Le Ministre de la Justice, le droit et la démocratie
Stefaan De Clerck ("CD&V", "Chrétiens Démocrates et Flamands") est le nouveau ministre de la Justice dans le gouvernement d’Herman Van Rompuy (CD&V), premier ministre de la Belgique. Il remplace Jo Vandeurzen (CD&V) qui a démissionné après avoir été mis en cause, ainsi que le cabinet de l’ex-premier ministre Yves Leterme (CD&V), dans une tentative de pression sur la justice. La presse internationale n’avait pas hésité à interpréter cette crise comme un signe de plus de la désinvolture avec laquelle l’élite politique flamande (mal)traite l’Etat de droit (lire: Réactions internationales). Stefaan De Clerck était l’invité politique du journaliste Pascal Vrebos ce dimanche 4 janvier 2009 sur RTL-TVi. Ce dernier a interrogé le ministre sur la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) et sur la non-nomination de bourgmestres francophones dans la périphérie bruxelloise.
En ce qui concerne la scission de BHV (Lien: La scission de BHV), Stefaan De Clerck déclare "Je vote la scission. Je ne suis plus parlementaire mais donc il faut continuer. Il faut résoudre le problème. Et maintenant il y a un accord là-dessus ... Avec notre parti, nous l'avons fait. J’ai deux fois voté, bien sûr. Parce que la Flandre unanimement a voté.». Si cet arrondissement est effectivement scindé, les 150.000 francophones de la périphérie perdraient la possibilité de voter pour des candidats bruxellois aux élections législatives et européennes. Ils perdraient également la possibilité de se faire entendre en français devant les juridictions de Hal-Vilvorde. La Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, adoptée par le Conseil de l'Europe en 1955, et la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne du 7 décembre 2000 reconnaissent pourtant que tout justiciable a le droit d’être jugé dans une langue qu'il comprend.
La scission de BHV entraînerait également à terme la disparition des "facilités linguistiques" accordées dans les 6 communes à régime spécial du Brabant flamand où la population francophone est largement majoritaire. Elle confirmerait aussi le gouvernement flamand dans son refus de nommer les bourgmestres francophones et de ratifier la Convention-Cadre sur la Protection des Minorités. Stefaan De Clerck donne une note de 4 sur 10 à la décision du Conseil de l’Europe de condamner la Flandre (lien: Le Conseil de l'Europe condamne fermement la Flandre). Il ajoute: "Ils n’ont pas raison. Je reste Flamand, c’est clair. Je respecte tous mes amis wallons et bruxellois mais nous avons travaillé pendant des dizaines d’années à trouver une solution pour notre société belge. Et donc, ce n’est pas au Conseil de l’Europe de dire «voilà vous ne respectez pas l’autre langue». Ils doivent nous respecter dans nos solutions belges que nous avons trouvées".
Le Ministre de la Justice interrogée sur RTL-TVi
Ces déclarations du Ministre de la Justice démontrent parfaitement le mépris des hommes politiques flamands pour le droit et la démocratie. Des droits électoraux et judiciaires de francophones seront supprimés par le vote de la scission de l’arrondissement de BHV. La Région de Bruxelles, à 90% francophone, se retrouvera juridiquement enclavée dans un Etat fédéré unilingue flamand aux frontières intangibles comme hier Berlin encerclé par l’Allemagne de l’Est. Les "facilités" linguistiques pour la minorité francophones seront éradiquées. Les trois bourgmestres francophones démocratiquement élus dans la périphérie bruxelloise ne seront pas nommés. Le Ministre admet qu’il raisonne en tant que flamand. Et il estime que ce véritable déni de démocratie est "une solution belge" que le Conseil de l’Europe doit respecter. En clair, la Belgique est réduite à une Belgique Flamande. Et c’est non négociable.
Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.
3 commentaires:


@Olivier
Encore une fois: excellent résumé de l'essentiel sur ce sujet avec ce nouveau personnage.
Jean Simon dit
Nouvelle musculation préélectorale en vue de s'administrer le brevet du meilleur flamand. Cependant l' idéologie flamando-flamingante est à l'oeuvre quel que soit le politicien en place en martelant sans relâche ses exigences d'épuration ethnico-linguistiques et en tentant de couvrir son impérialisme revanchard par une conception pour le moins sectaire de l'état de droit. Ces gens sont, comme l'a dit la presse internationale, des fascistes rampants qui confondent la démocratie avec la loi du nombre.
Bruxellois dit
Allons, mon cher Jean Simon !
Admettez avec moi qu'il ne s'agit plus là de simple musculation électorale, que nous avons affaire à un discours nationaliste flamand revanchard, voire vindicatif à l'égard de la Communauté française de Belgique (Wallonie-Bruxelles-périphérie).
Les Flamands ne cèderont ni sur la périphérie ni sur Bruxelles qu'ils revendiquent.
Les Flamands entendent imposer en effet la loi du nombre.
Il ne tient qu'à nous, francophones, d'inverser ce rapport de forces, en nous alliant à la République française !