Les francophones qualifiés d'immigrés dans leur pays

Une carte blanche intéressante a été publiée par le journal Le Soir ce samedi 23 février. "Avec nos amis francophones, si possible, sans eux, s'il le faut".

Il s'agit en fait d'un manifeste signé par des philosophes, acteurs ou professeurs flamands, qui ont décidé de s'appeler "Groupe Gravensteen". Ils déclarent d'emblée qu'ils "défendent les valeurs telles que la liberté, l'égalité, la solidarité, le respect mutuel et rejettent radicalement toute forme de racisme et de xénophobie".

Ils souhaitent exprimer leur point de vue parce qu'ils sont préoccupés par le fait que les discussions sur les réformes de l'Etat donnent l'impression que toute demande légitime flamande est, à chaque fois, assimilée à des discours d'extrême-droite.

D'emblée, pourtant, le ton est donné: "Lors de la création de l'Etat belge en 1830, la bourgeoisie francophone a eu toute latitude pour sécuriser ses priorités, en installant un régime fondé essentiellement sur l'inégalité sociale et la discrimination de la langue et du peuple flamand".

Selon les auteurs de ce manifeste, les revendications flamandes actuelles, telles qu'exprimées lors des élections du 10 juin 2007, sont le résultat du développment historique et sont "irréversibles".

Pour ces auteurs, qui prétendent s'inspirer d'une "philosophie éclairée", "le principe de territorialité est au centre de tout". Et de citer l'exemple du Kosovo, où pourtant c'est bien l'autodétermination du peuple et non le droit du sol qui a primé.

Ils ajoutent "Les frontières définitives de la Flandre ... ont été établies en 1962-63. Dans cette optique la frontière linguistique a force de frontière d'Etat". Rappelons que la frontière linguistique a été fixée par les autorités flamandes sans consultation des populations locates.

On découvre ensuite que les francophones de Belgique sont qualifiés par ces auteurs éclairés qui se prétendent épris de démocratie et de libertés d' "immigrés" dans leur propre pays. "Il est universellement accepté qu'un immigré, après une période d'adaptation, s'approprie la langue de son pays d'adoption".

La Belgique serait donc un Etat Flamand dans lequel les francophones sont de simples "immigrés". Des propos abjects qui démontrent à quel point le fascisme a pénétré les esprits en Flandre.

Ils appellent ensuite au "respect mutuel" ... pour l'espace et les frontières. Frontière qui rappelons-le encore, ont été fixées unilatéralement par les politiques flamands. "La scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde est l'application de ce principe de territorialité". En d'autres termes, la loi du sol contre l'avis de la population.

Les auteurs du manifeste réclament, sans rire, "l'application de droits fondamentaux démocratiques". Ils ne savent apparemment pas que l'utilisation de la langue française ou anglaise en Flandre est sanctionnée par la loi et que des bourgmestres francophones démocratiquement élus ne sont pas nommés par les autorités flamandes, raison pour laquelle les instances européennes ont mis la Flandre sous contrôle d'une inspection spéciale du Conseil de l'Europe.

Le dernier paragraphe de ce manifeste souligne que "les politiciens de la Belgique francophone ... sont favorables au statu-quo". Ce n'est pas exact. Et cela ne reflète certainement pas la position de la population de Bruxelles et de sa périphérie, enclavée en Flandre, et virtuellement sous la tutelle d'un Etat Flamand obsédé par la création d'un territoire ethniquement et linguistiquement pur.

Nous, les Bruxellois, belges et étrangers, souhaitons être consultés pour que le droit des gens priment sur le droit du sol. Nous ne souhaitons pas le statut-quo: nous souhaitons recevoir l'opportunité, jusqu'ici refusée par les autorités flamandes, de pouvoir nous autodéterminer afin de nous affranchir de cette insupportable tutelle flamande qui rêve de nous annexer à son territoire purifié de toute autre langue ou culture.

Comme souligné ce samedi 23 février 2008 dans l'édito de Luc Delfosse, rédacteur en chef adjoint du journal Le Soir "Aujourd'hui tout a basculé. On entend des présidents évoquer "l'autodéterminatioin des peuples" ou une "nouvelle patrie à aimer". La Communauté française convoque des états généraux pour préparer l'avenir. Lequel pourrait passer "s'il le faut" par une séparation ... Cette révolution mentale des francophones est évidemment salutaire. Il faut cesser d'attendre, avec des poses grotesques de Tartarin, que la volonté flamande se fasse selon son calendrier, ses oukases et ses appétits de nouveau riche".

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

1 commentaires:

  1. An dit

    Juste une petite remarque: le droit des gens, c'est le droit international public, il vaut mieux dire "droit des personnes" (= ius personae)