La Flandre rend les Francophones responsables de son image

Dans une interview au journal francophone Le Soir (Le Soir: "Kris Peeters: Cessez de salir la Flandre!") Kris Peeters (CD&V, Chrétiens Démocrates et Flamands), le Ministre-Président du gouvernement flamand, juge incorrect que des francophones saisissent l'Europe pour obtenir gain de cause. Selon lui, les francophones salissent l'image du Nord du pays (la Flandre) et, partant, du pays tout entier (sic). Lire aussi (Libération: La Flandre s'indigne d'avoir mauvaise presse; Libération: Le complexe de Caliméro des Flamands). Il déclare:

"Je suis un Flamand sûr de lui, confiant et ambitieux. Nous sommes économiquement très forts, nous disposons d'entreprises appréciées dans le monde. Même en sport, nos athlètes font des prouesses ... Nous sommes un exemple pour le monde ; des délégations viennent de l'ex-Yougoslavie, de Palestine ou d'Irlande pour tenter de transposer notre modèle chez eux"."

"Je trouve regrettable que des Francophones fassent appel à des instances européennes pour leur donner raison (Lien: Le Conseil de l'Europe juge l'attitude de la Flandre inacceptable). C'est anormal. Ce n'est d'ailleurs pas correct. Je regrette que des Belges (ndlr: des Francophones) utilisent ces méthodes pour salir l'image de la Belgique (ndlr: La Flandre)... Mais il n'y a pas que les francophones: la Commission Européenne planche aussi sur Zaventem et le Wooncode" (Lien: Wooncode: déjà 169 familles francophones privées de logement).

"L'affaire des terrains de Zaventem octroyés aux seuls locuteurs néerlandophones renvoit à l'autonomie locale. La commune a décidé de lier certaines conditions à l'achat de terrains qu'elle possède et qu'elle veut vendre à un prix deux fois inférieur à celui du marché. Pour des raisons sociales." (Lire aussi: Dilbeek et Zaventem: des communes extrémistes).

Kris Peeters, Ministre-Président de la Région Flamande, au journal flamand "De Morgen": "Les Francophones doivent arrêter de salir la Flandre" (cliquez pour élargir).


Quant au Wooncode, liant l'apprentissage de la langue au droit au Logement qui est tancé par l'aile flamande de la Ligue des Droits de l'Homme et l'ONU (Lire aussi: Les Nations Unies préoccupées par les pratiques flamandes) il déclare "Ici, on entre sur le terrain de la citoyennisation. Le gouvernement flamand a pris cette initiative pour améliorer le tissu social dans les quartiers entre tous ceux qui louent des logements sociaux. Ces objectifs sont sociaux. Il n'est pas normal que les francophones nous attaquent pour cela."

"Et puis, un autre constat : sur les 3500 journalistes étrangers, un pourcent est capable de lire le néerlandais ... Nous devrons faire en sorte de les informer au mieux….dans la mesure où de très nombreux correspondants ignorent la langue néerlandaise, nous déploierons des efforts supplémentaires pour traduire les décisions et les dossiers importants du gouvernement flamand."

Dans une carte blanche au journal francophone Le Soir (Le Soir: "Marino Keulen: La Flandre vous souhaite la bienvenue"), Marino Keulen, le Ministre flamand des Affaires intérieures, de la Politique des Villes, du Logement et de l’Intégration civique (Open VLD, Démocrates Libéraux Flamands) déclare:

"Quelques projets et décisions importants que le gouvernement flamand a approuvés sur ma proposition, font l’objet de discussions dans certains forums nationaux et internationaux ... Le vrai visage de la Flandre ne correspond cependant pas avec l’image de la Flandre comme étant une région de petit-bourgeois d’extrême droite racistes ou d’égoïstes, que certaines personnes, parfois hélas de Belgique même, véhiculent à l’étranger."

"La disposition imposant d’apprendre la langue, dans le Code flamand du logement …. est une chance d’émancipation sociale supplémentaire qui est unique au monde ... Mais il me semble clair que les Flamands n’acceptent plus d’être diabolisés en tant que racistes ou égoïstes à l’étranger, pour un usage purement belge."

Analyse:

La Flandre s'inquiète de l'image qu'elle donne d'elle-même. En mars, le comité des Nations Unies pour l'élimination des discriminations raciales éreintait, dans un rapport devenu célèbre, le "wooncode" flamand. En avril, c'est la Cour européenne de Justice qui égratignait l'assurance dépendance flamand. En mai, deux émissaires du Conseil de l'Europe sont venus dire que la non-nomination de trois bourgmestres dans la périphérie bruxelloise était "inquiétante". Et puis, dans le "New York Times" et le "International Herald Tribune", paraissait un article où l'on pouvait notamment lire que la Flandre est gagnée par une sorte de "fascisme non violent", en faisant référence notamment au fait que des communes flamandes refusent la présence d'enfants non néerlandophones sur leur plaine de jeux.

Les Ministres Peeters et Keulen s’indignent que les Francophones ont le mauvais goût de se plaindre à l’extérieur des discriminations qu’ils estiment subir. Les autorités flamandes ne contestent pas les faits rapportés mais bien la mauvaise publicité donnée à la Flandre, tant il saute aux yeux que les récriminations des Francophones sont fondées. Visiblement, le sentiment au Nord est celui d’une trahison. La colère donc, pas la honte. Les maris violents et les pères violeurs n’agissent pas autrement. Cette façon de se présenter en victime pour justifier ses exactions est insupportable pour les vraies victimes.

Le gouvernement flamand veut donc corriger le tir. En engageant un porte-parole dont la mission sera de mieux « informer » la presse étrangère (La Flandre veut influencer les faiseurs d'opinion). Toutes les critiques venant de l'étranger seraient le fruit d'une intoxication orchestrée par les francophones. Personnellement, je me réjouis des réactions excessives et grotesques des politiciens flamands. Il faut amener les représentants de la Flandre à préciser leur pensée. Plus ils exposeront leur logique, plus leur délire nationaliste et le biais fascisant dans lequel ils se sont fourvoyés apparaîtront au grand jour. Offrons des tribunes aux nationalistes flamands. Nous sommes certes engagés dans un débat d’idées, mais évidemment pas avec eux. C’est notre propre camp qu’il nous faut convaincre, et nos adversaires sont nos principaux alliés.

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

1 commentaires:

  1. Sébastien Strazzer dit

    Rejeter la faute sur les francophones montre bien que la Flandre ne sait pas se remettre en question ... Malgré qu'elle est pointée du doigt par le sud et par 3 organisations internationales (ONU, UE, CdE), elle estime toujours avoir raison, et ce dans tous les domaines.
    Ils reconnaissent indirectement, à travers leur réglementation, que le droit du sol prime sur le droit des gens, ce léger glissement vers le droit du sol met l'équilibre fédéral en danger, qu'ils ne s'étonnent dès lors pas que la seconde communauté de la fédération à laquelle ils appartiennent [pour combien de temps encore ?] s'insurge face à ce comportement ...