Financial Times: "Dark, and very bitter"
Cet article est le premier d'une série qui va se pencher sur les réactions internationales à la crise que traverse la Belgique. Par réactions internationales, j'entends évidemment les réactions officielles des Nations-Unies et du Conseil de l'Europe, mais aussi celle des médias internationaux, le quatrième pouvoir.
L'édition internationale du Financial Times, le quotidien du monde des affaires, lu de Tokyo à Los Angeles, a récemment publié un article sur la Belgique. J'ai appris que la rédaction du journal a été soumise à des pressions pour retirer ou modifier le contenu de cet article. Pressions inutiles. L'article est disponible sur le lien Financial Times: Dark, and very bitter.
Je publie ci-dessous la traduction française de cet article. L'exercice est difficile. Je vous conseille donc de lire la version anglaise de l'article.
A noter qu'une fois de plus le discours dominant en Flandre, en l'occurence celui du VLD, est perçu par cet observateur neutre comme un discours d'extrême-droite.
Sombre, et très âpre
Par Matthew Engel.
Publié: 23 février 2008 à 02.00
Publié: 23 février 2008 à 02.00
Il est à présent possible - à peine 205 ans après la proposition originelle d'un tunnel sous la Manche - de voyager de Londres vers une capitale étrangère, i.e. Bruxelles, en moins de deux heures. Mais la Belgique n'est plus perçue comme juste un autre pays, elle est perçue de plus en plus comme une autre planète.
Ceci n'est pas une habituelle hyperbole journalistique. Les zones habitées de la Planète Terre sont organisées en Etats-Nations, qu'ils soient grands, petits, riches, pauvres, libres, tyranniques, tous des États-nations, mais tout de même. La Belgique est la première d'entre elles à commencer sa mutation vers quelque chose de différent. Des générations d'idéalistes, de réformateurs, et de militants pour la paix pourraient se sentir ravis et vengés.
Au moins jusqu'à ce qu'ils commencent à y regarder de plus près.
Dans la seconde moitié de 2007, quand les belges se sont montrés incapables de s'accorder sur un gouvernement, il y a avait de la spéculation que le pays suivrait la Tchécoslovaquie et se séparerait en deux - La Flandre néerlandophone et la Wallonie francophone. Des observateurs mieux informés disaient que cela ne produirait pas parce Bruxelles Francophone ("Francophone Brussels" dans le texte) serait encerclé en Flandre, et qu'il était impossible de résoudre cette contradiction.
Depuis lors, la crise politique s'est légèrement adoucie. Juste avant Noël, le gouvernement d'affaires courantes était remplacé par une version intérimaire, qui est supposée être plus apte à prendre des décisions. Un gouvernement définitif aux pleins pouvoirs doit émerger pour le 23 Mars. Peut-être.
Pendant ce temps peu sait être fait.
Vu de Grande-Bretagne, où les premiers ministres croient que la civilisation va s'écrouler à moins qu'ils ne se mêlent de la vie de la population une douzaine de fois avant le petit déjeuner, c'est un peu difficile à saisir. Il est même plus difficile de comprendre que le gagnant apparent des élections de 2007, Yves Leterme, est toujours sous ("deputy" dans le texte) l'homme qu'il a battu, Guy Verhofstadt, et qu'il semble tranquille sur ce point, aussi.
Et le pays semble fonctionner assez bien: pour commencer, les trains partent à l'heure, ce qui place la Belgique devant la Grande-Bretagne.
Mais ceci parce que la Belgique a atteint le point où le gouvernement national a cessé de compter. Au fil des ans, le pouvoir a été délégué soit vers le bas, aux régions et aux communes, ou vers le haut, à l'Union Européenne.
La Belgique ne ressent pas le besoin d'envahir qui que ce soit ("Nous cherchons un profil modeste" comme l'a dit un ministre*). Et le développement crucial a été l'introduction de l'Euro. Si la Belgique avait encore sa propre monnaie, l'instabilité politique aurait pu être désastreuse. Maintenant que la Belgique n'a plus sa propre monnaie, l'Etat peut péricliter. Révélation choque: Marx avait raison après tout.
La "raison d'être" (en français dans le texte) du pays a toujours été quelque peu légère. Il a été fondé en 1831 parce que le peuple partageait la foi catholique et une aversion d'être dirigé depuis la Hollande. Les puissances européennes ont laissé faire parce qu'elles voulaient qu'aucun de leurs rivaux ne dirigent une telle pièce vitale au niveau géographique.
Au fil des ans, alors que la foi religieuse s'amenuisait, les diverses parties du pays ont commencé à partager rien de plus que leur monnaie, leur roi, et leur équipe de football. Maintenant la monnaie a disparue, le roi est plus marginal, et l'équipe de football est inutile.
Mais, sous la surface, l'endroit bouillonne. Les deux côtés se détestent mutuellement mais continuent tel un couple marié depuis longtemps, rempli chacun de haine mutuelle, mais aussi inerte pour vendre la maison et diviser la collection de CD.
Et l'abîme ne cesse de s'élargir. La Wallonie, riché dans le passé, dominante et lourdement industrialisée, a aujourd'hui quelques unes des villes les plus délabrées d'Europe de l'ouest. La vieille ville de charbon et d'acier de Charleroi pourrait - avec quelques ajustements mineurs -servir de décor pour un film dramatique sur la fin du communisme.
La Flandre, en même temps, a la même prospérité tranquille, petite, et entrepeneuriale que la Hollande. Le contraste entre Charleroi et, disons, Anvers est stupéfiante, à la fois économiquement et linguistiquement. Un anglophone n'a aucune difficulté à Anvers, qui fut une ville francophone. Mais j'ai vu un regard de haine venant de l'oeil d'une vielle dame quand je lui ai demandé mon chemin en français.
C'est riqué même de chuchoter "raison d'être" (en français dans le texte).
L'amitié belge n'a jamais récupéré de la première guerre mondiale quand (selon une version) des officiers francophones refusaient de parler le language des paysants flamands et les ont envoyés, par incompréhension, à leur salut, et (selon l'autre version) les Flamands étaient enclins à collaborer avec les Boches.
Avec les années, la haine s'est amplifiée, et les Flamands - en particulier - sont devenus plus intransigeants.
Je suis tombé sur une manchette effrayante dans un journal de langue française "Francophone, vous n'avez pas compris". J'ai pensé qu'il s'agissait d'une citation venant d'un extrémiste de droite. Ellle venait de Karel De Gucht, le ministre des affaires étrangères, l'homme en charge du "modeste profil"*.
Les personnes extérieures ne comprennent pas non plus. Ils pensent que la Belgique est ennuyeuse mais paisible. Pourtant c'est uniquement l'habitude et le tempérament qui l'empêchent de devenir le Moyen-Orient de l'Europe."
Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.
1 commentaires:


Gardons espoir.
La Flandre s'enterre petit à petit aux yeux de toute l'opinion internationale y compris anglo-saxonne.
Les Francophones gardent le beau rôle et quand viendra la rupture,nous serons chouchoutés.