ministre de la Belgique, c’est donc lui qui représente la Belgique dans les sommets internationaux, y compris au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (!). Les Affaires étrangères sont sous la tutelle de Steven Vanackere (CD&V) et la Défense est confiée à Pieter De Crem (CD&V). Quant à la représentation "belge" à l’Exposition universelle de Shangaï qui s’ouvrira le 1er mai 2010, elle est exclusivement dirigée par la Flandre. Et l’ambassadeur en République Démocratique du Congo, pays francophone, est lui-aussi flamand.

En ce qui concerne l’armée, le Ministre flamand Pieter De Crem (CD&V) a nommé huit nouveaux généraux, dont sept flamands et un seul francophone. André Flahaut (PS) a dénoncé "ce coup de flamandisation" (p.23). De Crem laisse reconnaît que le "déséquilibre existe" mais il laisse entendre qu’il agit sans tenir compte des clivages linguistiques. Pourtant, selon Patrick Descy, délégué CGSP Défense, "c’est sous ce ministre que la Wallonie se transforme en désert militaire. Le plan de fermeture de casernes prévoit le déplacement en Flandre de nombreux militaires wallons. Et si le plan de restructuration doit vraiment se conformer au programme électoral des chrétiens flamands, il y aura forcément d’autres coupes claires, à l’horizon 2012, après les élections. A ce moment-là, on peut craindre que les casernes d’Arlon et de Tournai, où une partie des troupes est maintenue, ne soient fermées. Un pas de plus vers le désert!".

Les managers flamands au sein de la Fonction publique fédérale profitent clairement de la loi du nombre qui viole la parité linguistique dans les emplois de direction. Aujourd’hui, dans les 13 SPF (anciennement ministères fédéraux), on compte 58 Flamands contre 44 Francophones. Selon la Commission permante de contrôle linguistique (CPCL): "Le bilan est assez négatif en ce qui concerne le respect des proportions des cadres linguistiques. On constate d’année en année une aggravation des déséquilibres linguistiques". La CPCL épingle dans son rapport: SPF Mobilité et Transports: 45 FR vs 54 NL occupés aux emplois de direction; Economie: 72 FR vs 79 NL; Santé Publique: 33 vs 41 NL; Intérieur: 42 FR vs 48 NL; Technologie de l’Information et de la Communication: 3 FR vs 9 NL. Et en ce qui concerne les parastataux à vocation sociale (ONSS, Inami, Inasti, Banque-Carrefour de la sécurité sociale, Office national des Pensions, Office des Allocations Familiales pour travailleurs salariés, etc.): la flamandisation est totale.

La Flandre contrôle également les départements fédéraux relatifs à la justice, à la police et à la sécurité. Les deux derniers ministres de la Justice, Jo Vandeurzen puis Stefaan Declerck (tous deux CD&V) ainsi que les ministres de l’intérieur, Guido de Padt et ensuite Annemie Turtelboom (tous deux Open VLD), sont flamands. Au niveau du comité ministériel qui dirige le renseignement et la sécurité, on retrouve Yves Leterme (CD&V, Premier Ministre), Pieter De Crem (CD&V, Défense), Steven Vanackere (CD&V, Affaires étrangères), Stefaan De Clerck (CD&V, Justice), Annemie Turtleboom (Open VLD, Intérieur), tous Flamands. L’administrateur général de la Sûreté de l’Etat, Alain Winants, le chef du Service général du renseignement et de la sécurité de l’Armée (SGRS), Michel Hellemans, le président de l’Autorité nationale de sécurité, (ANS), Patrick De Beyter, le directeur général de la Direction général du Centre de crise (Intérieur), Jacques Raes, le fonctionnaire dirigeant l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (Ocam), etc. sont Flamands. Au total: quinze Flamands vs deux Francophones.

mardi 1 décembre 2009

The Times: "La Belgique se prépare au pire alors qu’Yves Leterme revient comme Premier Ministre"

Il a déclaré que son pays était un “accident de l’histoire”. Il a oublié l’hymne national. Il a insulté la moité de la population en suggérant qu’elle était fainéante ou stupide. Le premier mandat d’Yves Leterme comme Premier Ministre de la Belgique n’a pas été un succès résonnant. A présent, il est de retour.

Malgré le fait qu’il ait présidé une crise qui a presque fait éclater le pays, Mr Leterme, 49 ans, a été rappelé par Albert II, le Roi des Belges.

Herman Van Rompuy, qui a remplacé Mr Leterme, a été retiré des affaires pour devenir le premier Président de l’Europe. Mr Van Rompuy, aux yeux d’un hibou, qui écrit des haikus de poésie japonais dans ses moments perdus pendant des réunions ennuyantes, était considéré comme un maître du consensus qui a réparé les dommages du premier gouvernement dirigé par Yves Leterme. Le pays se prépare au retour d’Yves Leterme.

La Belgique a une structure politique compliquée, dépourvue de partis nationaux, mais bien de factions rivales au service des intérêts des communautés Francophone et Flamande.

Bien qu’il soit de père de langue française, Mr Leterme a été élevé comme un Flamand dans le Nord de langue néerlandaise, et il s'est maladivement alimenté par sa volonté de montrer son mépris pour les Francophones du Sud à plusieurs occasions. Il a suggéré autrefois que ce que les Belges partageaient encore était « Le Roi, l’équipe nationale de football, et certaines bières ». En 2006, il a fâché les Francophones en suggérant qu’ils étaient fainéants ou qu'ils manquaient des « capacités intellectuelles » pour apprendre le néerlandais. En tant que partisan de l’autonomie flamande, il a même déclaré que la Belgique n’avait « aucune valeur intrinsèque » en tant qu’Etat unitaire.

Il a aussi réussi à offenser les Flamands. Alors qu’on lui demandait de chanter l’hymne national, la Brabançonne, il a chanté la Marseillaise.

Mr Leterme, membre des Chrétiens Démocrates Flamands (Cd&V), a gagné les élections de juin 2007, mais la méfiance était telle entre les partis en discorde qu’il a été incapable de former une coalition gouvernementale en mars 2008. L'inquiétude était d’une telle importance qu’il a du prendre plusieurs semaines de congé.

Il a d’abord offert sa démission en juillet 2008 comme une façon d’essayer d’adoucir le débat sur la question de savoir si les deux parties du pays feraient mieux de prendre des chemins séparés. La dispute a éclaté sur fond de plans pour donner plus de pouvoir aux régions, vus comme pente glissante vers l’indépendance flamande, avec une gouvernement de cinq partis incapables de se mettre d’accord sur un budget.

La crise financière a eu lieu pendant son court régime et il a supporté le plus gros de la colère sur le démantèlement de Fortis, une banque belge, avant d’être forcé de démissionner en Décembre dernier.

Un haut magistrat a accusé des politiques de s’immiscer dans la vente de Fortis, mais Mr Leterme a été finalement blanchi de pratiques douteuses et il est revenu comme Ministre des Affaires Etrangères.

Il est encore injurié par une partie de la communauté de langue française dont le principal quotidien « Le Soir » a contesté son retour comme Premier Ministre et a organisé une pétition auprès de ses lecteurs.

Même le grand médiateur Mr Van Rompuy n’a pas exprimé son enthousiasme pour son successeur. « C’est à présent sa seconde chance. Il a tous les éléments pour prouver qu’il sera un bon Premier Ministre. Je l’espère pour lui et pour la Belgique » a-t-il déclaré.

samedi 28 novembre 2009

Droits judiciaires bafoués à Bruxelles

La Région de Bruxelles, à 92% de langue française, est officiellement bilingue français et néerlandais. La loi du 15 juin 1935 relative à l’emploi des langues en matière judiciaire est censée offrir des garanties de procédure en français ou néerlandais, tant au civil qu’au pénal, pour les habitants francophones et néerlandophones domiciliés dans l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV): tout justiciable a donc le droit inconditionnel d'être jugé dans sa langue par un magistrat qui parle la même langue. Ce droit a été confirmé par la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne (La Charte des Droits Fondamentaux de l'UE). Bien plus qu'une question linguistique, c'est la démocratie qui est ici en jeu et le respect des Droits de l'Homme.

Pourtant, de nombreux justiciables francophones se voient refuser l'accès à la justice dans la langue française par des juges flamands qui refusent le changement de langue. Ce samedi 28 novembre 2009, Maître Josiane Meunier lance un nouveau cri d’alarme (La DH: "Le mépris pour ... les francophones"): des juges flamands l’obligent à transférer ses dossiers (des automobilistes qui sont poursuivis pour des supposées infractions de roulage, etc.) à des avocats flamands. Elle déclare: “La loi est sans ambiguïté puisqu’elle prévoit: « Le prévenu … qui est traduit devant un tribunal de police ou un tribunal correctionnel où la procédure est faite en néerlandais, peut demander que celle-ci ait lieu en français ». Au lieu de ça, je ne compte plus les dossiers que je n’ai pas le droit de plaider” .

Le quotidien bruxellois rapporte que "Me Meunier a encore vu, voici deux semaines, l’un de ses clients, un Rixensartois, se faire condamner par un tribunal qui a estimé qu’un changement de langue allait retarder inutilement la procédure. “Le juge considère que les droits de la défense sont respectés parce le client est assisté par un avocat néerlandophone. Mais ce n’est pas le débat ! C’est le prévenu lui-même qui a le droit d’être jugé dans sa langue ! Et il est dit qu’il peut se faire assister d’un interprète… Un interprète belge en Belgique pour un Belge. Mais je rêve !” , s’irrite l’avocate. Aucun avocat néerlandophone ne souhaite apporter de témoignage. L’on comprend mieux pourquoi Me Meunier avait été insultée par un confrère flamand lorsqu’elle avait réagi publiquement, voici deux ans.

Lire aussi:

lundi 23 novembre 2009

La Flandre porte atteinte au droit de propriété et de libre circulation

La Flandre a informé les notaires de l'application du décret "Wonen in eigen streek" ("Habiter dans sa propre région") qui réglemente l’achat de terrains et de logements en donnant la préférence aux flamands sur le territoire de 69 communes, essentiellement situées en périphérie bruxelloise, à la côte, dans les banlieues de Gand, d’Anvers et de Louvain, et le long de la frontière hollandaise. Par ailleurs, partout en Flandre, une commune peut décréter 10 % de son territoire "zone d’habitat" soumise à la préférence "nationale" flamande (Le Soir: "69 communes du Nord plus flamandes encore"; site web du décret).

Les candidats acheteurs doivent passer devant une "commission d’évaluation provinciale" flamande (CEP), présidée par un juriste, composée d’"experts en attribution de logement", tous flamands. Les candidats doivent satisfaire à au moins un des trois critères suivants: 1. avoir été domicilié durant six ans, de manière ininterrompue, dans la commune ou dans une commune limitrophe, reprise sur la liste des communes cibles; 2. travailler au minimum à mi-temps dans la commune; 3. avoir noué avec la commune un "lien professionnel, familial, social ou économique important et de longue durée".

Depuis le 22 septembre, les notaires doivent ajouter une condition suspensive au compromis de vente. La vente pourra être conclue sous réserve de l’obtention de l’avis de la CEP. La réponse positive doit être actée. Après 60 jours, sans réception de cet avis, la condition suspensive est réputée réalisée. Une infraction à la procédure entraîne la nullité de la vente. Les notaires qui s’y prêtent risquent jusqu’à 5 ans de prison. Olivier de Clippele, notaire à Tervueren déclare : "C’est quasi de l’expropriation ... Ce décret est antidémocratique et discriminatoire, nous serons amenés à juger et à éliminer des gens dont nous pensons qu’ils n’ont pas le bon “profil"".

Le député fédéral MR-FDF Eric Libert s’apprête à introduire un recours en annulation et en suspension auprès de la Cour constitutionnelle. Il dit: "C’est le décret de la honte, il était déjà inscrit dans la note de flamandisation de la périphérie, rédigée en 2004 par le ministre Frank Vandenbroucke. Cette note réservait des biens fonciers et immobiliers publics à des personnes à revenus modestes et affichant un lien socio-culturel avec la Flandre. Ici, le décret s’en prend aux biens privés et ne prévoit pas de conditions de revenus. Il s’agit avant tout pour la Flandre que les Flamands restent “entre eux” chez eux".

Ce décret porte atteinte au droit de propriété et au principe d’égalité de traitement, garantis par l'article 11 de la Constitution. Selon la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme, il entrave "de manière disproportionnée" la libre circulation des personnes et des biens en ce sens qu’il discrimine les candidats acheteurs en fonction de leur origine. Denis Ducarme, député francophone MR explique (Lien): "Pour être très clair, vous qui lisez cet article et qui n'êtes pas flamand, que vous souhaitez pour des raisons qui sont les vôtres vous installer dans une de ces 69 communes, vous n'en n'aurez plus le droit pour la majeure partie d'entre vous et cela même si c'est votre souhait le plus intense."

mercredi 18 novembre 2009

Herman Van Rompuy: la réalité expliquée à la Présidence de la République Française

Ci-dessous, la lettre envoyée cet après-midi par courrier postal et électronique à la Présidence de la République Française et aux 577 députés de l'Assemblée Nationale. Elle sera également envoyée à l'ensemble des élus de Bruxelles par un collectif bruxellois et aux médias de Belgique et de France.

mardi 10 novembre 2009

Bart De Wever et les nazis

Dans une entretien donné à l’hebdomadaire "Télémoustique", publié le 4 novembre 2009, Bart De Wever, le Président de la N-VA ("Nieuw-Vlaamse Alliantie", "Alliance Néo-Flamande"), parti qui est dans l'actuel gouvernement flamand, réplique à Filip Dewinter ("Vlaams Belang", auparavant "Vlaams Blok", parti d’extrême droite flamand condamné pour racisme en nobembre 2004): "D’ailleurs, je me demande parfois ce qu’un personnage comme Gerolf Annemans fait encore chez vous. L’Annemans que je connais est un homme délicat, qui a de l’humour, est intelligent et a beaucoup lu. Dans un autre parti, il aurait pu faire une grande carrière" (p. 28).

Gerolf Annemans, cet homme "délicat, qui a de l'humour, intelligent ... qui a beaucoup lu ... et qui aurait pu faire une grande carrière", est député fédéral du "Vlaams Belang". Il est actuellement considéré comme le numéro deux de ce parti après Filip Dewinter. Pendant ses études à Anvers, il a milité à la Katholiek Vlaams Hoogstudenten Verbond (KVHV), une association étudiante catholique d’extrême droite. Après ses études, il a collaboré à la rédaction de "Dietsland-Europa", un bimensuel de réflexion idéologique édité par le groupe néo-nazi pan-néerlandais "Were Di" (RésitanceS), jadis dirigé par Karel Dillen, le dirigeant-fondateur du "Vlaams Blok" en 1978. B. De Wever avait assisté aux funérailles de K. Dillen.

Gerolf Annemans vient fleurir les tombes des soldats SS flamands


mercredi 4 novembre 2009

Lettre à Nicolas Sarkozy concernant la candidature d'Herman Van Rompuy à la présidence de l'UE



Procédure: 1. cliquer sur Lien, 2. "Download", 3. "Microsoft Word (doc)" 4. "Enregistrer" 5. Modifier éventuellement, signer et envoyer.

Lien vers la pétition: Lien

jeudi 29 octobre 2009

Riposte francophone à l'impérialisme flamand

Les quatre présidents de partis francophones, Elio Di Rupo (PS), Didier Reynders (MR), Jean-Michel Javaux (Ecolo) et Joëlle Milquet (CDH) se sont réunis ce mercredi 28 octobre 2009 pour se pencher sur les conséquences du vote par le parlement flamand du décret relatif à l’inspection pédagogique (Lien). Ils ont décidé de demander au parlement de la Communauté française d’introduire devant la Cour constitutionnelle un recours en suspension et en annulation du décret flamand confiant l'inspection des écoles francophones des communes à facilités à la Communauté flamande (Le Soir: "Recours francophone contre l’inspection flamande").

Les présidents francophones considèrent que le vote du parlement flamand constitue une provocation supplémentaire qui rompt la situation prévalant jusqu’à présent dans cette matière et qui perturbe la scolarité de près de 3.000 enfants francophones et la vie de nombreuses familles. Selon les présidents, il s’agit aussi d’un acte contraire à la loi spéciale de 1971 car la Communauté flamande devait avoir l’accord de la Communauté française pour modifier la législation (La Libre Belgique: "Inspection scolaire: recours en suspension et en annulation").

Le constitutionnaliste Françis Delpérée explique la "justice du Western: cela m'horrifie": le début d'une prise de conscience par la particratrie francophone?

Pascal Smet menace ouvertement Bruxelles

Le ministre du gouvernement flamand en charge de l’Enseignement, de la jeunesse, de l’égalité des chances et des affaires bruxelloises, Pascal Smet (SP.a, parti socialiste flamand), a fait approuver ce lundi 26 octobre 2009 sa note de politique générale 2009-2014 pour Bruxelles (Lien vers le document en pdf). Virage à 180 degrés pour celui qui n’a cessé de clamer haut et fort son identité bruxelloise alors qu’il était ministre de la mobilité dans le gouvernement Picqué de la Région de Bruxelles de 2004 à 2009.

Il explique son nouvel intérêt pour Bruxelles (p.13): "Bruxelles est la capitale de la Flandre et de l’Europe. Bruxelles est un laboratoire pour la Flandre. Bruxelles est aussi un accès sur le monde pour la Flandre. Bruxelles, en tant que capitale européenne, a une forte dimension mondiale. En soutenant le positionnement de Bruxelles comme cadran d’appel et point central de l’Europe, on renforce le rôle de la Flandre comme région européenne centrale et la Flandre peut se profiler pour la communauté internationale présente."

Les différents chapitres sont éloquents: "Vlaanderen voor Brussel", "Brussel voor Vlaanderen", "Vlaanderen in Brussel", "Brussel in Vlaanderen", "Het Nederlands in Brussel", etc. Il confirme l'offensive flamande dans un entretien donné au journal "Le Soir" ce mercredi 28 octobre (p.4). Question du journaliste: "Objectif flamandisation?". Réponse de Pascal Smet: "La note rompt avec le passé. La philosophie ? La Flandre est là pour Bruxelles et Bruxelles est là pour la Flandre; la Flandre doit être dans Bruxelles et Bruxelles doit être dans la Flandre."

Le nuage de mots-clés, dont la taille reflète la fréquence, généré par le logiciel Wordle.


Pascal détaille les points importants de sa note de politique générale : "On va créer sur la place de la Monnaie le « Muntpunt ». Ce sera notre vitrine, un endroit où on donne de l’info sur la présence flamande à Bruxelles … Muntpunt, ce sera aussi une agence autonome pour développer notre politique, vendre et expliquer Bruxelles d’une autre manière, en Flandre et à Bruxelles, avec les navetteurs ... Je veux faire quelque chose avec eux, les utiliser comme ambassadeurs de Bruxelles en Flandre. Et moi je serai le premier ambassadeur de Bruxelles en Flandre."

En ce qui concerne l'enseignement néerlandophone à Bruxelles, il déclare: "Les limites de l'enseignement néerlandophone sont atteintes. Sa qualité se détériore ... Il y a, dans l'enseignement néerlandophone, trop de gens qui ne maîtrisent pas le néerlandais. Beaucoup d'enfants ne parlent pas le néerlandais à la maison, ne regardent pas la télé en néerlandais, leur maman n'a pas de diplôme, ils vivent dans un quartier défavorisé. Quand cela se passe dans une ville dont la lingua franca est le français, c'est encore pire, parce que l'enfant ne vit même pas dans un environnement néerlandophone".

"Des solutions?" demande le journaliste. Réponse: "Il faut un certain nombre de néerlandophones par classe. Le but n'est pas de flamandiser, hein! ... Si des enfants choisissent le primaire néerlandophone, il faut qu'ils aient accompli leur dernière maternelle dans une école néerlandophone. Ceci entrera en vigueur le 1er septembre 2010. A défaut, il faut un test linguistique pour tester les capacités de suivre. On demande un engagement écrit des parents qui choisissent une école néerlandophone. Il faut que l'enfant regarde Ketnet, fasse des activités socio-culturelles en flamand."

Enfin le Ministre Smet menace ouvertement d'introduire une procédure en conflit d'intérêts par la Région flamande afin de bloquer le budget ... de la Région bruxelloise: "Je reconnais que les ministres bruxellois doivent faire un effort trop dur. Mais ils refusent de repenser la façon dont la Région fonctionne! ... Au fond, est-ce que la Flandre ne devrait pas introduire un conflit d'intérêts contre cette politique? Après tout, c'est quand même la capitale de la Flandre! On doit forcer Bruxelles à auditer la manière dont la Région est organisée. Si les Bruxellois ne sont pas capables de le faire, d'autres devront intervenir."


Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

lundi 26 octobre 2009

BHV: Tic-Tac et Boum!

Le Parlement de la Communauté germanophone a décidé ce lundi 26 octobre 2009 d’enclencher une procécure en conflit d'intérêts pour bloquer pour 120 jours de plus la proposition de loi de scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, adoptée en commission de la Chambre en 2007, majorité flamande contre minorité francophone (La scission de BHV: rupture du pacte des belges). Il s’agit de la dernière procédure en conflit d’intérêts possible puisque la minorité flamande de Bruxelles, qui bénéficie au niveau régional d'une parité gouvernementale, ne permettra jamais qu'une telle procédure soit votée au Parlement bruxellois. En l’absence d’une solution négociée, les Flamands des partis démocratiques et des partis fascistes pourront donc procéder au vote final sur la scission pure et simple de BHV vers le mois d’avril 2010.

Dans ce cas de figure, les francophones ont prévu d'actionner la "sonnette d'alarme", un mécanisme qui leur permet de déposer une motion motivée, signée par les trois quarts au moins des membres du groupe linguistique francophone de la Chambre des représentants ou du Sénat, qui déclare que les dispositions de la proposition de loi portent gravement atteinte aux relations entre les communautés. Le dépôt de cette motion entraîne la suspension de la procédure parlementaire, la motion étant envoyée pour avis au Conseil des Ministres, qui a 30 jours pour se prononcer et dont la composition est paritaire (francophone / néerlandophone). C'est surtout une façon de gagner du temps car il est évident que ce débat reporté entre ministres ne pourrait trouver de solution là où l'essence démocratique aura échouée.

Si un accord ne se dessine pas, la loi votée par les seuls députés flamands ne sera pas sanctionnée, et a fortiori promulgée, puisqu'il n'y aura plus alors de Conseil des Ministres paritaire pour proposer le contreseing au Roi. La dissolution des Chambres et des élections anticipées devrait s'ensuivre. Cependant, la Cour Constitutionnelle estime qu'il ne pourrait y avoir d'élections législatives fédérales sans qu'ait été trouvée une solution s'agissant de BHV. Elle estime que les arrêts de la Cour d’arbitrage ne doivent pas être considérés comme de simples avis mais qu'ils engagent l'autorité politique. Ces arrêts stipulent que le maintien de la circonscription électorale de BHV est incompatible avec le découpage électoral en provinces pour les élections de la Chambre des représentants. Cela signifie l’impossibilité politique et juridique de former un nouveau gouvernement fédéral et, par conséquent, la fin de la Belgique.

Si cet arrondissement électoral est effectivement scindé:
  • Les quelque 150.000 francophones de la périphérie bruxelloise, dont une partie a été placée arbitrairement dans la Région linguistique flamande, perdraient la possibilité de voter pour des candidats francophones bruxellois aux élections législatives et européennes. La scission de l'arrondisssement électoral entraînera également la scission de l’arrondissement judicaire et donc la perte, pour les francophones, de la possibilité de se faire entendre en français devant les juridictions de Hal-Vilvorde. Les "facilités linguistiques" accordées aux francophones dans les 6 communes à régime spécial du Brabant flamand seront aussi « fragilisées » et à terme elles disparaîtront. La scission de BHV est donc l’occasion pour la Flandre de sceller l’unité linguistique, politique, et territoriale de ce qu'elle estime être « son » territoire.
  • Si la Flandre venait à prendre son indépendance, la frontière de l'Etat flamand serait bétonnée et difficilement contestable puisque suivant la tendance actuelle du droit international, en cas de partition d'un Etat c'est le principe "uti possidetis ita possideatis" ("comme vous possédiez, ainsi vous posséderez") qui s'appliquerait vraisemblablement, principe selon lequel les limites administratives internes acquièrent le caractère de frontières d'Etat protégées par le droit international. Scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde, c’est donc préparer la scission de l’Etat belge. La Région de Bruxelles-Capitale, à 92% francophone, se retrouverait juridiquement enclavée dans un pays unilingue flamand aux frontières intangibles comme hier Berlin encerclé par l’Allemagne de l’Est. Loin d’être symbolique comme on l’a prétendu, la scission de BHV entre bel et bien dans la logique d’indépendance.
  • Le pacte implicite qui veut qu’une communtauté s’abstienne de tout vote sectaire contre une autre communauté - "le pacte des Belges" – serait définitement rompu. Comme les Wallons, les germanophones n'ont pas d'intérêt direct à la scission de BHV. Mais ils le sont indirectement en tant que citoyens belges soumis à la loi fédérale. En effet, l’utilisation de « la loi du nombre », à savoir le vote par la majorité flamande d’une proposition de loi contre la minorité francophone, ferait entrer la Belgique dans une logique de confrontation "ethnique", susceptible d’être utilisée dans d’autres dossiers sensibles, qui pourraient concerner les Wallons ou les germanophones. C’est pour cette raison que tous les partis francophones rejettent les actes unilatéraux et soutiennent la recherche d'une solution négociée au problème posé par l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde.
  • La Flandre lancera un raid sauvage sur la Wallonie dont les moyens de communication externe sont dépendants d’elle et dont le destin a été tracé lors de la constitution du Benelux, l’entente économique entre la Belgique, les Pays-Bas et le Grand-Duché de Luxembourg. Les Flamands veulent une liaison directe, de territoire à territoire, avec la cousine germanophone, l’Allemagne. Ils préparent déjà le terrain en faisant introduire le bilinguisme dans l’enseignement en Wallonie, et même l’unilinguisme flamand dans le secteur touristique, en faisant miroiter l’octroi d’un emploi, d’un logement, de soins à ceux qui s’engagent à pratiquer le flamand. La Wallonie sera amenée à devenir le satellite de la Flandre, et peut-être, à échéance plus ou moins rapprochée, à être intégrée dans le territoire d’une future grande nation néerlandaise reconstituée.
Les Flamands ont tiré la conclusion qu'on ne négocie pas avec un faible, mais qu'on lui impose sa volonté via le recours à la loi du nombre (abusive lorsqu'un électorat est divisé en deux parties presque égales comme en Belgique où il y à 60 % de Flamands et 40 % de Francophones). Dans ces conditions, et à défaut d’une solution négociée, rejetée depuis longtemps par les Flamands, il est dans l’intérêt des Bruxellois et des Wallons, de refuser la promulgation de la loi relative à la scission de BHV. Ce refus forcera la majorité flamande à s'orienter rapidement vers la seule négociation utile et raisonnable, celle qui organise pacifiquement la succession d'Etat en délimitant, sous l'égide des instances internationales et de nos pays alliés, des frontières qui respectent enfin la volonté des populations locales. Soit le retour de la démocratie et des droits et libertés pour tous, trop longtemps bafoués dans la "Belgique".

Lire aussi

L'enclavement de Bruxelles par la scission de BHV
Ligue wallonne de la Région de Bruxelles: "La satellisation de Bruxelles ... et de la Wallonie"

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jeudi 22 octobre 2009

Le symptôme belge au Vatican

Ce dimanche 11 octobre 2009, le pape a proclamé 5 nouveaux saints en la basilique Saint-Pierre de Rome, dont le Père Damien (Jozef de Veuster), né à Ninde, dans le Brabant Flamand, en Belgique. Le Roi et la Reine, ainsi qu'une importante délégation politique, dont les Présidents du Sénat et de la Chambre et le Premier Ministre, étaient présents. L’homélie prononcée par Benoît XVI était constituée d’un passage en néerlandais, ensuite en allemand, et enfin en français (Lien).

Dans le texte en néerlandais, le pape a déclaré que le pays natal du Père Damien était la Flandre. Il s’est donc projeté dans l’esprit des Flamands qui considèrent la Flandre comme leur véritable pays, bien plus que la Belgique, terme qu’il n’a d’ailleurs jamais utilisé dans son discours en néerlandais: "Jozef De Veuster, qui reçut le nom de Damiaan dans la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, quitta la Flandre, son pays natal, en 1863, à l'âge de 23 ans, pour annoncer l'Evangile à l'autre bout du monde, sur les îles Hawaï.".

Par contre, dans le texte en français, le pape parle de "L'Eglise en Belgique"; mais il ne présente pas la Belgique comme le « pays » du Père Damien, ce qui aurait pu froisser, dit-on, les Flamands, alors que de nombreux Francophones considèrent naturellement la Belgique, toute la Belgique, comme « leur » pays. « En ce 20ème anniversaire de la canonisation d’un autre saint belge, le Frère Mutien-Marie, l’Eglise en Belgique est unie une nouvelle fois pour rendre grâce à Dieu pour l’un de ses fils reconnu comme un authentique serviteur de Dieu. »

Ensuite, le pape prononce la petite phrase suivante: "saint Damien nous entraîne à choisir les bons combats (cf. 1 Tim 1, 18), non pas ceux qui portent la division, mais ceux qui rassemblent". Le détail croustillant est que cette phrase n’apparaît pas dans le texte en néerlandais. Le pape pense-t-il donc qu’il revient aux « Belges francophones », et non aux Flamands, d’enterrer la hache de guerre communautaire? Un comble quand on a pris connaissance de la multiplication des incidents suscités par les autorités flamandes.

Selon une bonne source, le choix des mots dans l’homélie du pape, et le reproche ciblé sur les Francophones de Belgique sont le résultat d’un intense lobbying exercé par les diplomates belgo-flamands présents à Rome.

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Périphérie : la Flandre vote l’inspection des écoles francophones

Le parlement flamand a adopté ce mercredi 21 octobre 2009 le décret qui confie à la Communauté flamande l'inspection dans les écoles francophones des communes à facilités de la périphérie bruxelloise. La proposition, déposé à l’origine par le parti néo-fasciste N-VA, avait été adoptée fin 2007 en Commission, provoquant la colère des partis francophones, qui avaient engagé une procédure de conflit d'intérêts, successivement au parlement de la Communauté française, à l'assemblée de la Commission Communautaire française (Cocof) et au parlement flamand (Lien). Le délai dans lequel un nouvel organe peut relancer la procédure est maintenant expiré et le parlement flamand a donc décidé en toute hâte de voter la proposition, afin d'empêcher une éventuelle initiative du parlement bruxellois (Le Soir: "La Flandre inspectera les écoles francophones de la périphérie"). Concrètement, les écoles francophones concernées deviendront à terme des écoles flamandes à part entière avec un programme de cours établi par l’autorité flamande, à une exception près: les cours pourront encore y être donnés en français ("het Vlaamse Franstalige basisonderwijs"), mais pour combien de temps encore?

Le coup de force du Parlement flamand illustre concrètement que le "bétonnage" des facilités, ne suffit pas dans la réalité quotidienne, à protéger réellement les francophones des communes à facilités. Nicolas Bombelette, juriste, explique: "C'est assez symptomatique en fait de quelque chose de plus général et qui est la fragilité du statut des droits des minorités en Belgique … la technique de bétonnage est assez particulière, dans la mesure où vous ne trouvez aucun article dans la Constitution, qui dit: voilà, il y a des facilités linguistiques dans les communes à facilités ou il y a des facilités linguistiques dans les Fourons. Tout ça se trouve dans des textes qui datent généralement d'avant même la naissance de l'Etat fédéral. Donc effectivement, même si ces droits existent, même s'ils ont été bétonnés et que, notamment, on impose le recours à des majorités spéciales, au niveau fédéral, pour pouvoir les modifier, plutôt, que de modifier ces lois qui sont devenues inmodifiables, en raison de l'exigence de majorité spéciale, et bien on joue plutôt sur l'interprétation de la Constitution" (RTBF: "Periphérie bruxelloise: les facilités sont-elles si fragiles?").

La ministre de l'enseignement obligatoire Marie-Dominique Simonet (CDH) insiste sur le fait que la compétence de la Communauté française pour exercer l'inspection pédagogique des écoles francophones des communes de la périphérie est explicitement prévue dans une loi spéciale qui ne peut en aucun cas être remise en cause unilatéralement par la Flandre. Elle proposera donc au gouvernement de la Communauté française d'introduire un recours contre ce décret devant la Cour constitutionnelle. Le CDH ajoute: "Alors que les francophones prônent l'apaisement et la concertation en matière communautaire, cet incident est perçu comme un affront et contrevient aux droits élémentaires des habitants francophones des communes à facilités" (La Libre Belgique: "Inspection scolaire: Simonet propose un recours devant la Cour constitutionnelle").

Le PS regrette le passage en force du Parlement flamand contre les écoles francophones de la périphérie, qui met en péril la bonne conduite du dialogue institutionnel à venir, a indiqué mercredi après-midi le parti dans un communiqué. Le PS souligne que le parlement flamand a abusé de ses prérogatives, en violant une loi spéciale votée en son temps par les deux communautés linguistiques, loi spéciale qu'elle a respectée pendant près de 40 ans. "En passant ainsi en force, et en négligeant les conflits de compétences pointés par le Conseil d'Etat sur leur texte, la Communauté flamande contribue à créer un climat peu propice à des négociations sereines sur la réforme de l'Etat", note le PS.

La chef de groupe MR au parlement de la Communauté française Françoise Bertieaux s'est également montré très critique sur l'attitude du Parlement flamand. "C'est une baffe et une catastrophe", a-t-elle commenté. "En passant en force, le parlement flamand donne un très mauvais signal alors que des négociations institutionelles doivent s'ouvrir et qu'il faut régler le problème Bruxelles-Hal-Vilvorde. Il y a déjà eu beaucoup de musculation préalable sur ce dernier dossier. On n'avait pas besoin de ce pas supplémentaire", a-t-elle souligné.

Le FDF souligne que le coup de force conduisant à une tension entre Communautés émane des seuls partis flamands, le parti du premier ministre en tête: "le CD&V a pris cette initiative par crainte de voir le Parlement bruxellois soulever une nouvelle procédure de conflit d'intérêts. Ce faisant, le CD&V contredit les déclarations du premier ministre Van Rompuy et de la présidente du CD&V qui appelaient encore récemment à une solution négociée sur tous les dossiers concernant la périphérie de Bruxelles". Le FDF exprime également son amertume car, alors qu’il avait pris l'initiative bien à temps de déposer une motion de conflit d'intérêts à initier par le Parlement bruxellois, la majorité régionale PS-CDH-ECOLO a tergiversé pour ne pas déplaire aux partis flamands. Avec le résultat que l'on connaît.


Edito du journal "Le Soir": "Inspection scolaire: la Flandre brise notre confiance"

OLIVIER MOUTON
jeudi 22 octobre 2009, 06:55

"Le parlement flamand a voté à la hussarde le décret confiant à la Communauté flamande l'inspection pédagogique dans les écoles primaires francophones des communes à facilités de la périphérie bruxelloise. Un coup de force. Une provocation intolérable qui survient au pire moment, alors que le Premier ministre Herman Van Rompuy s'est promis de résoudre le dossier politiquement délicat de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

Combien de temps encore devra-t-on supporter cette schizophrénie ? La majorité régionale flamande, emmenée par le CD&V Kris Peeters, jette délibérément une peau de banane sous la majorité fédérale emmenée par un autre CD&V, Herman Van Rompuy. Au nord du pays, les démocrates chrétiens sont définitivement sous l'influence des nationalistes de la N-VA dont le seul objectif avoué consiste à laisser pourrir le devenir belge.

Ce vote, intervenu à l'unanimité des partis flamands, n'avait d'autre urgence que de couper l'herbe sous le pied de la procédure en conflit d'intérêts qui aurait pu être initiée par les francophones depuis le parlement bruxellois. Comme une métaphore de ceci : les partis flamands ne veulent pas d'une solution négociée sur BHV. Autrement dit : ils veulent scinder cet arrondissement à leurs seules conditions. Comme un sinistre rappel de ce vote en commission parlement du parlement fédéral, le 7 novembre 2007. Scindant unilatéralement l'arrondissement de BHV, il avait, à l'époque, durablement miné le climat communautaire.

Cette fois encore, comme une décevante rengaine, un coup de fusil venu du Nord siffle à nos oreilles. Pascal Smet, ministre flamand de l'Enseignement, a beau rassurer, affirmer qu'il gérera cette inspection communautarisée en concertation avec son homologue francophone, on peine à le croire. L'objectif, à terme, semble écrit : il s'agit ni plus ni moins d'imposer le néerlandais dans les écoles francophones de la périphérie. Une politique du fait accompli pour miner, une nouvelle fois encore, les facilités.

Dans ce contexte, à quoi bon encore se montrer ouvert à une négociation sur BHV ? Ce vote flamand est à la fois une provocation et une douche froide. Les francophones ne peuvent plus leur faire confiance."

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mercredi 21 octobre 2009

Le martyrologe de la Commission communautaire flamande

Bruselo.info est un projet de l’Assemblée de la Commission communautaire flamande (VGC) qui est compétente pour une série de services réservés aux Flamands de Bruxelles: écoles et bibliothèques, clubs de sport et plaines de jeux, accueil de la petite enfance et soins aux personnes âgées, théâtres et concerts. La VGC déclare, sans rire, que "Bruxelles était autrefois une ville néerlandophone qui a pris au fil du temps des allures cosmopolites" (ndlr: 92% des Belges bruxellois appartiennent au groupe linguistique français, 96% des Bruxellois parlent le français). Je vous invite à lire les différents documents publiés par la VGC, un véritable festival de martyrologe flamingante, de révisionnisme historique, et de négation de la réalité sociologique et linguistique de Bruxelles.

Quelques extraits publiés par l'autorité flamande:

"L'origine néerlandophone de Bruxelles est indéniable … Bruxelles a d'ailleurs été longtemps plus flamande que la Flandre ... Chacun devrait savoir que géographiquement, Bruxelles n'est pas une ville frontalière mais est entourée de toutes parts par le territoire flamand; qu'historiquement, Bruxelles est une ville flamande, aussi flamande qu'Anvers et Gand, et que son illustre patrimoine culturel est flamand." (ndlr: Bruxelles n'a jamais été une ville flamande. Bruxelles est une ville brabançonne, située dans la province du Brabant, séparée des Flandres).

"Vers la fin du dix-neuvième siècle, Bruxelles fut l'objet d'une francisation massive sous la pression de l'élite francophone de la Belgique unitaire. La connaissance du français devient une condition sine qua non pour obtenir un poste ou une promotion. En face, le néerlandais est affaibli comme autre langue de référence. Le déclin économique de la Flandre au milieu du 19e siècle contribue encore à ce qu’on identifie le flamand avec la pauvreté, l’arriération et la rusticité. La langue, comme la tenue vestimentaire, trahit la position sociale et le degré de civilisation."

"Il faut aussi tenir compte de la manière dont l’enseignement primaire sert de machine de guerre à la francisation ... En violation de la loi linguistique votée par le Parlement en 1914, qui introduisait aussi l’enseignement primaire obligatoire, la francophonie bruxelloise impose la liberté totale des parents dans le choix des langues, cachant sa manœuvre de francisation derrière le voile pudique de la liberté intellectuelle."

"La Seconde Guerre mondiale menaça de porter un coup fatal à la langue néerlandaise à Bruxelles. A la Libération, la population bruxelloise paya lourdement la collaboration des nationalistes flamands avec l'occupant nazi. Tout ce qui était flamand à Bruxelles était systématiquement associé à la trahison et la collaboration ... Le recensement linguistique de 1947 le reflétait déjà, la manière dont les manifestants pendant les marches flamandes sur Bruxelles en 1961 et 1962 sont accueillis comme un défilé de nazis le dit plus clairement encore."

"La première décennie qui suivit la Seconde Guerre mondiale, les années cinquante et soixante du siècle dernier, peuvent être décrites comme les années 'de catacombes' pour les Flamands bruxellois. Une période pendant laquelle ils devaient compter sur leurs propres forces pour défendre la survie de leur langue, de leur culture, de leur enseignement. Il fallait alors du courage et du dévouement pour se profiler comme Flamand à Bruxelles. Je suis moi-même d'une génération d'enfants qui devaient essuyer des injures, se faisaient traiter de 'sale flamin' ou jeter des pierres à la tête pendant la récréation tout simplement parce qu'ils étaient flamands."

"Alors que la Flandre se néerlandise, Bruxelles se francise, aussi bien verticalement génération après génération, qu’horizontalement via le nombre croissant de communes qui tombent sous ce statut linguistique: de neuf à treize, puis seize, puis dix-neuf. L’urbanisation et la sub-urbanisation vont donc de pair avec la francisation, le niveau national et le niveau communal de prise de décision se renforçant mutuellement. Jusque dans les années 60, quand le Mouvement Flamand devient assez puissant pour s’attaquer à la situation linguistique à Bruxelles, ses dix-neuf communes sont dominées par le français."

"La communauté flamande a réalisé un véritable exploit à Bruxelles. Une communauté affaiblie et opprimée est devenue en dix ans florissante, dynamique et sûre d'elle. Marqués par leur position d'infériorité et leur lutte pour la survie de leur culture pendant les années de catacombes, les Flamands bruxellois ont appris plus vite que les autres à faire cause commune. .. La communauté flamande tout entière peut contribuer à l'avenir de la seule capitale que nous ayons; il y a là un défi à relever pour nous tous. Ne serait-ce que pour cette seule raison, la Flandre ne doit jamais lâcher Bruxelles, doit chérir Bruxelles."

"Le fait que les Flamands ne veulent pas reconquérir entièrement cette ville (ndlr: à 92% francophone), qu'ils tiennent compte de la population francophone est la preuve de leur grande modération, de leur bon sens et de leur réalisme. Cette concession est une grande constante ... Le statut et la viabilité du néerlandais dépendent toutefois en première instance du nombre de Néerlandophones à Bruxelles. Ce nombre est lui-même fortement dépendant de l’afflux de Néerlandophones de Flandre. Ainsi, la moitié des Bruxellois qui grandissent dans une famille néerlandophone sont nés hors de Bruxelles. Il est donc important que les Flamands qui travaillent à Bruxelles choisissent aussi d’y habiter."

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jeudi 15 octobre 2009

A l'école des Flamands

La couverture du manuel scolaire "Historia", consacré à l’histoire de la Belgique présente deux parois rocheuses d’égale hauteur qui se font face, en se défiant, à distance respectable. L’une est frappée d’un lion flamand, l’autre du coq wallon. Au fond du gouffre, Bruxelles, une ville prise en étau. Le ciel est gris. La légende indique "Vlaanderen, Wallonië: de kloof" ("Flandre, Wallonie: le fossé"). En page intérieure de l’ouvrage, on peut lire "L’Etat fédéral belge tient encore. La question de savoir où va la Belgique subsiste pourtant. Indépendamment des chamailleries politiques et du discours provocateur de l’extrême droite, on ne peut nier que les deux entités s’éloignent socio-économiquement et mentalement".


Le manuel scolaire donne la définition de la Belgique fédérale vue de Flandre: "Le but fondamental d’une structure fédérale est, dans une large mesure, de tenir compte des aspirations d’un peuple / d’une nation à suivre sa propre voie au sein d’un Etat. Dans un Etat de droit, cela signifie accorder une large autonomie, de sorte que les élus du peuple puissent adopter leurs propres lois et réaliser un projet de société propre." Le jeune flamand doit répondre à des questions: "La fédéralisation a-t-elle atteint un point final? Comment vois-tu l’avenir de la Belgique?" Les mots "solidarité" et "loyauté", que les francophones associent au fédéralisme d’union, sont rayés de ce vocabulaire scolaire.

En ce qui concerne la périphérie de Bruxelles, majoritairement francophone et annexée arbitrairement par la Flandre en 1963, on peut lire "Jusqu’à ce jour, les francophones invoquent encore et toujours la liberté linguistique pour ne pas devoir s’exprimer en néerlandais dans la périphérie flamande autour de Bruxelles (ndlr : selon une enquête du 8 octobre 2009, plus de 83% d’entre eux disent parler le néerlandais, Lien). "Sur le plan des droits de l’homme, ils ont tort: dans la sphère publique, on doit employer la langue de la région. En périphérie flamande (ndlr : en réalité "francophone", mais sous occupation politique flamande), c’est le néerlandais, à Bruxelles, c’est le français et le néerlandais."

Les francophones de la périphérie bruxelloise sont décrits comme des "riches" qui "veulent introduire le bilinguisme ... Cette francisation est souvent couplée à une discrimination des (pauvres) autochtones flamands. Dans la plupart des communes à facilités flamandes, les francophones utilisent jusqu’à ce jour ces privilèges pour franciser la commune". Les élèves sont invités à réfléchir sur le tracé de la frontière linguistique en 1962-1963: "La Flandre transfère 25 communes de 88 mille habitants vers la Wallonie, tandis que la Wallonie cède à la Flandre 24 communes avec seulement 23 mille habitants". Pas un mot sur les exactions des autorités flamandes qui visent à éradiquer la langue et la culture française.

L’histoire politique de Belgique, revisitée par les ouvrages d’histoire flamands, se nourrit largement des mythes flamands qui drapent la Flandre dans un rôle de martyre de l’Etat belge. Les Flamands ont été des "citoyens de seconde zone … Les fonctions dirigeantes vont surtout aux Francophones … Dans les services publics, on exige un bilinguisme des Flamands, tandis que les Francophones doivent à peine exprimer un mot de néerlandais". Les élèves doivent méditer sur l’histoire d’un fonctionnaire flamand dans les années 1960 à qui sa hiérarchie lui aurait dit lors de son arrivée dans son nouveau service "Il faut faire attention, tout est en français, ici… " Pour rappel, Bruxelles est une Région à 92% francophone.

L’école flamande capitalise aussi sur le souvenir de la Grande Guerre 14-18, dont la nation flamande estime avoir souffert plus que les autres Belges. Les soldats flamands, dans les tranchées de l'Yser, auraient été envoyés inutilement à la boucherie, dans une langue qu’ils ne comprenaient pas, par des officiers qui parlaient le français. Et ce pour une patrie ingrate et une cause injuste. Cette histoire a démarré dès 1917 sous l’impulsion de l’activiste Raf Verhulst (1866-1941), collaborateur flamand avec l'occupant allemand. Elle est erronnée de A à Z. Des historiens francophones et flamands ont démonté la légende dans les années 1980 (Les mythes flamands de la Grande Guerre). Elle est toujours enseignée.

Tout aussi important, les manuels scolaires persuadent les écoliers que la Flandre a payé le prix fort pour la collaboration d’une partie de sa population avec l’ennemi nazi. Elle aurait été excessivement punie et, donc, injustement traitée. L'éducation flamande ose passer l’action de la Résistance sous silence. Par contre on peut lire: "La répression montre aussi que tous les résistants n’étaient pas les héros qu’ils prétendaient être ... résistants, souvent de la dernière heure", donnant "libre cours à leur haine et à leur mépris de l’humanité". Et de conclure "La plupart des Flamands sont pour l’amnistie ou une autre forme de réhabilitation. Les Wallons, en revanche, s’y opposent en majorité".

Dans les écoles flamandes de la périphérie bruxelloise, un "Gordel des enfants" (Gordel: "ceinture") est organisé au mois de juin de chaque année, avec un drapeau flamand obligatoire sur chaque vélo. L'objectif est de symboliser le carcan dans lequel Bruxelles et sa périphérie est étranglée. L’usage de toute autre langue que le néerlandais, dans les relations, écrites ou orales, entre enfants et entre parents, est interdit "dans et autour de l'école" (non précisé par les autorités flamandes). Et si les enfants osent, ne fût-ce que chuchoter quelques mots dans une autre langue, même sur la voie publique, la sentance sera la retenue ou l’expulsion. De facto, l’usage de la langue française est interdit sur l’ensemble du territoire (Lien).

Lire aussi:

Le Vif/L’Express, "L’école flamande produit-elle des flamingants?", 11/07/2008, pp. 38-40.

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jeudi 8 octobre 2009

Libération: "De l'autre côté du périph'... "

Ce billet paru fin 2007 dans le quotidien français "Libération" a fait le tour de la blogosphère tellement il illustre bien ce qui ce passe dans la périphérie de Bruxelles. L'auteur fait une analogie de la Belgique avec la France: ce qu'il se passerait chez vous si vous rencontriez un problème semblable au nôtre. Ce billet est plus que jamais d'actualité.

"Imaginez que de l'autre côté du périphérique parisien, l'on parle flamand et qu'à Boulogne-Billancourt, qui compterait 80% de Fancophones, il serait interdit à ces derniers de parler le français au conseil municipal, sous peine de poursuites.

Imaginez que les Francophones de Boulogne n'auraient le droit d'aller dans une école francophone de Boulogne qu'en maternelle et en primaire. Que ces écoles seraient gérées par le gouvernement des Flamands, et qu'il serait interdit au maire, sous peine de suspension, d'adresser la parole à un instituteur francophone en … français (sauf hors du cercle professionnel).

Imaginez que les Flamands y auraient coupé Arte, FR3 et TF1 au profit de chaînes anglophones. Imaginez qu'il y serait interdit d'envoyer des convocations électorales en français aux Francophones, sous peine de suspension. Et que l'on appellerait Boulogne-Billancourt une «commune à facilités». C'est cela, la question linguistique en Belgique aujourd'hui. Ah oui. Imaginez enfin que les Francophones aux droits si limités seraient installés là depuis deux, trois, quatre ou cinq générations. De vrais immigrés, en quelque sorte. Mais dans leur propre pays. Oiges nous donne un bel exposé, où le mot «racisme» apparaît plusieurs fois. Il s'agirait du racisme des Francophones envers les Flamands. C'est étrange, parce que les seuls Flamands qui font état de ce racisme habitent… en Flandre.

Je n'ai jamais entendu un Flamand habitant la Wallonie se plaindre d'une telle chose. C'est étrange, parce que les Francophones ont été sortis de Flandre (notamment de l'Université de Louvain) sous le slogan «Walen Buiten», que l'on trouve aujourd'hui encore sur beaucoup de murs en Flandre.

C'est étrange, parce qu'en réponse à cela, j'ai lu, pour la première fois, le tag «Flamands dehors» voici un mois, sur le parlement flamand, situé à Bruxelles, à 85% francophone (ndlr: en réalité à 92% francophone, Lien), mais capitale de la Flandre (ndlr: en violation de la loi, Lien). Un tag, aussitôt effacé par un ouvrier flamand. Les tags «Wallons dehors» ne sont, eux, presque jamais effacés. Efficacité avant tout. Quant aux panneaux «Là où les Flamands sont chez eux» qui ornent l'entrée de plusieurs communes flamandes, quelquefois même des ponts entiers, et ce, sur les ordres de l'autorité locale, il ne sont pas racistes. C'est une simple précision.

Vous sortez du périph pour aller à Asnières, et à la sortie, on vous assène «Asnières, là où les Flamands sont chez eux». Et ce n'est pas raciste. Ensuite, sur un blog, on vous dit : vous, les Francophones, vous êtes des racistes. Ce n'est pas du surréalisme belge, c'est tout simplement la vision flamande d'aujourd'hui, et c'est tout simplement atterrant. Raciste, le wallon? C'est bizarre, parce que le site Wallonie.be existe en 6 langues, alors que le site Flandres.be n'existe qu'en néerlandais et en… anglais. SI on veut la version francophone, on tombe sur une page qui dit que c'est en construction, et qu'en attendant, on doit aller sur l'une des deux autres versions. C'est même très bizarre, parce que pour qui parle couramment le néerlandais (ce qui est mon cas), il y a sur le site Vlaanderen.be tout un chapitre qui explique aux habitants de Flandre quand ils ont le droit (ou pas) de parler une autre langue que le néerlandais, alors que sur le site wallon, rien de tel.

Pourtant, il y a des communes à facilités en Wallonie aussi, et là, il n'y a pas de loi antiflamands. C'est même terriblement bizarre, quand on sait que l'extrême-droite, ouvertement raciste, est le premier parti au parlement flamand, que celui-ci assimile les francophones aux «autres allochtones» : paresseux, profiteurs, étrangers. Alors qu'en Francophonie, le FN doit se contenter d'un siège, obtenu tout juste. Bien sûr, il y a l'histoire. Bien sûr, il y a cent ans de domination francophone, mais cette discrimination tenait avant tout de la ségrégation de classe : ces Francophones qui ont brimé les Flamands étaient en réalité des bourgeois et des nobles … flamands.

La preuve? Ils portaient des noms flamands. N'allez pas me dire que Woeste ou Van de Berghe sont des noms français! Bien sûr, les Wallons ont eu un sort plus confortable que les Flamands pendant la grande guerre … c'est dans une langue proche de leur dialecte qu'on leur expliquait comment se faire charcuter sur le champ de bataille. Alors que les Flamands sont morts pour n'avoir pas compris les ordres (ndlr: lire aussi Le mythe flamand de la Grande Guerre 14-18). Tout de même, après 3 ou 4 ans de guerre, on peut supposer que la plupart d'entre eux étaient suffisamment intelligents pour comprendre le français? Mais plus sérieusement, oui, il faut le reconnaître, impérativement : il y a eu de graves injustices envers les soldats flamands pendant la grande guerre, comme avec les Bretons bretonnants, les Germanophones ou les Corses en France, comme avec les Harkis plus tard, comme avec les tirailleurs sénégalais. Et évidemment, les épitaphes en français pour des soldats flamands étaient une infamie. Mais c'était en 1914. De 1940 à 1945, bien des nationalistes flamands se sont associés aux nazis pour défendre leur «cause» (alors que depuis 1930, il y avait des bataillons flamands et des bataillons francophones).

Bien des Francophones sont morts en stalag ou sous la torture de ces gens. De cela, les Flamands ne vous parleront jamais. Pire : très récemment, le patron de la NVA (nationaliste de droite non extrémiste; ndlr: lire cependant Portrait de Bart De Wever), Bart De Wever a cru nécessaire de faire un tout petit peu de révisionisme en critiquant les excuses que le maire d'Anvers venait de faire aux Juifs pour les exactions de sa police, de 1940 à 1945. (Bart de Wever s'en est excusé en petit comité devant les Juifs d'Anvers, mais a «oublié», comme il l'avait promis, de diffuser ces excuses dans la presse, suite à quoi les Juifs d'Anvers, très modérés, ont dit refuser ces excuses si privées). L'histoire n'est pas simple. L'histoire de Belgique moins encore. Alors revenons à l'actualité: il y a quelques signes qui ne devraient tromper personne, et qui sont autant de signaux d'alarme que l'ambiance complexe du pays et le double langage de certains rendent presque imperceptibles, au point qu'aucune presse ne les relève.

Il y a de quoi s'alarmer. Oui : s'alarmer! Quand tous les partis flamands, socialistes inclus votent, avec les néo-nazis antifrancophones du Vlaams Belang, un projet de loi visant à supprimer la possibilité pour les Francophones de «Boulogne» ou d' «Asnières» d'être jugés dans leur langue ou de voter pour des partis francophones - eux qui sont installés là depuis quelquefois quatre ou cinq générations. (Je précise toutefoisque les verts flamands se sont abstenus… mais n'ont pas voté contre.) S'alarmer, quand les sociaux-chrétiens applaudissent avec les néo-nazis, se félicitent ensemble, pour le bon tour qu'ils ont joué aux Francophones. Ce n'est pas Sarkozy serrant la main de Le Pen, non. En Belgique, c'est carrément Bayrou qui danse la gigue avec Mégret ou Golnisch. S'alarmer! Quand le Vlaams Belang, toujours lui, veut mettre une loi à l'agenda de la chambre. Cette loi exige la séparation immédiate du pays. Le préambule de 30 pages est une véritable diatribe antifrancophone.

Dans tout pays occidental, tous les partis démocrates voteraient contre. En Belgique, non : même des chrétiens démocrates flamands, des libéraux flamands, des indépendantistes démocrates flamands se croient obligés, en pleine négociation gouvernementale avec les Francophones, de s'abstenir, plutôt que de se lever d'une voix contre l'extrême-droite. On vous expliquera que la démocratie, en Flandre, c'est de laisser libre cours à l'expression des idées fascistes (et authentiquement fascistes) de l'extême-droite au nom de la liberté d'expression. Ce sont ces mêmes partis qui, interrogés par une presse étrangère, affirment haut et fort qu'ils sont absolument contre une éventuelle séparation du pays. S'alarmer, donc, quand la complaisance envers les idées du parti néo-nazi le plus puissant d'Europe (qui n'est rien de moins que le premier parti au parlement flamand…) a inondé les cénacles et la presse. Non pas par peur de leur violence, mais par peur de l'opinion publique.

S'alarmer quand un membre de ce parti diffuse sur son site la liste des «Mauvais Flamands», soit celle des signataires d'une pétition pour la solidarité entre les deux communautés, nom, prénom, adresse. Celui qui a connu Vichy devrait, à la lecture de cette dernière phrase, commencer à trembler. Mais bien sûr, c'est du passé, tout ça! Noir tableau que celui que je dresse là? Oui, noir, à dessein, ET par la force des choses. Mais ce sont des faits que je reprends ci-dessus, pas des discours, des simples faits, vérifiables, précis. Autre fait : en 1999, le Parlement flamand a voté une série de lois qui définissaint l'avenir de la Belgique. Ceci devrait convaincre : 60% de la population a décidé de l'avenir de 100% de la population, sans consulter les 40% restants. C'est comme si les Suisses allemands décidaient de tout et imposaient ensuite leurs décrets aux Suisses francophones. Pardon, ce n'est pas «comme si», c'est «exactement comme si». Aujourd'hui, les représentants de ce parlement «négocient» avec les francophones pour faire passer leurs décrets unilatéraux, qui comprennent notamment la scission de la sécurité sociale. Et pour mieux faire «accepter» ces idées, ils expliquent à qui veut l'entendre (et l'écrire) que c'est à l'avantage des francophones, que ceux d'entre ces derniers qui disent «non» les «humilient» (c'est le terme exact utilisé par Bart de Wever, président d'un des partis qui négocient le futur gouvernement avec les Francophones).

Ils disent aussi que le Francophone est un profiteur et que Bruxelles s'enrichit de l'argent flamand. Bruxelles? 85% de Francophones (ndlr : 92% en réalité), un PIB par habitant proche du double de celui de la Flandre. La seule vraie région très riche du pays. A qui l'on ne rend qu'un quart des produits fiscaux qu'elle génère. Mais cela, on oubliera de vous le dire, parce que pour tous les partis flamands, Bruxelles, 1.200.000 personnes, dont un million de francophones, est la capitale de la … Flandre.

Ceux qui n'auront pas compris que la Flandre veut prendre tout ce qui l'intéresse et abandonner tout ce qui n'est pas assez riche pour elle sont aveugles. Ceux qui n'auront pas considéré le décalage entre l'électeur flamand, qui se dit modéré, Belgicain, non-séparatiste, et le même, qui a voté à 65% pour des partis ouvertement confédéralistes (qui voient la future Belgique comme l'association de deux états) et à 30% nationalistes purs et durs (dont 20% d'extrême-droite), ceux-là sont des utopistes. Mais le problème de l'extrême droite est soigneusement laissé de côté dans la presse flamande autant que dans la politique.

Mauvaise image. Oulah! La mauvaise image! Pourtant, en Flandre, c'est avéré, Le Pen fait mieux que Sarko. Et ça ne dérange personne. Tache d'huile : le journal le plus lu de Flandre n'utilise déjà plus le terme « Régions », qui correspond à la définition légale (on peut penser que cela intéresse les journalistes). Elle utilise plus généralement le terme « états fédérés », qui correspond à sa vision et à celle des partis. Or deux états fédérés sont bien deux états distincts. Une presse qui se détache à ce point de la sémantique nationale (belgicaine) ne fait plus du journalisme, elle fait du militantisme. J'ai bien dit « militantisme », pas « propagande ». Je n'ai pas écrit « propagande », parce que seuls 80% des journaux flamands en sont vraiment déjà là. Et pour cette dernière phrase, je reconnais que j'ai pêché : ce chiffre n'est pas vérifiable.

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

mardi 6 octobre 2009

Le confédéralisme

Didier Melin est l'animateur d'un blog de très grande qualité: Blog de Didier Melin. Ses analyses politiques sont pertinentes, intelligentes, et objectives. Avec sa permission, je reproduis ci-dessous un des billets qu'il a récemment publié. Je vous invite à ajouter son blog parmi vos "favoris" et à parcourir ses autres billets, brillants, éclairants, indispensables.

Que faut-il penser du "confédéralisme"?

"Revenons sur ce terme qui fait aujourd'hui partie des incontournables de la vie politique belge. Le terme est à la mode depuis maintenant 10 ans, lorsque le Parlement flamand a voté ses fameuses résolutions, et depuis tous les débats et prises de positions qui s'en sont suivi en Flandre, puis par répercution en Wallonie et à Bruxelles.

Le confédéralisme est, en Droit, un système politique où des états souverains mettent en commun certaines compétences qu'ils désirent partager. Il n'existe aujourd'hui sur terre aucun exemple d'état confédéral au sens strict (les Etats-Unis sont devenus un état fédéral, tout comme la Suisse qui porte d'ailleurs mal son nom de "Confédération helvétique"). Par définition, le confédéralisme ne peut donc stricto sensu pas s’appliquer au cas belge. Seule une séparation "technique" préalable de ses entités fédérées actuelles permettrait de signer ensuite un nouveau traité qui établirait entre elles une confédération.

Tout le débat réside naturellement dans le sens que les uns et les autres donnent au mot confédéralisme: il s'agit d'un "fédéralisme" avancé pour les uns (par exemple les "anciens" du CD&V) mais bien d'une véritable souveraineté nationale pour les autres (par exemple à la NVA).

Confédéralisme. Mot "fourre-tout", que l'on se garde bien de définir avec précision, car il permet de réconcilier les positions de tous les Flamands qui souhaitent plus d'autonomie pour leur région.


Or, cette idée (plus d'autonomie) fait aujourd'hui consensus au nord du pays, sauf dans quelques rares cercles ultra-minoritaires au nord. Ce flou artistique autour du sens que l'on attribue au mot "confédéralisme" permet aussi de rester dans le vague sur ses intentions finale en la matière. Il permet aussi au gouvernement flamand d'afficher une ligne commune en matière communautaire, des socialistes du SPA à gauche jusqu'à l'aile droite du CD&V et la NVA nationaliste. Mais ne nous y trompons pas: lorsque Bart De Wever dit "confédéralisme", il pense "indépendance de la Flandre, (et après, on verra)". Cela ne veut pas dire que Marianne Thysen ou Caroline Gennez (présidentes respectivement du CD&V et du SPA) pensent la même chose, cela signifie qu'elles acceptent cette ambiguité.

Car au-delà de nos positions respectives (inconciliables à mon sens), c'est aussi dans cette ambiguité fondamentale que réside toute la difficiculté que nous avons, Wallons, Bruxellois et Flamands, à nous entendre depuis juin 2007. Là réside aussi un danger potentiel pour les Wallons (et surtout pour les Bruxellois) d'entrer dans une négociation sur une réforme de l'état dont les bases seraient floues, et qui entraînerait la Belgique vers une voie confédérale au sens N-VA du terme.

Mais revenons-en à notre question initiale: pourquoi pas une confédération? Ma réponse cette question pourrait être la suivante:

Les Wallons pourraient accepter le principe d’une confédération, c’est à dire au sens propre une séparation « technique » préalable entre les entités fédérées belges (régions et communautés) qui serait immédiatement suivie d'un nouveau traité "confédéral" entre la Wallonie, la Flandre, Bruxelles, et la Région de langue allemande.


(dès ce premier énoncé on mesure le gouffre qui sépare les positions "francophones" et flamandes: la question de Bruxelles: entité fédérée à part entière, ou simple espace commun, région capitale co-gérée par les "deux communautés"...).

Mais revenons à nos moutons. Une confédération, oui, mais sous certaines conditions qui me semblent assez évidentes pour préserver nos intérêts:

1/ créer une assemblée (par exemple le Sénat) qui serait un un lieu de rencontre entre les nouvelles entités. Les élus de cette assemblée pourraient ne pas être élus au suffrage direct mais être délégués par les trois (ou quatre) assemblées régionales. Dans ce schéma, les élections "fédérales" ne seraient plus nécessaires.


2/ afin que les francophones, qui forment une minorité dans ce pays, y trouvent leur compte, il faudrait que cette nouvelle assemblée soit paritaire. Comme dans n'importe quel autre état fédéral, soit dit en passant. A défaut, la majorité flamande y aurait le pouvoir absolu (comme dans le dossier BHV).Quel intérêt pour nous?

3/ Il conviendrait de retracer les frontières des nouvelles entités confédérées par consultation populaire, sur le terrain. Village par village, quartier par quartier. Car seules des frontières tracées de cette manière, "par le bas", permettraient de mettre un terme définitif à toutes les discussions de frontières qui pourrissent le fonctionnement de cet état depuis 45 ans (facilités, BHV).

4/ donner une autonomie constitutive totale à Bruxelles, qui deviendrait une entité au statut identique à la Flandre et à la Wallonie, mais qui serait bilingue (sur le papier, comme aujourd'hui).

5/ conserver un système juste et performant de solidarité interpersonnelle, c’est à dire conserver une sécurité sociale commune et solidaire (soins de santé et pensions).Le contraire est difficilement justifiable: a-t-on déjà vu un pays (même confédéral) dont les citoyens seraient soumis à des régimes différents de sécurité sociale en fonction de leur appartenance "ethnique"? C'est inconcevable.

6/ Parité linguistique au "Conseil confédéral" (l'organe qui remplacerait le gouvernement fédéral actuel), ET alternance du poste de premier ministre. Comme en Suisse. Question de visibilité internationale pour les minorités (je pense aux Wallons mais aussi aux Belges de langue allemande)

Sans ces conditions, les intérêts vitaux des Wallons et des Bruxellois seraient menacés. Mais si ces conditions sont remplies, poursuivre l'expérience belge, même sous un label confédéral (peu importe l'étiquette finalement, ce qui compte c'est le contenu), franchement pourquoi pas?

Sénat paritaire ? Retracer la frontière et de facto élargir Bruxelles ? Faire de Bruxelles une "région à part entière" ? Conserver l’unité de la sécurité sociale dans tous ses aspects?

Même dans mes plus grands jours d'optimisme, j'ai beaucoup de mal à penser que la Flandre pourrait accepter la moindre de ces conditions. Qu'est-ce qui me fait penser cela? Le résultat des urnes en Flandre depuis des années, et les nombreuses déclarations des dirigeants flamands. Il faut se rendre à l'évidence: une telle réforme ne sera jamais votée par la Flandre politique actuelle.

C'est pour cela que je ne crois pas à la perennité de la Belgique. Car la Flandre exige une réforme, dont les termes nuiraient précisement à nos intérêts légitimes et vitaux.

Que faire ensuite, si les choses tournent mal pour la Belgique, ce qu'aucun observateur lucide n'exclut? C'est un autre débat. Il se fait urgent. Personnellement, à toute autre "Belgique" que celle que j'ai décrite ci-dessus, à une Wallonie indépendante ou à une "petite Belgique sans la Flandre", je choisis la France. Mille fois la France."


Publié par Didier Melin sur le Blog de Didier Melin (Merci à lui pour cette reproduction).

lundi 5 octobre 2009

"Blood and Honour" accueilli dans un local ... du parti socialiste flamand

Le groupuscule néo-nazi "Blood and Honour" ("Sang et Honneur") s’est réuni ce samedi 3 octobre à Arendonk dans la "Maison du Peuple" qui appartient ... au Parti Socialiste flamand (SPa). Six groupes de "musique" néo-nazis, dont cinq allemands, interdits dans leur pays, ont profité de l’accueil réservé par le bourgmestre local, qui se refuse à commenter l'événement. Les autorités avaient été prévenues deux heures avant le début du concert de l’arrivée de 150 néo-nazis. Elles ont décidé de ne pas interdire ce rassemblement. La police flamande s’est donc contentée d’observer. Notons que le gouverneur d’Anvers, Cathy Bercx (CD&V), et le Ministre des Affaires intérieures, Annemie Turtelboom (Open VLD), appuyés par d’importantes forces de police, participaient à une action contre l’alcool au volant (Wodca) à moins d’un kilomètre de ce rassemblement néo-nazi.



Lire aussi:

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Vandeurzen et Dewaele: "Vlaanderen waar nazis thuis zijn?"

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.