Le parlement flamand place les écoles francophones sous tutelle

Le 13 décembre 2007, la Commission de l'enseignement du Parlement Flamand a voté à l’unanimité le transfert de l'inspection pédagogique et le suivi psycho-médico-social (centres PMS) des écoles francophones des communes à facilités de la périphérie bruxelloise à la Communauté flamande. Ce décret flamand concerne huit écoles situées à Crainhem, Wezembeek-Oppem, Linkebeek, Drogenbos et Rhode-Saint-Genèse, soit quelque 3.000 élèves. Pour ces écoles, le vote flamand implique qu'elles devraient poursuivre les objectifs généraux de l'enseignement fondamental néerlandophone et appliquer les programmes de cours flamands – et plus francophones - mais aussi qu'elles seraient désormais inspectées par l'inspection scolaire flamande (La Libre Belgique: "La Flandre s'impose dans les écoles francophones de la périphérie"). Ce décret entrera en application le 1 septembre 2009.

Les députés de la Communauté française ont enclenché une procédure en conflit d'intérêt, suspendant ainsi l'application du décret flamand. C’est un réponse à ce qu'ils ont qualifié à l'époque de "troisième gifle" - après celle ressentie lors du vote flamand unilatéral sur BHV (7 novembre 2007; La scission de BHV) et celle perçue à la suite du refus flamand de nommer 3 bourgmestres francophones de la périphérie (14 novembre 2007; La Flandre refuse de nommer des mayeurs francophones). La loi stipule en effet que si ces écoles sont financées par la Communauté flamande, la Communauté française conserve, elle, une tutelle pédagogique (définition des programmes, organisation de l'inspection et délivrance des diplômes).

Le représentant francophone au sein du Parlement flamand, Christian Van Eyken (UF-FDF), qui n’a pas été désigné comme membre de cette Commission de l’Enseignement, n’a pas hésité à parler d’un "nouveau coup de force flamand comme sur la scission de BHV : là où la Flandre ne veut pas un consensus, elle impose sa règle majoritaire". Et de déplorer ce nouvel acte "qui ne facilitera pas le dialogue communautaire et qui ne servira pas nécessairement la cause des principaux concernés : les enfants desdites écoles". La Communauté française a proposé en vain de subsidier elle-même ces écoles francophones. Il faut également rappeler que les 150 mille francophones de la périphérie flamande paient leurs impôts en Flandre.

Reportage de la RTBF sur la mise sous tutelle de l'enseignement francophone par la Flandre.


Quarante ans après le Walen buiten (Editorial de "La Libre Belgique")
02/05/2008
Par Michel Konen

L'histoire ne serait-elle qu'un éternel recommencement ? Notre Mai 68, celui qui a compté dans l'histoire politique du pays, nous l'avons connu en février, 3 mois avant le printemps parisien.

On épilogue beaucoup, ces temps-ci, sur ce que ce chaud printemps a laissé comme traces dans nos sociétés. Chez nous, pas de doutes : le 7 février 1968 est à marquer d'une pierre blanche. A force de vociférer "Walen buiten" dans les manifestations et marches diverses, les flamands ont fait coup double. Ils ont eu la peau du gouvernement Vanden Boeynants-De Clercq et celle de l'Université Catholique de Louvain sise à Leuven : dehors les Wallons et les Bruxellois francophones !

Le combat flamand obtenait là une victoire majeure six ans après la fixation de la frontière linguistique, aujourd'hui intangible. Dès lors la volonté de flamandiser à tout prix tout ce qui pouvait l'être n'a jamais faibli. Qu'il s'agisse des Fourons ou des facilités dans les communes de la périphérie, la volonté flamande a été inflexible : pas de concessions, engranger ce qui peut l'être, remettre en cause, par n'importe quels moyens, tout ce qui, de près ou de loin, pourrait laisser croire que le Flamand n'est pas tout-à-fait maître chez lui sur le sol sacré du Lion des Flandres.

L'ensemble des partis du nord, sans exception, ont intégré cette contrainte. Et sous la pression des partis les plus radicaux ils se sont radicalisés à leur tour.

Gaston Eyskens avait diablement raison de dire, en 1970, après une première réforme de l'Etat : "la Belgique de papa à vécu".

Depuis, toutes les réformes sont allées dans le sens de plus d'autonomie pour les Régions et Communautés. Et l'éradication du français a tourné à l'obsession.

Quarante ans plus tard la Flandre a le sentiment de n'avoir pas encore abouti dans sa démarche. Il faut effacer tout ce qui reste encore de francophone sur son sol: BHV, bourgmestres de la périphérie, inspection scolaire, tout cela leur est devenu insupportable.

Le problème linguistique est comme le chiffon rouge agité devant le taureau. Il occupe tout l'espace politique, occulte tous les autres problèmes qu'un état soucieux du bien-être de ses citoyens prend prioritairement en charge.

En quarante ans les choses ont quand même un peu changé. On est passé du "Walen buiten" au "Frans verboden".

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

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