Le MR séduit par la Belgique Flamande

Le Président du Mouvement Réformateur (MR), Didier Reynders, et Rudy Aernoudt, le fondateur de LiDé (Rudy Aernoudt: le sous-marin flamingant), ont présenté ce samedi 21 février leur collaboration dans le cadre des scrutins régionaux et européens du 7 juin prochain. Rudy Aernoudt occupera la troisième place effective sur la liste MR pour les élections européennes. Il y aura également des candidats LiDé sur les listes MR pour les élections régionales. Ils défendront le même programme que celui des autres candidats sur les listes MR. Didier Reynders souligne que 8 des 10 priorités du programme de Rudy Aernoudt cadrent avec le programme du MR. Ces priorités seront intégrées dans le programme électoral du MR lors de congrès qui auront lieu le 31 mars pour le programme européen et dans le courant du mois d'avril pour les programmes pour les Régions wallonne et bruxelloise. Rudy Aernoudt a insisté pour sa part sur le fait que son mouvement gardait son indépendance et que la collaboration avec le MR était un choix stratégique. Le commissaire européen Louis Michel qui conduira la liste du MR pour les élections européennes confirme "J'ai vu son programme. A 80% il correspond à celui du MR. D'ailleurs, le choix de travailler ensemble est stratégique" (La Libre Belgique: "Rudy Aernoudt, 3éme sur la liste MR pour les européennes"; La Libre Belgique: "Louis Michel: "Aernoudt est le bienvenu"").

Le programme politique du MR reprendra des priorités qui sont clairement hostiles aux intérêts des bruxellois et des wallons. En réalité, Rudy Aernoudt est le relai de l'autonomiste flamingant Jean-Marie De Decker ("Lijst De Decker", LDD) à Bruxelles et en Wallonie, et pour lequel il a écrit le programme économique et social. L'objectif est de débloquer la situation communautaire du pays pour atteindre les buts de la Flandre: suppression des compétences de la communauté française en Wallonie et à Bruxelles, transfert de compétences communales stratégiques, où les francophones sont représentés proportionnellement à leur nombre, vers des niveaux de décision paritaire, et scission de BHV pour mettre la main sur Bruxelles. Une variation sur le thème "qui paie décide". En ce qui concerne la Flandre, Aernoudt soutient fermement le "principe d'homogénéité linguistique et territoriale", et donc de l'érection d'un Etat-fédéré unilingue et mono-culturel flamand, y compris dans les communes de la périphérie bruxelloise où les francophones sont majoritaires. Il précise que l'enseignement et la culture française doivent être purement et simplement supprimés pour ces francophones. En clair, il est partisan d'une Belgique unitaire flamande.

Enseignement, culture et formation

Rudy Aernoudt veut "abolir" la Communauté française, structure "dont on n’a plus besoin", qui est actuellement compétente pour l'enseignement, la culture, la formation, etc. Il précise dans son programme les conséquences de la régionalisation des compétences communautaires "Tout enseignement devient au minimum bilingue (FR/NL)" en Wallonie et à Bruxelles. Aernoudt est également partisan de la dilution de la culture française, une activité qui, selon lui, accentue "le clivage entre peuples". Il fait de l'apprentissage du néerlandais le centre de sa lutte contre le chômage ("le premier instrument pour favoriser l’insertion est d’apprendre les deux langues officielles"). A Bruxelles, ville à 90% francophone, les demandeurs d'emploi devront suivre des cours de néerlandais "Exiger que les chômeurs suivent des cours linguistiques en contrepartie de leurs allocations de chômage n’est quand même pas trop demandé".

Représentation politique

La priorité de Rudy Aernoudt est de transférer les compétences stratégiques des 19 communes bruxelloises vers la Région. Cela signifie que des pouvoirs actuellement exercés par les communes, où la représentation est conforme à la répartition linguistique de la population et, donc, des Bruxellois, seront transférés à l'exécutif régional, où les flamands ont une représentation garantie de 50%. La co-gestion de Bruxelles que la Flandre appelle de ses vœux passe en effet par une accentuation de la surreprésentation de la minorité flamande et des compétences qui leur sont attribuées. Le transfert de la représentativité locale des francophones au profit d’un exécutif régional où leur représentation politique est limitée à 50% constituerait un déficit démocratique grave, qui bafoue les principes généraux en vigueur au Conseil de l’Europe (lire aussi: Réponse à une proposition de mandataires MR bruxellois).

La scission de BHV

Aernoudt est favorable à la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde (La scission de BHV), mais avec "en compensation" une circonscription fédérale, cette autre idée flamande qui séduit Didier Reynders alors qu'elle vise à réduire la représentation politique des francophones en Belgique. Aernoudt est contre élargissement de la bruxelles. Il estime que le régime des "facilités" est temporaire pour les francophones qui ont été placés en Flandre lors du tracé arbitraire de la frontière linguistique en 1962. Avec la scission de BHV, Bruxelles sera réduite à une enclave dans un Etat-fédéré unilingue et mono-culturel flamand, qui a déjà acté son exigence de "co-gérer" Bruxelles (La Flandre décide d'isoler et d'enclaver Bruxelles dans un Etat flamand). C'est précisément pour cette raison que le MR souhaite transférer l'essentiel des compétences communales vers la Région, où les 10% de bruxellois flamands bénéficient d'une représentation de 50% quelque soit le résultat des élections.

Réactions politiques

La décision prise par le MR d'intégrer le programme politique flamingant de Rudy Aernoudt est une deuxième gifle pour le FDF (composante du MR) après la désignation du monarchiste belgicain Armand De Decker comme tête de liste à la Région de Bruxelles en lieu et place du FDF Didier Gosuin. Dans son dernier périodique, "Pespectives francophones", publié avant l'intégration de LiDé au MR, le FDF écrit "Rudy Aernoudt véhicule, sur le plan institutionnel, des thèses bien éloignées de celles du MR qui prône l’unité des Francophones, à travers une solidarité renforcée de la Wallonie et de Bruxelles, pour faire contrepoids à l’influence de la Flandre dans l’Etat belge. Il feint de croire que les problèmes institutionnels sont des faux problèmes alors que ses amis au nord du pays sont les premiers à attiser le feu communautaire. Qui peut nier que la Flandre a une telle exigence de son autonomie que l’existence même de la Belgique est menacée ? Jean Gol (fondateur de la Fédération PRL-FDF, devenue MR) avait le sens de l’histoire et savait que la Belgique d’autrefois ne viendrait pas sauver la Wallonie et Bruxelles."

L'attitude du MR et la passivité du FDF, qui reste fidèle au MR malgré sa dénonciation publique du sous-marin flamingant de Jean-Marie De Decker, ont suscité des prises de position lucides. Ainsi, Luc Delfosse conclut son éditorial dans le journal "Le Soir" du 18 février 2009 avec la déclaration suivante: "Au soir du 7 juin prochain, les élites francophones, empêtrées dans un combat des chefs qui les fascine jusqu’à l’aveuglement, risquent de se retrouver face à une Flandre plombée par les radicaux. Avec pour seul choix la date du divorce. Et leurs yeux pour pleurer." (Le Soir: "Mon petit pays connaît deux fois la crise"). Il y a aussi André Tirmarche, qui sera tête de liste R.W.F. - R.B.F. ("Rassemblement Wallonie France - Rassemblement Bruxelles France"; RWF) pour les élections régionales bruxelloises du 7 prochain. Il fait le constat que la Belgique officielle ne protège plus les wallons et bruxellois. Et il dénonce l'attitude des partis francophones traditionnels, et en particulier celle du MR-FDF. Il m'a fait parvenir sa réaction suivante:

"C’est au lendemain du vote de la scission de BHV en commission de l’intérieur, intervenu le 7 novembre 2007, que j’ai commencé à me poser des questions au sujet de nos mandataires francophones. Depuis lors, combien de gifles avons-nous dû encaisser ? Je ne les compte même plus.

Mais le plus grave, c’est qu’à la même époque, M. Reynders laissait entendre que nous devrions nous plier au confédéralisme voulu par les Flamands (cfr interview de Reynders dans Le Monde: "En Belgique, la logique est celle d'une confédération"). Je m’en suis ému auprès du FDF dont j’étais membre de longue date. J’espérais qu’il quittât le MR pour enfin adopter une ligne plus radicale et plus offensive. Mais en vain.

Ce n’est cependant pas que j’aurais manqué de patience puisque j’ai attendu le mois de septembre 2008 pour rallier le RBF-RWF, qui incarne mes aspirations au mieux. Je ne regrette nullement cette décision. Depuis lors, ce n’est pas une couleuvre que le MR a fait avaler à M. Maingain, mais un boa ! Non seulement son parti est privé de la tête de la liste MR à Bruxelles, mais en outre, il a dû se plier à l’arrivée du populiste flamand Aernoudt au MR.

Entretemps, les Flamands attendent tranquillement la scission de BHV, qui se produira inexorablement au terme des procédures dilatoires initiées par les diverses assemblées non flamandes, pour ainsi laisser la Région bruxelloise enclavée en territoire flamand, première étape de sa flamandisation projetée, avec la complicité interne de BruXsel, Aula Magna et Manifesto (lien: Offensive contre la francophonie à Bruxelles).

Mais on continue à négocier, comme si de rien n’était, et alors que plus rien n’est négociable sans pertes supplémentaires de droits, et que l’avenir des francophones se joue ici. Car arrêtons de rêver: il n’y aura jamais d’élargissement territorial de la Région bruxelloise dans le cadre belge.

Quels sont les Bruxellois francophones qui peuvent accepter de telles énormités, qui peuvent admettre la flamandisation forcée de leur Région ? Il est temps pour eux de comprendre que la Belgique officielle ne les protège plus et qu’il est donc vital pour eux d’en finir avec elle.

Or, même le FDF ne semble pas avoir intégré cette idée. En réalité, il trompe ses électeurs. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. Ainsi, il annonce solennellement la promesse du gouvernement de signer la Convention-cadre du Conseil de l'Europe sur la protection des minorités nationales contre quoi il dira oui à la Saint-Polycarpe. Il dira oui à la régionalisation intégrale de la loi communale sans aucune garantie pour la périphérie, les Fourons et les communes à facilités de la frontière linguistique; il dira oui à l'octroi d'un échevin à la minorité flamande dans toutes les communes bruxelloises; il dira oui à la surreprésentation flamande au Parlement régional bruxellois; il dira oui au refinancement au rabais de la Communauté française.

En échange d'une promesse de signature de la Convention-cadre qui n'engageait en rien la Flandre. Olivier Maingain et Joëlle Milquet devaient cependant savoir que la signature, en juin 2001, de Louis Michel (MR), ministre des Affaires étrangères, était assortie de réserves qui privaient la Convention de tout effet réel dans l'ordre juridique belge: pas question de modifier les lois linguistiques; la ratification de la Convention doit recevoir l'agrément des assemblées parlementaires. Or, le gouvernement flamand est un adversaire irréductible à la ratification. Les accords de la Saint-Polycarpe votés, le gouvernement fédéral Verhofstadt encommissionne le dossier. La ratification de la Convention-cadre est renvoyée aux calendes grecques."

Il est temps de sortir du cadre belge. Mais aucun parti francophone ne le propose, hormis le RBF-RWF."

Update:

Le président du MR, Didier Reynders, a annoncé lundi après-midi, qu'il mettait un terme à sa collaboration avec Rudy Aernoudt: "Je constate qu’il n’est pas possible de poursuivre l’intégration de M. Aernoudt en raison de l’opposition du FDF et du MCC mais aussi d’une partie du MR". Lundi matin, le FDF, compagnon de route des libéraux francophones depuis une quinzaine d’années et, surtout, allié indispensable du MR en Région bruxelloise, a menacé de faire exploser le cartel en cas de maintien de Rudy Aernoudt sur les listes du MR. Selon Olivier Maingain, Président du FDF "Rudy Aernoudt défend des idées très éloignées des principes qui figurent dans la charte du MR".

Rudy Aernoudt avait rappelé son programme politique la veille sur des plateaux télévisés, en particulier les priorités qui, selon Didier Reynders, "cadrent avec le programme du MR" . Parmi les priorités, la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), la suppression de l'enseignement et de la culture française dans la périphérie bruxelloise, et l'imposition du bilinguisme à Bruxelles, y compris dans l'enseignement. Ces déclarations ont fait un tollé parmi les électeurs du MR. Rudy Aernoudt estime que la rupture du cartel doit être imputée aux francophones bruxellois soucieux de préserver leurs droits fondamentaux.

Les idées de Rudy Aernoudt ne sont pas reniées par l'ensemble du MR, à commencer par son Président, Didier Reynders. Ce dernier reconnaît que son choix est uniquement et entièrement dicté par des intérêts électoralistes"J’ai tranché dans l’intérêt du parti. Je ne peux imaginer que l’arrivée de M. Aernoudt mette en péril l’avenir du Mouvement". Didier Reynders ne conteste pas non plus que 80% du programme politique de Rudy Aernoudt cadre avec celui du MR, contrairement aux déclarations du FDF (La Libre Belgique: "Reynders sacrifie Aernoudt). Il a également confirmé le choix d'Alain Destexhe, proche de Rudy Aernoudt, à la cinquième place sur la liste MR pour les régionales, et celui du monarchiste belgicain Armand De Decker comme tête de liste.

7 commentaires:

  1. Bruxellois dit

    Si M. Maingain a pu commettre des erreurs, c'est que le PRL-VLD - le couple Reynders-Verhofstadt - l'y a forcé.

    M. Maingain s'est, d'autre part, entouré d'un bien curieux staff qui souhaite prolonger encore maintenant son alliance avec un MR plus que jamais pouvoiriste.

    Entre pouvoir et devoir, il faut choisir dans l'intérêt des francophones. En ce qui me concerne, mon choix est fait.


    Anonyme dit

    ta reaction est aussi crispe que le congres du NVA ce weekend. et pour cause!

    le CD&V a laisse tombe le NVA et le MR le FDF.

    on pourra enfin trouver une solution! plus de raison d'etre pour les extremistes des 2 cotes, mais c' est exactemente ce que veux la majorite des gens et des bxlois franco et flamoush et arabes, et polonais, et anglais: vivre en paix.

    Ah non peut-etre!!!


    Veritas dit

    voici ce racisme condamné du FDF. Un Flamand sur la liste de MR à Bruxelles ? Jamais selon le FDF ! Un Flamand sur la liste de MR en Wallonie ? Pas acceptable.

    Vous avez déjà vu parlez Maingain parler le néerlandais ? Jamais il veut parler ce patois (le 'flamand' comme certains francophones disent, en méprisant).

    En fait un raciste pur sang.


    Anonyme dit

    olivier

    tout les francophones ont, dans le ''territoire flamand'' les memes droits que les flamands - il n'y a pas de discrimination la.
    seulement, ils doivent le faire en flamand......comme n'importe qui venu de n'importe ou.
    et que les flamoush a bxl ont le droit d' etre flamoush - il ne manquerai que cela non? vue l'aritmethique complique du pays, c'est le ''prix a paye par la legere majorite franco de bxl (comme le payent le flamands: accepte que bxl n'est pas/plus flamand)


    ceci dit, ma position est bi-linguisme total.


    Anonyme dit

    Les Francophones sont Cocufiés par le MR.
    Le MR va perdre une partie de ses voix bruxelloises. Mais il n'y aura pas de perte en Wallonie.
    Gageons que d'ici quelque temps, nous verrons Reynders faire les yeux doux à Milquet et à Javaux afin de gouverner la Wallonie.
    Et en 2011, les 3 mêmes au fédéral.
    C'en est fini des droits francophones.
    Reynders va vendre la Belgïe-que aux flamands.

    A moins que FDF s'allie au CDH....
    On peut toujours espérer.


    Anonyme dit

    "Bruxelles, ville à 90% francophone" ;-)
    You're kidding, right ?


    Jean Simon dit

    Machiavel peut être être fier de son disciple Reynders.
    "Aussi est-il nécessaire au Prince qui se veut conserver qu'il apprenne à pouvoir n'être pas bon..."
    Machiavel - Le Prince.
    Patience citoyens libéraux grugés, les temps sont proches où le pontifex maximus bleu va éprouver, si sa soif de pouvoir continue à oblitérer sa raison, la proximité de la Roche Tarpéenne et du Capitole.