Fourons: jugement sectaire de la Justice flamande

Le 9 juin 2001 des incidents avaient éclaté lors d’une vente aux enchères d’immeubles communaux qui avaient tourné à la surenchère communautaire. Selon le bourgmestre flamand Huub Broers, de la majorité flamande "Voerbelangen", cette vente s’avérait indispensable pour renflouer les finances communales mises à mal par la précédente majorité "Retour à Liège". Dans les rangs francophones, on accusait Voerbelangen de pratiquer ainsi une forme larvée d’épuration ethnique puisque ces immeubles étaient essentiellement habités par des francophones. Les enchères avaient viré en une sorte de pugilat collectif qui a fait quelques blessés légers : Jean-Marie Happart (à l’époque sénateur PS), qui a même dû recevoir les soins des ambulanciers, mais aussi deux journalistes travaillant pour RTL-TVi, Christine Calmeau, qui avait été mordue par un chien policier, et le cameraman Xavier Gonay, touché à la tête par un coup de bâton. Dans un communiqué diffusé le week-end même des incidents, la police fédérale de Genk avait notamment relaté "qu’un citoyen avait profité du tumulte pour frapper le journaliste à la tête au moyen d’une barre de métal". La plainte contre le policier responsable du chien avait abouti à un non-lieu devant la Chambre des mises en accusation parce qu’il n’avait pas été prouvé qu’il avait intimé à son animal de mordre la journaliste. Le cameraman avait, lui, porté plainte pour coups et blessures volontaires contre Valentin Theunissen. RTL-TVI et l’AGJPB (Association générale des journalistes de Belgique) s’étaient, eux, portés parties civiles dans cette affaire.

Le lundi 31 mars 2008, près de sept ans après les faits, la dixième chambre correctionnelle de Tongres (Limbourg - Flandre) a consacré une première audience à cette affaire. Au total, elle a visionné trois films de plus d’une heure et demie sur les incidents survenus le 9 juin 2001: celui tourné par la police fédérale, le reportage sur les Fourons réalisé pour l’émission "Tout ça ne nous rendra pas le Congo" de Manu Bonmariage pour la RTBF et, enfin, les images prises par Xavier Gonay lui-même. Cette projection devait l’éclairer sur le déroulement d’une vente aux enchères, passablement agitée. Dans la séquence du reportage de la RTBF, on peut voir que le cameraman a été blessé à la tête par un coup de bâton qui semble bien avoir été porté par l’exploitant de la buvette alors que le journaliste filmait la scène lors de laquelle Jean-Marie Happart est traîné de force par des policiers dans ce local. On y voit ensuite le cameraman qui essuie sa main ensanglantée sur la chemise d’un policier. Le tribunal de Tongres a entendu les plaidoiries le lundi 7 avril 2008 (lien: Le Soir: Le procès de la baston de Fourons démarre enfin).

Le tribunal correctionnel de Tongres a rendu son jugement le 5 mai 2008, accordant à Mr. Theunissen la suspension du prononcé pour le coup de bâton qu’il a porté sur la tête de Xavier Gonay le 9 juin 2001. Le communiqué de l’Association Générale des Journalistes professionnels de Belgique (AGJPB) a fustigé ce jugement, qui intervient 7 ans après l’incident. Je vous laisse le soin de découvrir la sévérité des termes utilisés par l'AGJPB qui a décidé de se pourvoir en appel. (source : AGJPB: Communiqué de Presse):

Communiqué de presse de l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique – AGJPB

9 mai 2008

"Xavier Gonay (cameraman indépendant) et l’Union professionnelle AGJPB ont décidé d’interjeter appel contre le jugement du tribunal correctionnel de Tongres rendu ce 05 mai, accordant à V. Theunissen la suspension du prononcé pour l’agression qu’il a commise contre X. Gonay en 2001.

A la lecture de ce jugement, on ne peut qu’être choqué des excuses et justifications que le magistrat s’est efforcé de trouver à l’agresseur du cameraman, et des considérations qu’il a émises à propos de ce dernier (comportement non professionnel, "macho" participant à un "spectacle télévisé").

L’AGJPB, qui s’était portée partie civile, voit ses demandes balayées par le tribunal en une phrase et on lui conseille même, pour sa "crédibilité" d’éviter d’intervenir pour des membres dont le comportement serait "non professionnel", "illicite" et "clownesque".

L’AGJPB rappelle qu’alors que les images de cette agression (filmée par M. Bonmariage) avaient été mises à disposition des enquêteurs, il a fallu 7 années d’instruction (et 7 juges d’instruction !) avant d’arriver devant la chambre du conseil de Tongres. Que celle-ci avait décidé d’un non lieu en février 2006, en raison notamment de l’impossibilité de visionner les images, faute de matériel adéquat ! Décision de non lieu hereusement réformée par la chambre des mises en accusation d’Anvers, ordonnant le renvoi devant le tribunal correctionnel de Tongres. On sait maintenant comment ce dossier a été traité.

L’appel est plus qu’une évidence : l’Union professionnelle des journalistes ne peut accepter, dans une société démocratique et un Etat de droit, qu’une agression contre un cameraman soit justifiée par un magistrat, à Fourons ou ailleurs."

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

2 commentaires:

  1. Sébastien Strazzer dit

    Un seul mot : révoltant ...


    Anonyme dit

    Les Francophones doivent abondonner leur complexe de supériorité (supérieurs, ce qu'ils ne sont pas d'ailleurs, sauf dans leurs têtes peut-être). Apres 178 ans de Belgique, il est grand temps que les Francophones de Belgique commencent à se mettre en question au lieu d'accuser et de traiter les Flamands de tous les noms (égoiste,etc). L'article paru dans la presse en témoigne, et ça vient d'un Francophone !! Bravo M. Léonard.

    L'évêque namurois, André-Mutien Léonard donne son avis dans les colonnes de l'hebdomadaire Katholiek Nieuwsblad. Sa rubrique se veut critique et rassurante à la fois: il constate un complexe de supériorité chez les francophones mais garde la foi en ce qui concerne l'union de notre pays.

    "Si les francophones, qui sont spontanément plus attachés à l'unité de la Belgique que les Flamands, veulent, tout aussi légitimement, que la Belgique se perpétue, il ne suffit pas qu'ils arborent des drapeaux belges dans les rues. Il faut qu'ils renoncent à tout complexe de supériorité linguistique. Chacun selon son propre rôle social doit apprendre à connaître et à aimer la langue et la culture de ses voisins du nord. C'est le prix à payer, sur le plan de la responsabilité personnelle, s'ils veulent que la Belgique ait un avenir", commence-t-il.

    Il porte la culture flamande dans son coeur
    L'évêque parle en tant que "Wallon, mais appréciant beaucoup la langue néerlandaise et la culture flamande".
    Il déclare ensuite que "Souvent, les Belges francophones perçoivent les revendications flamandes comme une agression. Sans me prononcer sur le plan politique, je les invite cependant à ne jamais oublier que, durant des siècles, la Flandre a dû lutter pour faire respecter sa langue et sa culture. La Flandre a été pendant longtemps la victime de l'arrogance francophone. Et l'Etat belge, né en 1830-1831, fut pendant un siècle l'instrument d'une francisation active de la Flandre. Devenue la région la plus prospère du pays, la Flandre désire légitimement affirmer sa spécificité culturelle et son autonomie linguistique".

    Monseigneur Léonard se veut rassurant
    L'évêque namurois estime en outre que la Belgique ne va pas "éclater". "Le réalisme nous dicte de rester ensemble: Flamands, Bruxellois, Wallons et germanophones. S'il faut déjà plusieurs mois pour négocier la formation d'un gouvernement, combien d'années cela va-t-il demander pour résoudre les problèmes qui se poseraient en cas de division du pays: le statut de Bruxelles, le sort de la monarchie, sans oublier les innombrables problèmes fiscaux et juridiques... Nous resterons ensemble", conclut l'évêque.

    Source : Rtl-info