The Economist: "Flemish Nationalists pay a price"

L'édition international du célèbre et très sérieux hebdomadaire du monde des affaires et de la finance "The Economist" a récemment publié cinq articles consacrés à la Belgique.

The Economist: The BHV Question

L'hebdomadaire explique qu'en votant la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvorde, et donc la suppression du droit au bilinguisme de 150,000 francophones, les autorités flamandes ont brisé le "pacte belge" selon lequel les deux groupes linguistiques évitent de tenir des votes sectaires: "Flemish leaders have broken the decades-old “Belgian pact”, under which the two language groups avoid holding a straight sectarian vote." The Economist précise que ces francophones n'auront plus le droit d'accéder à la justice dans leur propre langue.

Selon The Economist, les flamands perçoivent ces facilités linguistiques comme un privilège alors que les francophones parlent d'une forme polie de nettoyage ethnique qui a pour but de créer une Flandre linguistiquement pure où la langue française est interdite. "The Flemish are bent on a polite form of ethnic cleansing, creating a linguistically “pure” Flanders from which French is banished."

The Economist estime que cette épisode a mis en évidence une laide vérité: la majorité flamande veut réorganiser la Belgique pour avoir moins de lien avec leurs compatriotes francophones "An ugly truth has been exposed: that the Flemish majority (who make up 60% of the population) are bent on re-ordering Belgium so that they have less to do with their French-speaking compatriots, whether they like it or not." Le tabou d'une confrontation directe entre ces deux communautés a donc été rompu.

The Economist: Sometimes it is right for a country to recognise that its job is done

The Economist explique que les groupes linguistiques francophones et flamands vivent dans des mondes parallèles. Le fait que de nombreux francophones ont cru que le reportage fiction de la RTBF selon lequel le Parlement Flamand avait déclaré son indépendance n'est pas surprenant: le premier ministre désigné, Yves Leterme (CD&V en cartel avec le parti séparatiste N-VA) avait déclaré que les belges n'avaient rien en commun à l'exception du Roi, de l'équipe de football et de quelques bières, et il a décrit la Belgique comme un accident de l'histoire.

"When a French-language television programme was interrupted last December with a spoof news flash announcing that the Flemish parliament had declared independence, the king had fled and Belgium had dissolved, it was widely believed. No wonder. The prime minister designate thinks Belgians have nothing in common except “the king, the football team, some beers”, and he describes their country as an “accident of history”.

Selon The Economist la Belgique n'est pas un accident de l'histoire: sa création avait plusieurs objectifs: il a soulagé la population locale des discriminations imposées par les hollandais. Et ce nouvel Etat "neutre" était dans l'intérêt de la Grande-Bretagne et de la France qui cherchaient une source de stabilité en Europe après les guerres de Napoléon.

L'hebdomaine estime que de la Belgique actuelle pourrait émerger facilement deux ou trois micro-Etats ou peut-être une France et des Pays-Bas élargis. "They can emerge just as readily from two or three new mini-states, or perhaps from an enlarged France and Netherlands."

En ce qui concerne Bruxelles, l'hebdomadaire prétend que l'air y est fétide, la rancoeur est présente partout, et le pays est devenu une aberration de la nature, un Etat dans lequel le pouvoir est tellement dilué que le gouvernment est un vide exécré. "The air today is more fetid...Rancour is ever-present and the country has become a freak of nature, a state in which power is so devolved that government is an abhorred vacuum."

Quel prix est prêt à payer les nationalistes flamands pour la pureté linguistique dans leurs quartiers? "Just What price are the growlier sort of Flemish nationalists prepared to pay for linguistic purity in their neighbourhoods?"

Les flamands ont toujours prétendu que les droits de bilinguisme (NB. The Economist estime qu'il s'agit de droits et non de "facilités") étaient temporaires, pour donner le temps aux francophones d'apprendre le néerlandais dans la Flandre monolingue. "The Flemish always argued that these bilingual rights were temporary, to give Francophones who found themselves in monolingual Flanders the time to learn Dutch."

Les tensions ont augmenté jusqu'à l'épisode récent au cours duquel des maïeurs locaux élus ont été démis de leur fonction pour avoir commis "le crime" d'avoir envoyer des convocations en français aux électeurs francophones (ce qui est en réalité en parfaite conformité avec la loi fédérale): "the dismissal of some elected local mayors for the "crime" of sending out election summonses in French".

Un des résultats de toute cette tension rapporte The Economist, est que, selon le journal francophone bruxellois "La Tribune", les francophones et les Eurocrates hésitent à s'installer en périphérie alors que d'autres quittent la Flandre. A première vue, cela devrait donc plaire aux flamands. Mais d'un autre côté, cette nervosité fait baisser le prix des maisons. Un agent immobilier déclare "When we suggest a property in Linkebeek or Kraainem [two facility communes] people get nervous." Ce qui signifie que les propriétaires flamands seront aussi moins riche "that does mean that Flemish home-owners will be less rich".

The Economist: The Strangeness of Belgium

Certaines voix en Belgique accusent les correspondants étrangers d'exaggérer la crise politique. Peut-être est-ce vrai, mais, selon The Economist, les observateurs étrangers ont le droit de sentir ce qui peut paraître étrange, vu de l'extérieur. "Foreign observers surely have a right to feel that what passes for everyday politics in this country can look pretty strange, seen from the outside."

Ainsi, le Ministre de l'Intérieur du gouvernement régional Flamand, a décidé de refuser la nommination de trois maïeurs francophones parce qu'ils n'ont pas respecté la loi flamande de l'usage unique du néerlandais. Ces trois bourgmestres (maïeurs) ont largement gagné les élections dans des communes majoritairement francophones autour de Bruxelles. Bien que les résidents de ces communes aient des droits linguistiques spéciaux, il y a des limites légales strictes quand et comment le français peut être utilisé. "Though residents of six suburban boroughs have special bilingual language rights, there are strict legal limits on how and when French may be used."

Le "crime" que ces maïeurs ont commi est d'avoir envoyé des convocations électorales en français à des électeurs francophones "Their specific offence was to send out French-language polling cards at election time to French-language residents". Ce qui est contraire une circulaire du gouvernement régional flamand, mais conforme à la loi fédéral sur l'utilisation des langues (nb. un décret n'est pas une loi). "According to an official circular sent out a few years ago by the Flemish regional government, all documents must be sent out in Dutch".

Ils sont donc coupables d'avoir violé un décret de la Région Flamande. Mais il y a un point plus large et plus simple ici ajoute The Economist. Pour un observateur étranger, ces lois (flamandes) semblent bizarres et disproportionnées. "But, there is a broader, simpler point here. They may have broken Flemish language laws, but to an outsider, those laws look odd and disproportionate."

The Economist ajoute que pour ceux qui en doutent, il suffit d'écouter les commentaires du Ministre de l'Intérieur de la Région Flamande, Marino Keulen. "To outsiders, Mr Keulen sounds way over the top." L'éditorialiste semble perdu "What can one say". Pour quiconque hors de Belgique, cela semble être une sérieuse sur-réaction de refuser la nommination des maïeurs sur la base des explications du ministre flamande. "But for anyone outside Belgium, it looks like a serious over-reaction to ban mayors on this basis."

L'édito de The Economist se termine de façon très claire: "sacking a mayor? An affront too far?".

The Economist: A Belgian Leader Flirts with the Far-Right

S'il y a bien un sujet que les nationalistes flamands n'aiment pas entendre parler, c'est bien de la collaboration belge pendant l'occupation nazie et surtout combien cette collaboration a été bien pire parmi les flamands que les francophones "how it was significantly worse in the Flemish speaking north than in the French speaking south."

Et à présent, Bart De Wever, probable ministre issu du parti N-VA, de formuler une série de commentaires visant à minimiser la culpabilité des autorités politiques d'Anvers dans la déportation de milliers de juifs à la mort dans les camps de concentration. "He achieved this with a startling, not to mention offensive, series of comments apparently aimed at minimising the guilt of municipal officials in Antwerp who assisted in the deportation of thousands of Jews to their deaths in the concentration camps."

The Economist rappelle que 65% des juifs d'Anvers ont été déportés avec la participation actives des autorités communales et de la police "65% of Antwerp's Jewish population were deported, with the active participation of municipal authorities and police".

Les excuses formelles du bourgmestre d'Anvers a suscité une attaque féroce de Mr De Wever qui a accusé le maïeur de jouer une politique électorale "opportuniste" avec une "geste gratuit". "That prompted a ferocious attack from Mr De Wever, who accused the mayor, Patrick Janssens, of playing "opportunistic" electoral politics with a "gratuitous apology"."

The Economist rapporte que David Susskind avait déclaré au journal Le Soir que ce sont bien les nationalistes flamands qui ont déporté les juifs, pas les nazis: "I am from Antwerp ... Mr De Wever is being both unjust and ignoble. I can still see the anti-Jewish demonstration that passed under our windows in April 1941. It involved Flemish nationalists not Nazis. "

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

0 commentaires: