La Belgique dans le chaos politique depuis 18 mois

La démission du gouvernement du Premier Ministre de la Belgique, Yves Leterme ("CD&V", "Chrétiens Démocrates et Flamands"), présentée dans la soirée du vendredi 19 décembre au roi Albert II, a été accepté ce lundi 22 décembre. C'est la quatrième fois en un an et demi qu’Yves Leterme renonce à l'une des fonctions qui lui avaient été confiées depuis les élections du 10 juin 2007. Il a déjà démissionné deux fois de son rôle de "formateur" du gouvernement (les 23 août et 1er décembre 2007). Devenu Premier ministre le 20 mars 2008, il en est à sa seconde démission (le 14 juillet dernier, elle avait été refusée par le Roi). Cette démision est provoquée par une violation de l'Etat de droit. Yves Leterme est accusé d’avoir fait pression sur la justice pour qu’elle valide le démantèlement de Fortis, un groupe bancaire belgo-néerlandais.

Cette crise retient l'attention de la presse internationale. En France, le journal "Le Monde" explique que la Belgique est plongée depuis les élections de juin 2007 "dans une situation chaotique dont elle ne sort pas" (Le Monde: "Chaos politique en Belgique après la démission du gouvernement d'Yves Leterme"). "Libération" indique que "cette crise n'est qu'un signe de plus du délitement de la démocratie belge." (Libération: Leterme, la chute sans fin). Au Royaume-Uni, le "Financial Times" se demande si le pays pourra survivre "l'atmosphère apparemment permanente de confusion et de désunion des politiciens belges amène de plus en plus de spéculations concernant la survie du pays en tant qu'entité unique" (FT: Belgium edges towars political crisis). Aux Etats-Unis, le "Washington Post" titre "La Belgique dans l'incertitude".

La crise politique en Belgique retient l'attention de la presse internationale (reportage de la télévision publique belge francophone RTBF)


La Belgique a vécu sans véritable gouvernement stable depuis les dernières élections législatives du 10 juin 2007, en raison du conflit communautaire entre flamands et francophones. Durant la crise bancaire, il ne s’est absolument pas apaisé: la région flamande a ainsi confirmé son refus de nommer trois bourgmestres (maires) de la périphérie bruxelloise située parce qu’ils ont envoyé les convocations électorales en français aux électeurs francophones lors des élections communales d’octobre 2006. La ferme condamnation par le Conseil de l’Europe de cette claire violation de l’État de droit n’a pas fait fléchir la détermination des autorités flamandes à ne pas reconnaître l’existence de majorités francophones autour de Bruxelles (Lire: Le Conseil de l'Europe condamne fermement la Flandre). La Flandre s'inquiète surtout de son image à l'étranger.

Le gouvernement flamand, par la voie de son Président Kris Peeters, a confirmé qu'il ne reconnaît pas l’existence de Bruxelles en tant que Région à part entière (La Région Flamande confirme sa négation de la Région de Bruxelles). Il a aussi rappelé que la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvorde (BHV) doit suivre son cours, majorité flamande contre minorité francophone, afin de répondre à l'arrêt de la Cour constitutionnelle de 2003 (La scission de BHV). La solution avancée par les francophones est l'élargissement de la Région bilingue de Bruxelles aux six communes "à facilités linguistiques" de sa périphérie. La scission de BHV enclaverait définitivement Bruxelles, à 90% francophone, dans un Etat-fédéré Flamand (La Flandre décide d'isoler et d'enclaver la Région de Bruxelles dans un Etat Flamand).

Le groupe de travail B-H-V, qui regroupe plusieurs communes flamandes, a annoncé dans un communiqué de presse du samedi 21 décembre que des élections législatives anticipées sont inconstitutionnelles si cet arrondissement électoral n'était pas scindé en deux arrondissements électoraux distincts (Lien). La commune de Lennik n'organisera pas les élections européennes du 7 juin 2009 en signe de protestation (RTL: Lennik n'organisera pas les élections europénnes). Des menaces de boycott et des appel à la désobéissance civile avaient déjà été lancés du côté flamand pour tenter de perturber les élections européennes du 13 juin 2004 et les élections législatives fédérales du 10 juin 2007 (BHV: menace de boycott des élections du 7 juin 2009).

Face à ces difficultés structurelles d'avoir un gouvernement digne de ce nom et d’organiser des élections à cause de l’intransigeance flamande à vouloir annexer Bruxelles, la Belgique s’enfonce dans une crise de régime qui menace sa survie en tant qu’entité unique. La Flandre, majoritaire et plus riche, peut choisir son indépendance avec Bruxelles comme capitale, contre la volonté de sa population devenue une minorité francophone de 16%. La fin des transferts financiers vers la Wallonie engendrerait une perte importante de bien-être pour les wallons et mettrait en péril sa viabilité économique. Dans ces circonstances, les partis traditionnels francophones semblent avoir choisi de se soumettre progressivement à l’essentiel des décisions et revendications flamandes.

Ils continuent de plaider en faveur de solutions institutionnelles équilibrées "dans le cadre de l’Etat fédéral". Hors c'est précisément dans cet Etat fédéral que les dénis de démocratie, les violations des droits fondamentaux et des libertés des francophones ont atteint un tel degré d’intensité et de gravité que la Flandre a accumulé les condamnations des plus hautes instances internationales. Et le meilleur n'est pas à venir: des politiques bruxellois veulent le transfert des compétences communales vers la Région "afin de permettre une meilleure gouvernance". Ce transfert de la représentativité locale des francophones au profit d’un exécutif régional où leur représentation politique est limitée à 50% constituerait un déficit démocratique grave, qui bafoue par ailleurs les principes généraux en vigueur au Conseil de l’Europe (lire aussi: Pro Bruxsel: le nouveau parti anti-bruxellois; Réponse à une proposition de mandataires MR).

La Wallonie et Bruxelles ont besoin d'un Etat qui les protège, un Etat capable d'affronter la crise économique et de s’occuper des vrais problèmes des gens. La Belgique n'est plus cet Etat aux yeux de nombreux francophones. L’idée de la réunion de la Wallonie et de Bruxelles à la France progresse dans l’opinion publique francophone. Selon un sondage réalisé en juillet 2008 pour "Le Soir "et "La Voix du Nord", 49 % des Wallons et 60% des français sont favorables à un rattachement en cas d'éclatement du pays (Le Soir: un wallon sur deux se verrait bien français). Pour le parti politique démocratique "Rassemblement Wallonie-France" (RWF) ce rattachement est la seule idée qui offre un véritable avenir à nos deux régions.

7 commentaires:

  1. melodius dit

    Le futur des Bruxellois c'est:

    1. l'expulsion des organes de l'état étranger qu'est la Flandre de notre région et le refus de toute ingérence future de cet état dans nos affaires intérieures, fût-ce même au nom des intérêts des néerlandophones de Bruxelles
    2. l'élargissement des frontières politiques de notre ville à ses frontières naturelles, c-à-d à tout le moins à toutes les communes à facilités
    3. l'indépendance, éventuellement dans une formule d'association sui generis avec la France (comme Monaco et Andorre).
    4. une politique économique inspirée de celle qui réussit à tous les micro-états du monde (Liechtenstein, Monaco, Andorre, Singapour, etc.), sachant par ailleurs que les revenus gagnés à Bruxelles y seront également taxés.
    5. NE SURTOUT PAS LIER NOTRE SORT ECONOMIQUE A CELUI DE LA WALLONIE POURRIE PAR LE PARTI SOCIALISTE ET SON "FEDERALISME DE CONSOMMATION" TANT QU'ELLE N'AURA PAS FAIT LE MENAGE


    Bruxellois dit

    Melodius, la Wallonie est victime de la particratie et n'échappe pas à ce mal belge où la prédominance d'un parti clientéliste est mortelle pour la démocratie. C'est, en l'occurrence, le PS. C'aurait pu être aussi bien le MR ou un autre.

    Je n'ai aucunement l'intention de lâcher la Wallonie, tout comme la Wallonie ne peut lâcher Bruxelles. Ne perdez pas de vue que 400.000 Wallons sont établis à Bruxelles.

    Prôner l'indépendance de Bruxelles, c'est jouer le jeu des Flamands, c'est leur offrir Bruxelles en pâture, que vous le vouliez ou non.

    Amusant le sondage de "De frut" qui fait apparaître une majorité séparatiste au nord du pays :

    http://www.defrut.be/ye/ye_peiling_LDD_en_VB_grootste_partijen_in_Vlaanderen_defrut.htm


    melodius dit

    Refuser l'indépendance de Bruxelles, c'est faire le jeu des Flamands en donnant l'impression aux Bruxellois qu'ils n'ont le choix qu'entre l'état PS ou l'état belgique - et ils choisiront donc immanquablement l'état belgique. De toute manière, il est évident que toutes ces questions devront être débattues et soumises au suffrage des Bruxellois.

    Je tiens par ailleurs à bien préciser que je ne reconnais aucune pertinence politique aux origines des soi-disant "Wallons bruxellois", pas plus qu'à celle des soi-disant "Brusselse Vlamingen". Chacun est le bienvenu ici, et depuis toujours, d'où qu'il vienne, mais il est hors de question d'accepter une tutelle étrangère par le biais d'un ethno-clientélisme politique, qu'elle soit flamande ou wallonne.


    Anonyme dit

    @ melodius

    Votre opinion est tout à fait honorable (même si j la partage pas - je suis favorable à une solidarité avec la Wallonie à court terme, et ensuite un avenir commun, probablement en France).

    Ceci dit, pour arriver à votre idéal, il vous faut vous détacher de la Flandre. Je vous invite donc à supporter le seul parti francophone séparatiste (et c'est sans risque, ce parti prône un référendum ensuite sur la question de rattachement à la France)

    Amicalement.


    melodius dit

    Si c'est du RWF qu'il s'agit, je ne pourra envisager de voter pour ce parti que lorsqu'il reconnaîtra la spécificité bruxelloise. Si j'habitais Nivelles ce serait peut-être une autre affaire.

    J'ai lu avec intérêt le dernier bouquin de Gendebien. Autant je le trouve courageux et pertinent lorsqu'il analyse le mal belge et le mal wallon, autant il devient vaseux lorsqu'il explique les avantages du réunionnisme. Il y a me semble-t-il encore un sérieux effort à faire - mais bon, de toute manière, n'étant pas wallon, ça ne me concerne pas.


    melodius dit

    Correction : l'avant-dernier bouquin de Gendebien, "Belgique, dernier quart d'heure ?".

    Sinon, je constate à la lecture du manifeste du RWF sur son site qu'il utilise envers les Bruxellois à peu près le même argumentaire impérialiste que les Flamands, c'est-à-dire une revendication d'identité commune qui repose sur du vent et surtout l'affirmation de droits inexistants qui lui viendraient de ses "investissements" (ouarf !) et de l'immigration wallonne. On peut toujours rêver. Je présume que le RWF veut absolument assurer le succès du FDF, qui n'en pense sans doute pas moins, mais qui a au moins l'intelligence de ne pas prendre les Bruxellois à rebrousse-poil.


    kayen dit

    Vu de France:
    Je dirais qu'il existe une communauté naturelle entre la France(au moins la partie nord) , la wallonie et bruxelles , les différences que certains veulent entretenir entre bruxelles et la wallonie , me font penser à des querelles de clocher , à ce compte là, on peut diviser la France en 5 états(au moins) !! Monaco , Andorre ? c'est de l'operette!.
    de toute manière l'Europe pousse aux régionalisme dans un cadre européen , même si pour l'instant , les seules entités reconnues a son niveau , sont les états.
    Je ne sais pas ce que le PS en wallonie peut faire de pire que ce que fait le libéralisme aux USA et dans le monde , donc certains devraient un peu réfléchir , les wallons sont certainement mieux "lotis" qu'une grande partie des US. Franchement vous devriez laisser ces querelles de clocher