La commune d'Overijse a installé une centrale de dénonciation pour interdire les communications en langue française

Overijse est une commune flamande de 24.000 habitants située dans la périphérie sud-est de Bruxelles. Elle compte une importante minorité francophone et étrangère, dont de nombreux ressortissants européens qui travaillent au siège de l’Union Européenne à Bruxelles. En février 2008, cette commune s’était déjà distinguée en demandant à un fonctionnaire européen qui avait mis sa maison en vente de retirer le panneau "For Sale" qu’il avait apposé sur sa façade à côté du panneau "Te Koop" ("A Vendre"; Lien: L'anglais est aussi hors-la-loi à Overijse). Dans son courrier, le Collège des Bourgmestre et Echevins expliquait que seule la langue néerlandaise est tolérée en matière commerciale. Fin octobre 2007, une entreprise de déménagement, tout juste installée, avait reçu une lettre de la commune lui enjoignant de respecter le caractère flamand d'Overijse en retirant son enseigne bilingue.

Dans son journal d’information "De Overijsenaar" de juin 2008 (PDF: De Overijsenaar), la commune d'Overijse annonce qu'elle a désormais ouvert une centrale de dénonciation pour les citoyens flamands afin d'interdire tout ce qui pourrait être interprété comme une infraction au statut linguistique néerlandophone de la commune. "Quand on habite en Flandre, on est flamand", résume Dirk Brankaer, le bourgmestre CD&V/N-VA (le cartel chrétiens et indépendantistes du Premier Ministre Flamand de la Belgique, Yves Leterme). Il ajoute que les services de police feront appliquer le règlement communal qui, selon lui, prime sur la Constitution belge dans laquelle la liberté linguistique prévaut en matière commerciale. Au-delà de la dénonciation communautaire qui nous rappelle des heures bien sombres de notre histoire, on peut s’interroger sur les risques de dérives qu’un tel règlement peut entraîner.

Ci-jointe la version française du texte:

La commune d’Overijse a installé, avec l’aide de quelques volontaires, une centrale de dénonciation où les citoyens peuvent venir déposer des plaintes linguistiques. Des brochures publicitaires toute-boîtes dans une autre langue, des panneaux d’agences immobilières dans une autre langue, … vous pouvez les communiquer ainsi que d’autres infractions au statut linguistique néerlandophone de la commune d’Overijse à taalklacht@gmail.com. Décrivez toujours bien les circonstances précises (lien et moment) et stipulez l’information de la manière suivante: nom et adresse, et des éléménts de preuve tels qu’une photo ou une copie d’une brochure …. La commune d’Overijse peut ensuite, en fonction de la nature de la plainte, adresser une requête amicale à l’entreprise ou au commerce. De toute façon, fin 2008, la commune donnera aux entreprises et aux commerces et sociétés commerciales des conseils pratiques pour former le caractère néerlandophone de notre commune. Les plaintes écrites peuvent être adressées à la Commune d’Overijse – Direction Flamande, Place Justus Lipsius, 9, à 3090 Overijse."

L'annonce faite dans le journal d'information de la commune d'Overijse (cliquez pour élargir):


Le "Mouvement Réformateur" (libéral), la première force politique francophone de Belgique, ironise dans un communiqué de presse (Source: MR):

" … au-delà de la question du respect des libertés individuelles et collectives, se pose la question de savoir où cela s'arrêtera... Est-ce qu'une société bien connue de restauration rapide devra bientôt changer ses enseignes sur le territoire "homogènement unilingue flamand" et se rebaptiser SNEL et vendre non plus des "Giant" mais des "Reus"? Est-ce que le matin, les navetteurs francophones se rendant en région bilingue de Bruxelles mais passant par le territoire unilingue flamand, devront bientôt, durant quelques kilomètres, éteindre leur radio émettant en français pour éviter de perturber le caractère néerlandophone de l'autoroute traversée? Les habitants du Nord pourront-ils toujours recevoir CNN sur leurs téléviseurs? Google leur sera-t-il toujours accessible? Et Youtube? Soit dit en passant, la Chine et Cuba fabriquent d'excellents filtres Internet, au cas où.... "

Le reportage de la télévision publique francophone belge, RTBF:



Les conseillers communaux francophones Hadelin Del Marmol (UF, Union des Francophones) et Olivier Cruysmans (CDoV-Blauw-Plus, liste bilingue) ont interpellé jeudi 26 juin, lors du conseil communal, le collège des échevins à propos la centrale de dénonciation linguistique d’Overijse mise sur pied par les autorités communales avec des "volontaires" (Lire aussi: Purification linguistique: la commune d'Overijse installe une centrale de dénonciation. En marge du conseil, quelque 25 militants des milices flamangantes du Vlaamse Volksbeweging (VVB), Taalactiecomité (TAK) et Vlaamse Jongeren Overijse (VJO) ont manifesté leur soutien au collège.

Jan De Broyer, conseiller communal CD&V (Chrétiens, parti du Premier Ministre Yves Leterme)a demandé aux francophones de s’adapter à la division constitutionnelle du pays. Il déclare "Si vous ne vous sentez pas chez vous à Overijse, vous devez alors partir" ("Als u zich in Overijse niet thuisvoelt, moet u maar verhuizen"). L’échevin Dirk Dewolf (OV 2002, liste du bourgmestre) a par ailleurs indiqué que la centrale de dénonciation d’Overijse avait déjà enregistré plus de 300 plaintes. (Lire aussi: Le Soir: Overijse: plus de 300 plaintes linguistiques).

Le chef de groupe bilingue CDoV-Blauw-Plus au conseil communal, Johan Leblicq, a accusé les "volontaires" du service de plaintes linguistiques de causer des dégâts aux propriétés des commerçants et indépendants utilisant le français dans leurs publicités. Selon lui on sait très bien qui est derrière ces actes de vandalisme. Il a condamné les "motifs exécrables dissimulés derrière ce service de plaintes, décrié dans le monde entier". Certains commerçants auraient reçu des menaces et/ou vu leurs façades peinturlurées. Il a aussi reproché au bourgmestre Brankaer "de se servir des troupes de choc du TAK et Taalrespect" (ndlr: des milices privées flamingantes).

Large soutien politique flamand

L’appel à la délation lancé par la commune d’Overijse par l’entremise de son journal communal, De Overijsenaar, daté du mois de juin 2008, et demandant à la population locale de s’adresser à un "bureau des plaintes" pour signaler les communications écrites ou orales, publiques ou privées, faites dans d’autres langues que le néerlandais (Lien: Purification linguistique: la commune d'Overijse installe une centrale de dénonciation) a suscité de nombreuses réactions des dirigeants politiques flamands issus de partis dits "démocratiques". Celles-ci ont été parfois mal comprises ou interprétées dans l'opinion publique francophone. Je les synthétise donc ici en prenant soin de ne prêter aucune attention aux propos haineux qui ont été formulés par les partis néo-fascistes ou extrémistes flamands Vlaams Belang, N-VA, et liste De Decker.

Vous trouverez à la fin de cette note une copie de la lettre envoyée par une association dénommée "TaalRespect" ("Respect de la Langue"; Lien: Taalrespect), subsidiée par la Région Flamande, à un restaurateur asiatique. Dans ce courrier, l'association demande de changer l'enseigne unilingue anglaise du restaurant "Thai Take Away" en "Thai meeneemrestaurant". Il ne s’agit pas d’une plaisanterie. Les signataires, Michel Joly et Willy Deveraet, précisent que si une suite favorable n'est pas donnée à leur injonction, cela pourrait entraîner "un préjudice commercial ...". La menace est claire et devrait interpeller tous les démocrates de ce pays face à ces exactions d'un autre âge financées par la Région Flamande.

Le Premier Ministre de la Belgique, le Flamand Yves Leterme

Yves Leterme (CD&V, Chrétiens Démocrates) désavoue cette initiative au nom de son illégalité mais non de son indignité. En clair, il condamne le procédé mais pas l’objectif poursuivi: "Je peux comprendre que la commune d’Overijse soit soucieuse de son statut culturel et linguistique. Cependant, l’utilisation d’un tel procédé n’est pas acceptable. Il vaudrait mieux l'éviter", a dit le premier ministre Yves Leterme le jeudi 12 juin à la Chambre. Le premier ministre a aussi rappelé l'article 30 de la Constitution qui précise que l'emploi des langues usitées en Belgique est facultatif et ne peut être réglé par la loi qu'en ce qui concerne les actes de l'autorité publique et pour les affaires judiciaires. Autrement dit, a-t-il ajouté, l'emploi des langues dans les relations commerciales et privées n'est pas sujet à une réglementation spécifique. (Lien: La Libre Belgique: critiques de l'opération délation d'Overijse).

Le Ministre de la Justice, le Flamand Jo Vandeurzen

Jo Vandeurzen (CD&V, Chrétiens Démocrates) reconnaît que l'usage des langues est libre en Belgique mais il a toutefois précisé que cela n'empêchait pas une association (sic) d'inviter des commerçants à utiliser la langue de la Région. "Il n'y a là rien de contraignant", a-t-il ajouté. Il n'envisage pas non plus de faire usage de son droit d'injonction positive à l’égard du parquet, lequel pourrait alors entamer des poursuites ou, du moins, ouvrir une information judiciaire contre la commune d’Overijse, comme l’a exhorté, Olivier Maingain (Président du Front Démocratique des Francophones, FDF) le 18 juin dernier, à la Chambre des représentants "Je ne vois pas pourquoi je devrais faire usage de ce droit : tous les intéressés ont le droit de porter plainte", a souligné Jo Vandeurzen (Lien: La Libre Belgique: Overijse: la Justice attend).

Le Ministre Flamand des Affaires intérieures, Marino Keulen

Marino Keulen (Open VLD, Libéral) a condamné l’initiative prise par la commune d’Overijse appelant les citoyens et commerçants à dénoncer la présence d’affiches écrites dans une autre langue que le néerlandais. Pour M. Keulen, "aucune loi n'impose aux indépendants et aux commerçants de mettre des affiches rédigées en néerlandais". La commune d'Overijse n'a donc pas le pouvoir d'interdire des affiches rédigées dans une autre langue que le néerlandais. M. Keulen s'est aussi inquiété de l'impact d'une telle initiative à l'étranger, où l'image de la Flandre s'est dégradée. Selon lui, ce genre d'appel "risque de nourrir les caricatures. C'est le genre d'action que l'on paie cher à l'étranger". Il a annoncé qu'il enverra à la commune une lettre par laquelle il rappellera que son initiative est contraire à la Constitution (Lien: La Libre Belgique: surenchère linguistique à Overijse).

La Province du Brabant Flamand

La députation provinciale du Brabant flamand soutient les communes qui envoient des admonestations écrites aux commerçants qui font usage de publicités dans une autre langue que le néerlandais, a indiqué le mardi 17 juin au Conseil provincial, le député provincial SPa (Socialiste) Tom Troch. Pour la députation provinciale, s'il ne peut être question de réprimer les commerçants, il est légitime de rappeler à l'ordre ceux qui osent vanter leur enseigne dans une autre langue que le néerlandais. "Il sera gentiment rappelé par semonce écrite aux commerçants concernés qu'ils sont établis en territoire linguistique néerlandophone ...", a indiqué Tom Troch. La députation elle-même intervient auprès des commerçants lorsque ceux-ci restent insensibles aux admonestations répétées de la commune (Lien: La Libre Belgique: La province du Brabant flamand soutient Overijse).

La Région Flamande via son Association TaalRespect

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Concerne: respect pour le caractère néerlandophone de la commune.

Chère Madame
Cher Monsieur

Votre restaurant est situé à Overijse. Comme vous le savez, c'est une commune flamande dont la langue officielle est le néerlandais. Nénamoins nous constatons que votre enseigne est unilingue anglais "Thai Take Away". Nous voudrions vous demander de changer ce texte en "Thai meeneemrestaurant". Nous voudrions aussi vous demander de saluer vos clients en néerlandais "Goeie dag" ou "Goeie avond" au lieu d'en français uniquement. Cette année encore nous avons malheureusement constaté que certains membres de votre personnel ne maîtrisent pas le néerlandais. Vous comprendrez que cela peut vous coûter des clients. La commune organise des cours gratuits de néerlandais. Pour plus d'informations, vous pouvez contactez Ilya De Roey (Cultuurcentrim Den Blank - tel 02/667.59.59 - fax 02/667.42.90 -
Ilya.deroey@denblank.be).Nous espérons que vous voulez bien donner une suite favorable à nos suggestion ("s", sic). De cette façon vous soutenez le caractère néerlandophone de la commune, sans que cela ne vous porte un préjudice commercial ... En attendant votre réponse, nous vous prions de bien vouloir agréer l'expression de nos sentimes les plus respectueux.

Michel Joly
R. Lauwerstraat 13d
1560 Hoeilaart

Willy Deveraet
Zonnelaan 12
3090 Overijse

Pour nous contacter téléphonez au 0472/592.197 ou envoyez un courriel à
taalrespect@gmail.com

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

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