Le Monde et Le Figaro se penchent sur la crise belge

Les quotidiens français "Le Monde" et "Le Figaro" ont récemment publié plusieurs articles consacrés à la crise communautaire en Belgique. Vous trouverez ci-dessous des extraits significatifs de quatre articles publiés dans leurs éditions papiers et électroniques. Cliquez sur les liens pour accéder aux articles complets (parfois payants). Ces articles et d'autres articles de la presse étrangère sont repris dans la section La Presse Etrangère.

Le Monde: "La guerre des Belges"
par Véronique Maurus
13.09.08
Source: Le Monde: "La guerre des belges"

"Nos amis belges sont-ils devenus fous ? Depuis l'été, leur courrier a pris un ton franchement inquiétant, passant de l'agacement à l'exaspération, puis à l'intolérance pure et simple.

Il y a des mots qui ne trompent pas, des mots comme "nazis", comme "mafia", "fossoyeurs", "mensonges" ou "désinformation". De ces mots outranciers qui s'appliquent surtout d'ordinaire au conflit israélo-palestinien, et qu'on lit dans des messages croisés, si contradictoires, si excessifs, qu'ils finissent par s'annuler.

Le ton montait depuis juin 2007 et le début de la crise institutionnelle qui déchire la Belgique. La moindre allusion, le sujet le plus anodin étaient prétextes aux reproches les plus graves. Mais ils restaient, sinon mesurés, du moins courtois.

Une analyse de notre correspondant Jean-Pierre Stroobants, "Le fossé belge et l'Europe plurielle", publiée le 21 juillet, a mis le feu aux poudres. Elle posait clairement la question : ce pays est-il encore gouvernable et a-t-il, en fait, un avenir en tant que nation ? La réponse, pessimiste, soulignait les responsabilités de l'actuel premier ministre, le leader chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, poussé par les extrémistes, dans l'aggravation du conflit entre les communautés wallonne et flamande.

Ce fut un tollé, de part et d'autre. Côté flamand, l'affaire dépassa même le cadre strict du courrier des lecteurs : Peter Vandermeersch, directeur de la rédaction du journal De Standaard, prit la plume en personne pour adresser à notre rédaction une sévère remontrance : "Nous sommes fâchés contre Le Monde, voire indignés. Mais avant tout, nous sommes déçus (...) par le ton que les informations prennent, lorsqu'elles concernent les développements politiques dans notre pays (...). La façon dont votre journal présente les Flamands et leurs soupirs est intolérable." Suivait une démonstration en règle montrant que notre description des revendications flamandes relevait de la "caricature". Cette thèse était d'ailleurs développée, le même jour, dans un éditorial dudit De Standaard.

Suivit un flot de courriels furieux des néerlandophones ; un flot qui n'a pas cessé, depuis. "Honte à toi, monsieur !", s'emporte Karel Van Isacker depuis Athènes (Grèce), en traitant notre correspondant de "personne pro-wallonne qui publie des mensonges avec le seul but de faire du dégât aux Flamands".

Vérité en deçà de l'Escaut, mensonge au-delà. Dans le camp wallon, les critiques sont presque aussi nombreuses, et tout aussi promptes à taxer Le Monde de parti pris. "J'ai été souvent frappé par l'indulgence, pour ne pas dire la complicité, avec laquelle vous vous faites l'écho des thèses de la propagande développée par la presse de Flandre, note François Moitier (Kraainem, Belgique). Il serait temps que vous expliquiez que les politiciens flamands poursuivent une politique d'épuration linguistique basée sur le droit du sol, de sinistre mémoire." "Vos articles sont un peu trop policés, et donc trop favorables aux racistes flamands !", renchérit Junon Moneta (courriel).

Jean-Pierre Stroobants ... vit "assez mal" la situation. "Quoi qu'on dise ou qu'on fasse, on est toujours soupçonné d'arrière-pensées, dit-il. Je ne m'adresse plus aux parlementaires flamands qu'en néerlandais, mais je sens que l'essentiel n'est pas une question de langue, mais de conception du rôle d'un journaliste étranger." Une situation qui n'est pas sans rappeler celle de nos correspondants au Proche-Orient, sans cesse cloués au pilori par des lecteurs exaltés.
"

Le Monde: "Le Conseil de l'Europe dénonce des discriminations flamandes"
par Jean-Pierre Stroobants
29.05.08
Source: Le Monde: "Le Conseil de l'Europe dénonce des discriminations flamandes

"Après le Comité contre le racisme des Nations unies et la Commission européenne, une troisième instance internationale a critiqué des pratiques discriminatoires de la Région flamande. Dans un rapport d'enquête qu'il a présenté, mardi 27 mai, devant le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe, le Français Michel Guégan a jugé "hors de proportion" la sanction frappant trois bourgmestres (maires) francophones élus en Flandre. Ces représentants ne sont pas nommés par leur autorité de tutelle - la Région flamande - parce qu'on leur reproche d'avoir envoyé, en 2006, des convocations électorales dans la langue de leurs administrés et pas uniquement en néerlandais, comme l'impose la loi. Les trois municipalités concernées sont majoritairement francophones.

"FASCISME NON VIOLENT"

Dans son rapport, M. Guégan déplore le "délai déraisonnable" imposé aux trois bourgmestres et s'inquiète que la Belgique n'ait toujours pas ratifié la convention-cadre du Conseil de l'Europe sur la protection des minorités nationales. Des voeux pieux : le gouvernement flamand restera inflexible sur ces deux points. Le rapport n'a d'ailleurs pas ému Marino Keulen, ministre régional de l'intérieur. Il estime que M. Guégan n'a pas pris en compte toutes les explications qui lui ont été fournies et s'est livré à des "commentaires politiques" sur la vie locale.

A la veille de cette décision, un reporter du International Herald Tribune avait dénoncé le "fascisme non violent" et la "purification ethnique juridique" à l'oeuvre, selon lui, dans le nord de la Belgique."

Le Figaro: "Bataille linguistique en Flandre"
Pierre Avril

"Les panneaux publicitaires en anglais qui bordent la nationale menant à Overijse, ne font pas illusion. Dans cette commune flamande de 24 000 âmes, à la périphérie sud de Bruxelles, la langue de Shakespeare n'a officiellement pas droit de cité. M. le maire en a décidé ainsi. Et pour bien se faire comprendre, il vient d'écrire une lettre à une agence immobilière qui avait eu l'audace d'apposer devant une jolie maison en brique, juste à côté de la classique inscription en néerlandais Te Koop («à vendre»), la traduction anglaise, «for sale». «Cette commune appartenant à la région flamande, il est important que vous utilisiez exclusivement le néerlandais. Nous espérons que votre entreprise contribuera à l'avenir de façon positive à la préservation de son caractère flamand», écrit l'édile, en exigeant une «réponse rapide».

À deux pas de sa maison natale, à l'hôtel de ville, les employées municipales ont pour consigne de ne s'adresser au public qu'en néerlandais. Le bourgmestre, dont le parti est rallié à celui du premier ministre flamand, Yves Leterme, se dépeint sous les traits d'un capitaine de Fort Chabrol assiégé par des allogènes. «Si on ne fait pas attention, les autochtones sont vite marginalisés. Or il est important de les protéger : c'est mon rôle», explique Dirk Brankaer. Un service de la «politique flamande» a même été créé afin de recueillir les dénonciations des vrais flamingants.

Qu'ils soient francophones ou anglophones, les nouveaux venus doivent s'assimiler. «Quand on habite en Flandre, on est flamand», résume Dirk Brankaer. À Overijse, les trois élus francophones du conseil municipal, qualifiés d'«extrémistes», accusent le bourgmestre de «violer la Constitution belge», ajoutant que la liberté linguistique prévaut en matière commerciale. «J'applique la loi», rétorque ce dernier. Mais laquelle ?

Après avoir reçu des menaces et vu sa boutique aux inscriptions bilingues endommagée par un commando de jeunes flamingants, Neelie Derviche (nom modifié) s'est adressée à la police municipale. «Ces derniers m'ont d'abord assurée que la loi était pour moi puis m'ont rappelée pour me dire que le règlement communal primait sur la Constitution belge. Et ils m'ont conseillé d'enlever mes panneaux en français le plus vite possible.»"

Le Figaro: "Belgique : ces francophones réduits au silence !"
par Chloé Andries
19/11/2007

"Ici, à Rhode-Saint-Genèse, commune située en terre flamande, 65 % de la population est francophone. Et les disputes linguistiques sont monnaie courante. Théâtre privilégié des chamailleries: la maison communale (mairie). Dans cette grande bâtisse, tout se passe en néerlandais. « Même si cinq échevins (adjoints au maire) sur six sont francophones, la loi leur interdit de s’exprimer au conseil communal dans leur langue maternelle ou d’envoyer des documents administratifs en français, sauf si les citoyens en font la demande », explique la bourgmestre (maire), Myriam Rolin.

Cette élue CDH (chrétiens démocrates) est en fonction depuis dix-huit ans. Largement réélue aux élections de 2006, elle n’a pourtant toujours pas été nommée par le gouvernement flamand. Sa faute : la commune a envoyé les convocations au scrutin en néerlandais et... en français. Pour la bourgmestre, « le climat politique local s’est considérablement dégradé, et la région flamande a durci sa politique à l’égard des francophones de la périphérie». Et Myriam Rolin ne manque pas d’anecdotes concernant les brimades subies par les francophones, depuis les logements sociaux, accordés par la région aux seuls habitants de « culture flamande », jusqu’à la récente campagne de dépistage du cancer du sein qui proposait aux femmes des mammographies gratuites... en langue néerlandaise uniquement. « Sans parler des chauffeurs de bus qui se font verbaliser en Flandre parce qu’ils ont oublié d’enlever leurs indications bilingues. Lorsqu’on voit ce genre d’aberration, on peut se demander dans quel pays on vit », s’exclame la bourgmestre.

A quelques encablures de Rhode-Saint- Genèse, toujours dans l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, la proportion de francophones passe brutalement de 66 à 30 %. Overijse, 22 000 habitants, est flamande et tient à le signaler. Sur la grandplace, huit drapeaux flamands narguent un unique drapeau belge. Fin octobre, une entreprise de déménagement, tout juste installée, a reçu une lettre de la commune lui enjoignant de respecter le caractère flamand d’Overijse en retirant son enseigne bilingue. Avec une précision : « Cela permettra aux francophones d’apprendre le néerlandais. » Le bourgmestre, Dirk Brankaer, élu CD & V/NVA, (alliance des démocrates et indépendantistes), persiste et signe. « Dans une commune flamande, il n’est pas normal que des magasins continuent d’ouvrir sans qu’on y parle un traître mot de néerlandais. »

Dirk Brankaer fait partie des 36 bourgmestres de la périphérie à avoir signé un appel pour la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde. Pour lui, « cette décision est la meilleure solution pour l’intégration des francophones dans les communes flamandes de la périphérie. Ils pourront créer des listes francophones en Flandre au lieu de voter pour des Bruxellois ». Aujourd’hui, selon le bourgmestre, « le système ne pousse pas à l’intégration. La commune propose des cours de néerlandais à un prix dérisoire. Mais 80 % des participants ne sont pas belges ». Reste que les sanctions imposées aux francophones semblent démesurées. A la maison communale, les employés sont bilingues mais ont l’interdiction formelle de s’exprimer dans une autre langue que le néerlandais."

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

4 commentaires:

  1. Sébastien Strazzer dit

    Et les français, ou la presse étrangère en général, auront encore de quoi alimenter leurs journaux dans les prochains mois, "l'internationalisation" du mal belge n'est pas prête de s'arranger. Encore tout à l'heure, dans son édition de 20h, TF1 parlait de la crise belge et redébarquait [car ce n'est pas la première fois] à Zaventem pour faire son reportage.


    chou-fleur dit

    Ces journaux de qualité, ont-ils des correspondants flamands?


    Jaio dit

    Le Monde et Le Soir ne vous l'ont pas dit que ce matin à la bibliothèque flamande de la place de la monnaie un chinois qui parlait en anglais avec une polonaise s'est vu apostropher par une proposée de la bibliothèque qui lui a dit en anglais que là il ne pouvait que parler en NL...
    -Mais je ne parle pas encore le NL. Dit le chinois.
    -Never mind, you have to try. Dit-elle. A part ces conneries, à la biblio flamande, les livres et surtout les CD et DVD sont presque gratuits (Y compris les livres en français ou autres langues)Que ne fairait-on pas pour nous séduire:-)


    chou-fleur dit
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