Rudy Aernoudt: le sous-marin flamingant

Rudy Aernoudt est un économiste, publiciste et homme politique flamand né le 5 novembre 1960 à Torhout (Flandre). De 2001 à 2003, il a été chef de cabinet adjoint de Serge Kubla (MR, "Mouvement Réformateur"), Ministre wallon de l'Économie, des Entreprises, de la Recherche et développement. En 2003, il est nommé directeur du cabinet de Fientje Moerman (Open VLD, "Vlaamse Liberalen en Democraten"), Ministre flamande de l'Économie, de l'Entreprise, du Commerce extérieur et de la Politique scientifique. Il écrit plusieurs ouvrages dans lequels il dénonce les tentations séparatistes flamandes, la mauvaise gestion et les nominations politiques qui auraient cours au sein du gouvernement flamand. Le 16 septembre 2007 il est licencié pour faute grave. Le parti de l'autonomiste flamingant Jean-Marie Dedecker (LDD, "Lijst De Decker"), pour lequel Rudy Aernoudt avait écrit le programme économique et sociale, a exigé en vain sa réintégration (Le Soir: "Rudy Aernoudt: on frôle la censure"). Le 29 janvier 2009 le tribunal du travail de Bruxelles a débouté Rudy Aernoudt qui avait intenté une procédure judiciaire pour contester son licenciement. Selon le juge, les faits évoqués sont suffisamment sérieux pour justifier ce licenciement immédiat, pour motif grave, sans préavis ni indemnité (Le Soir: "le licenciement de Rudy Aernoudt était fondé").

Le 17 avril 2008 Rudy Aernoudt présente à la presse le groupe de réflexion "La Belgique Autrement" (Belgique Autrement) dont il est le Président. A côté d'Aernoudt, on trouve parmi les fondateurs et ses soutiens plusieurs figures bien connues du monde patronal: Tony Mary (ex-patron de la VRT; président de Dolmen), Emmanuel van Innis (président de BECI, Chambre de Commerce et d'Industrie de Bruxelles), Baudouin Velge (ancien dirigeant de Fedis, Fédération des entreprises de distribution, patron d’Interel, administrateur chez Bekaert et Cofinimmo, et conseiller de BT Benelux), Alain De Waele (secrétaire-général du Fonds InBev-Baillet Latour, président de plusieurs associations et chambres de commerce), René Mannekens (président du conseil d'administration de Nutricia), Luc Willlame (ex-patron de Glaverbel et Président de la société de développement régional de la région de Bruxelles-Capitale), Philippe D'heygere (actionnaire et président de diverses PME flamandes), Eric Domb (Président de l’Union Wallonne des Entreprises, UWE), Nicolas Saverys (patron du groupe Exmar, Anvers), Adrienne Axler (administrateur délégué de Sodexho), Inge Geerdens (CVWarehouse), et Eddy Van Gelder (ex-PVV, nombreux mandats de direction dans des PME flamandes).

Le nouveau mouvement plaide "pour une autre manière de diriger et d’organiser la Belgique ... Bruxelles une marque réputée à l’étranger, et doit être exploitée dans ce sens". L'ami de Rudy Aernoudt, Jean-Marie De Decker (LDD), projette précisément de déposer une liste à Bruxelles et en Wallonie pour les élections du 7 juin 2009. Mais son étiquette flamingante ("Avec la Wallonie si c’est possible, sans la Belgique s’il le faut") l'en empêche. Il cherche donc un relai. Eté 2008, Rudy Aernoudt quitte la très hupée commune flamande de Latem-Saint-Martin et achète une luxueuse propriété à Lustin, en Wallonie. L’homme ne manque en effet pas de ressources financières: il cumule plusieurs dizaines de mandats dans les conseils d’administration de sociétés, dont au moins cinq mandats rémunérés (Rudy Aernoudt ne s’est pas conformé à l’obligation légale de déposer à la Cour des Comptes sa déclaration de mandats et de patrimoine portant sur l'année 2007; lire aussi RTBF: "Rudy Aernoudt est notre invité"). Il peaufine son programme politique à l'aide d'une dizaine de personnes . Le 1 novembre 2008, Rudy Aernoudt présente à la presse sa formation politique: LiDé (pour "Libéral Démocrate"). Il annonce goguenard "il y a un million de Flamands en Wallonie” (La Libre Belgique: "LiDé: le nouveau parti de Rudy Aernoudt").

Rudy Aernoudt est le relai de l'autonomiste flamingant Jean-Marie De Decker à Bruxelles et en Wallonie. L'objectif est de débloquer la situation communautaire du pays pour atteindre les buts de la Flandre: scission de BHV pour mettre la main sur Bruxelles et transfert des compétences francophones vers le niveau de décision flamand. Une variation sur le thème "qui paie décide".

Rudy Aernoudt est un économiste, publiciste et homme politique flamand né le 5 novembre 1960 à Torhout (Flandre). De 2001 à 2003, il a été chef de cabinet adjoint de Serge Kubla (MR, "Mouvement Réformateur"), Ministre wallon de l'Économie, des Entreprises, de la Recherche et développement. En 2003, il est nommé directeur du cabinet de Fientje Moerman (Open VLD, "Vlaamse Liberalen en Democraten"), Ministre flamande de l'Économie, de l'Entreprise, du Commerce extérieur et de la Politique scientifique. Il écrit plusieurs ouvrages dans lequels il dénonce les tentations séparatistes flamandes, la mauvaise gestion et les nominations politiques qui auraient cours au sein du gouvernement flamand. Le 16 septembre 2007 il est licencié pour faute grave. Le parti de l'autonomiste flamingant Jean-Marie Dedecker (LDD, "Lijst De Decker"), pour lequel Rudy Aernoudt avait écrit le programme économique et sociale, a exigé en vain sa réintégration (Le Soir: "Rudy Aernoudt: on frôle la censure"). Le 29 janvier 2009 le tribunal du travail de Bruxelles a débouté Rudy Aernoudt qui avait intenté une procédure judiciaire pour contester son licenciement. Selon le juge, les faits évoqués sont suffisamment sérieux pour justifier ce licenciement immédiat, pour motif grave, sans préavis ni indemnité (Le Soir: "le licenciement de Rudy Aernoudt était fondé").

Le 17 avril 2008 Rudy Aernoudt présente à la presse le groupe de réflexion "La Belgique Autrement" (Belgique Autrement) dont il est le Président. A côté d'Aernoudt, on trouve parmi les fondateurs et ses soutiens plusieurs figures bien connues du monde patronal: Tony Mary (ex-patron de la VRT; président de Dolmen), Emmanuel van Innis (président de BECI, Chambre de Commerce et d'Industrie de Bruxelles), Baudouin Velge (ancien dirigeant de Fedis, Fédération des entreprises de distribution, patron d’Interel, administrateur chez Bekaert et Cofinimmo, et conseiller de BT Benelux), Alain De Waele (secrétaire-général du Fonds InBev-Baillet Latour, président de plusieurs associations et chambres de commerce), René Mannekens (président du conseil d'administration de Nutricia), Luc Willlame (ex-patron de Glaverbel et Président de la société de développement régional de la région de Bruxelles-Capitale), Philippe D'heygere (actionnaire et président de diverses PME flamandes), Eric Domb (Président de l’Union Wallonne des Entreprises, UWE), Nicolas Saverys (patron du groupe Exmar, Anvers), Adrienne Axler (administrateur délégué de Sodexho), Inge Geerdens (CVWarehouse), et Eddy Van Gelder (ex-PVV, nombreux mandats de direction dans des PME flamandes).

Le nouveau mouvement plaide "pour une autre manière de diriger et d’organiser la Belgique ... Bruxelles une marque réputée à l’étranger, et doit être exploitée dans ce sens". L'ami de Rudy Aernoudt, Jean-Marie De Decker (LDD), projette précisément de déposer une liste à Bruxelles et en Wallonie pour les élections du 7 juin 2009. Mais son étiquette flamingante ("Avec la Wallonie si c’est possible, sans la Belgique s’il le faut") l'en empêche. Il cherche donc un relai. Eté 2008, Rudy Aernoudt quitte la très hupée commune flamande de Latem-Saint-Martin et achète une luxueuse propriété à Lustin, en Wallonie. L’homme ne manque en effet pas de ressources financières: il cumule plusieurs dizaines de mandats dans les conseils d’administration de sociétés, dont au moins cinq mandats rémunérés (Rudy Aernoudt ne s’est pas conformé à l’obligation légale de déposer à la Cour des Comptes sa déclaration de mandats et de patrimoine portant sur l'année 2007; lire aussi RTBF: "Rudy Aernoudt est notre invité"). Il peaufine son programme politique à l'aide d'une dizaine de personnes . Le 1 novembre 2008, Rudy Aernoudt présente à la presse sa formation politique: LiDé (pour "Libéral Démocrate"). Il annonce goguenard "il y a un million de Flamands en Wallonie” (La Libre Belgique: "LiDé: le nouveau parti de Rudy Aernoudt").

Rudy Aernoudt est le relai de l'autonomiste flamingant Jean-Marie De Decker à Bruxelles et en Wallonie. L'objectif est de débloquer la situation communautaire du pays pour atteindre les buts de la Flandre: scission de BHV pour mettre la main sur Bruxelles et transfert des compétences francophones vers le niveau de décision flamand. Une variation sur le thème "qui paie décide".


Rudy Aernoudt s’offre à grands coups de millions des campagnes financées par les riches industriels qui soutiennent son projet politique. Il bénéficie également d’une "couverture" médiatique importante dans les médias francophones. Cela ne l'empêche pourtant pas de reprocher au quotidien "La Libre Belgique" de le "boycotter" (Le Vif: "Aernoudt fâché contre La Libre"). Son programme (LiDé) reprend le volet économique et social ultra-libéral de la Liste Dedecker (LDD). Mais Rudy Aernoudt précise qu’il n’est pas le pendant wallon de la LDD au niveau institutionnel: "Le volet communautaire de la LDD est résolument flamand. Jean-Marie Dedecker plaide pour l'autonomie régionale. Moi, je défends l'idée d'un transfert de compétences vers le niveau de décision le plus efficace" (Le Vif: "Rudy Aernoudt lance un nouveau parti en Wallonie"). La vraie question est évidemment de savoir quel est le niveau de décision qu'il estime le plus efficace. La presse donne peu d'éléments de réponse. Après tout, Rudy Aernoudt s’est construit une réputation de Flamand non-séparatiste. Il se présente comme "un parfait belgicain". Et il est devenu membre de "B Plus" (B Plus), un groupe de pression pour une Belgique fédérale (1).

Son plan pour Bruxelles est axé sur le slogan allèchant "Laissons Bruxelles aux Bruxellois" (le slogan du FDF était "Bruxellois, maître chez toi"). Mais Aernoudt réfute les statistiques incontestables qui démontrent que Bruxelles est habitée par une population à 90% francophone. Selon lui "Les Bruxellois ne sont ni Flamands, ni Wallons, mais une multitude des personnes parlant environ 200 langues." (lire aussi Offensive contre la francophonie à Bruxelles). Rudy Aernoudt veut "abolir" la Communauté française, structure "dont on n’a plus besoin". Après tout, les francophones ne sont qu’une "minorité" parmi d’autres à Bruxelles tandis qu'"un million de flamands" vivent en Wallonie. LiDé précise les conséquences de la régionalisation des compétences communautaires "Ceci implique d’abolir le «Nederlandstalig» en «Franstalig» onderwijs" (sic). Tout enseignement devient au minimum bilingue (FR/NL)". Quant à la politique de la culture, "elle devrait donner priorité absolue à des activités réunissant des personnes de toutes origines, plutôt que, comme c’est le cas actuellement, à des activités qui accentuent le clivage entre peuples". LiDé semble privilégier la dilution de la culture française au motif qu'elle serait sectaire.

LiDé veut "rationaliser" le partage des compétences entre les communes et la Région Bruxelloise. La priorité de Rudy Aernoudt est de transférer les compétences communales stratégiques vers la Région afin de permettre une meilleure gestion. Cela signifie que des pouvoirs actuellement exercés par les communes, où la représentation est conforme à la répartition linguistique de la population et, donc, des Bruxellois, seront transférés à l'exécutif régional, où les flamands ont une représentation garantie de 50%. La co-gestion de Bruxelles que la Flandre appelle de ses vœux passe en effet par une accentuation de la surreprésentation de la minorité flamande et des compétences qui leur sont attribuées. Cela signifirait la rupture d'un "équilibre" institutionnel déjà fragile et contesté. En effet, l’écart entre proportion de la population et représentation, qui existe au niveau de la Région est "atténuée" par une représentation plus "proportionnelle" de la population dans 19 conseils communaux. Le transfert de la représentativité locale des francophones au profit d’un exécutif régional où leur représentation politique est limitée à 50% constituerait un déficit démocratique grave, qui bafoue les principes généraux en vigueur au Conseil de l’Europe.

La lutte contre le chômage est une autre priorité de Lidé. "le premier instrument pour favoriser l’insertion est d’apprendre les deux langues officielles de Bruxelles ... Exiger que les chômeurs suivent des cours linguistiques en contrepartie de leurs allocations de chômage n’est quand même pas trop demandé". Au niveau structurel, LiDé veut regrouper toutes les matières liées à l’emploi sous un même chapeau "bilingue". Rudy Aernoudt relaie ainsi les revendications flamandes que la Flandre ressasse depuis tant d'années. La connaissance de langues étrangères, et en particulier le néerlandais, constitue certainement un atout pour Bruxelles et pour ses habitants. Mais l'imposition du flamand dans une ville à 90% francophone ne réduira pas le chômage. Au contraire, ce sont précisément ces exigences et ces cadres linguistiques en décalage complet avec la réalité socio-économique de Bruxelles qui réduisent l'accès à l'emploi pour les francophones (Liens: Cadre linguistique: les pompiers manifestent contre la passivité du gouvernement bruxellois). Il serait plus juste et plus efficace de supprimer ces discriminations au lieu de flamandiser de force les francophones.

    La Flandre débitrice devrait pouvoir peser sur l’utilisation de ses moyens pour le bien de la Wallonie et de Bruxelles. Rudy Aernoudt (Le Soir, 10 septembre 2007): "Je ne dis pas que la Flandre doit mettre la Wallonie ou Bruxelles sous tutelle. Mais on pourrait imaginer quelque chose au comité de concertation" (organe qui réunit Etat fédéral, communautés, et régions).

LiDé est favorable à la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde (La scission de BHV), mais avec "en compensation" une circonscription fédérale (dont il ne précise la portée), une autre idée flamande qui vise à réduire la représentation politique des francophones en Belgique (simplement pour des raisons de nombre, les droits politiques ne sont plus les mêmes). Aernoudt est contre élargissement de la capitale ("Je suis contre l'élargissement! La question des frontières n’est pas à l’ordre du jour") et donc contre toute extension des frontières linguistiques. Il soutient le "principe de territorialité" en Flandre, et donc du maintien de l'unilinguisme flamand, y compris dans les communes flamandes où les francophones sont majoritaires. Il part du présupposé que le régime des "facilités" est nécessairement temporaire, parce que les francophones qui ont été arbitrairement placés en Flandre lors du tracé de la frontière linguistique en 1962 sont des "immigrés" qui doivent s'assimiler. La scission de BHV que réclame Aernoudt enfermera définitivement Bruxelles dans le carcan de ses 19 communes. Bruxelles sera réduite à une enclave dans un Etat-fédéré unilingue et mono-culturel flamand, qui a déjà acté son exigence de "co-gérer" Bruxelles (La Flandre décide d'isoler et d'enclaver Bruxelles dans un Etat flamand).

On note enfin que le coordinateur de LiDé à Bruxelles se nomme Pascal De Roubaix, un ancien député de l'Union démocrate pour le respect du Travail (UDRT), une formation de droite poujadiste. L'hebdomadaire "Pourquoi pas?" avait décrit, en novembre 1984, Pascal De Roubaix comme un "catholique d'obédience intégriste, nationaliste, unitariste, patriote". Il a ensuite collaboré au mensuel d'extrême droite "Le Cri du Citoyen", dans lequel il écrit en avril 1998 "Malheureusement pour la Belgique, l'extrême droite francophone est désorganisée et plus occupée à se déchirer en petites factions rivales plus au moins hystériques, qu'à constituer une force politique un tant soit peu crédible". En 1998, il fonde le groupuscule politique "Alliance-Alliantie". Son bras droit, en deuxième position sur la liste aux élections régionales du 13 juin 1999, était Christophe Buffin, un militant de la droite national-catholique radicale, qui fréquente l'association politico-religieuse "Belgique & Chrétienté". Christophe Buffin a collaboré au journal "Accent", issu des milieux "Dinaso", revendiquant la création d'un "Etat thiois" devant regrouper les "Grands Pays-Bas", les trois Flandres (française, belge et hollandaise) et la Wallonie (Résistances).

(1) Le groupe de pression "B Plus", qui compte Rudy Aernoudt parmi ses membres, est présidé par le flamand Tony Mary, qui est précisément un des fondateurs de "Belgique Autrement" (supra). Selon ce groupe, le fédéralisme belge ne peut survivre qu'en échangeant les transferts financiers de la Flandre vers Wallonie-Bruxelles contre des droits fondamentaux des francophones, en particulier leurs droits linguistiques (cfr B plus: BHV: une vision fédéraliste et une proposition de solution). "B Plus" se prononce donc pour la scission de BHV combinée à une circonscription électorale fédérale pour 1/4 des sièges à la Chambre. Parmi les autres membres de "B Plus": Louis Michel (MR) et Anne-Marie Lizin (PS).µ

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

Rudy Aernoudt s’offre à grands coups de millions des campagnes financées par les riches industriels qui soutiennent son projet politique. Il bénéficie également d’une "couverture" médiatique importante dans les médias francophones. Cela ne l'empêche pourtant pas de reprocher au quotidien "La Libre Belgique" de le "boycotter" (Le Vif: "Aernoudt fâché contre La Libre"). Son programme (LiDé) reprend le volet économique et social ultra-libéral de la Liste Dedecker (LDD). Mais Rudy Aernoudt précise qu’il n’est pas le pendant wallon de la LDD au niveau institutionnel: "Le volet communautaire de la LDD est résolument flamand. Jean-Marie Dedecker plaide pour l'autonomie régionale. Moi, je défends l'idée d'un transfert de compétences vers le niveau de décision le plus efficace" (Le Vif: "Rudy Aernoudt lance un nouveau parti en Wallonie"). La vraie question est évidemment de savoir quel est le niveau de décision qu'il estime le plus efficace. La presse donne peu d'éléments de réponse. Après tout, Rudy Aernoudt s’est construit une réputation de Flamand non-séparatiste. Il se présente comme "un parfait belgicain". Et il est devenu membre de "B Plus" (B Plus), un groupe de pression pour une Belgique fédérale (1).

Son plan pour Bruxelles est axé sur le slogan allèchant "Laissons Bruxelles aux Bruxellois" (le slogan du FDF était "Bruxellois, maître chez toi"). Mais Aernoudt réfute les statistiques incontestables qui démontrent que Bruxelles est habitée par une population à 90% francophone. Selon lui "Les Bruxellois ne sont ni Flamands, ni Wallons, mais une multitude des personnes parlant environ 200 langues." (lire aussi Offensive contre la francophonie à Bruxelles). Rudy Aernoudt veut "abolir" la Communauté française, structure "dont on n’a plus besoin". Après tout, les francophones ne sont qu’une "minorité" parmi d’autres à Bruxelles tandis qu'"un million de flamands" vivent en Wallonie. LiDé précise les conséquences de la régionalisation des compétences communautaires "Ceci implique d’abolir le «Nederlandstalig» en «Franstalig» onderwijs" (sic). Tout enseignement devient au minimum bilingue (FR/NL)". Quant à la politique de la culture, "elle devrait donner priorité absolue à des activités réunissant des personnes de toutes origines, plutôt que, comme c’est le cas actuellement, à des activités qui accentuent le clivage entre peuples". LiDé semble privilégier la dilution de la culture française au motif qu'elle serait sectaire.

LiDé veut "rationaliser" le partage des compétences entre les communes et la Région Bruxelloise. La priorité de Rudy Aernoudt est de transférer les compétences communales stratégiques vers la Région afin de permettre une meilleure gestion. Cela signifie que des pouvoirs actuellement exercés par les communes, où la représentation est conforme à la répartition linguistique de la population et, donc, des Bruxellois, seront transférés à l'exécutif régional, où les flamands ont une représentation garantie de 50%. La co-gestion de Bruxelles que la Flandre appelle de ses vœux passe en effet par une accentuation de la surreprésentation de la minorité flamande et des compétences qui leur sont attribuées. Cela signifirait la rupture d'un "équilibre" institutionnel déjà fragile et contesté. En effet, l’écart entre proportion de la population et représentation, qui existe au niveau de la Région est "atténuée" par une représentation plus "proportionnelle" de la population dans 19 conseils communaux. Le transfert de la représentativité locale des francophones au profit d’un exécutif régional où leur représentation politique est limitée à 50% constituerait un déficit démocratique grave, qui bafoue les principes généraux en vigueur au Conseil de l’Europe.

La lutte contre le chômage est une autre priorité de Lidé. "le premier instrument pour favoriser l’insertion est d’apprendre les deux langues officielles de Bruxelles ... Exiger que les chômeurs suivent des cours linguistiques en contrepartie de leurs allocations de chômage n’est quand même pas trop demandé". Au niveau structurel, LiDé veut regrouper toutes les matières liées à l’emploi sous un même chapeau "bilingue". Rudy Aernoudt relaie ainsi les revendications flamandes que la Flandre ressasse depuis tant d'années. La connaissance de langues étrangères, et en particulier le néerlandais, constitue certainement un atout pour Bruxelles et pour ses habitants. Mais l'imposition du flamand dans une ville à 90% francophone ne réduira pas le chômage. Au contraire, ce sont précisément ces exigences et ces cadres linguistiques en décalage complet avec la réalité socio-économique de Bruxelles qui réduisent l'accès à l'emploi pour les francophones (Liens: Cadre linguistique: les pompiers manifestent contre la passivité du gouvernement bruxellois). Il serait plus juste et plus efficace de supprimer ces discriminations au lieu de flamandiser de force les francophones.

    La Flandre débitrice devrait pouvoir peser sur l’utilisation de ses moyens pour le bien de la Wallonie et de Bruxelles. Rudy Aernoudt (Le Soir, 10 septembre 2007): "Je ne dis pas que la Flandre doit mettre la Wallonie ou Bruxelles sous tutelle. Mais on pourrait imaginer quelque chose au comité de concertation" (organe qui réunit Etat fédéral, communautés, et régions).

LiDé est favorable à la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde (La scission de BHV), mais avec "en compensation" une circonscription fédérale (dont il ne précise la portée), une autre idée flamande qui vise à réduire la représentation politique des francophones en Belgique (simplement pour des raisons de nombre, les droits politiques ne sont plus les mêmes). Aernoudt est contre élargissement de la capitale ("Je suis contre l'élargissement! La question des frontières n’est pas à l’ordre du jour") et donc contre toute extension des frontières linguistiques. Il soutient le "principe de territorialité" en Flandre, et donc du maintien de l'unilinguisme flamand, y compris dans les communes flamandes où les francophones sont majoritaires. Il part du présupposé que le régime des "facilités" est nécessairement temporaire, parce que les francophones qui ont été arbitrairement placés en Flandre lors du tracé de la frontière linguistique en 1962 sont des "immigrés" qui doivent s'assimiler. La scission de BHV que réclame Aernoudt enfermera définitivement Bruxelles dans le carcan de ses 19 communes. Bruxelles sera réduite à une enclave dans un Etat-fédéré unilingue et mono-culturel flamand, qui a déjà acté son exigence de "co-gérer" Bruxelles (La Flandre décide d'isoler et d'enclaver Bruxelles dans un Etat flamand).

On note enfin que le coordinateur de LiDé à Bruxelles se nomme Pascal De Roubaix, un ancien député de l'Union démocrate pour le respect du Travail (UDRT), une formation de droite poujadiste. L'hebdomadaire "Pourquoi pas?" avait décrit, en novembre 1984, Pascal De Roubaix comme un "catholique d'obédience intégriste, nationaliste, unitariste, patriote". Il a ensuite collaboré au mensuel d'extrême droite "Le Cri du Citoyen", dans lequel il écrit en avril 1998 "Malheureusement pour la Belgique, l'extrême droite francophone est désorganisée et plus occupée à se déchirer en petites factions rivales plus au moins hystériques, qu'à constituer une force politique un tant soit peu crédible". En 1998, il fonde le groupuscule politique "Alliance-Alliantie". Son bras droit, en deuxième position sur la liste aux élections régionales du 13 juin 1999, était Christophe Buffin, un militant de la droite national-catholique radicale, qui fréquente l'association politico-religieuse "Belgique & Chrétienté". Christophe Buffin a collaboré au journal "Accent", issu des milieux "Dinaso", revendiquant la création d'un "Etat thiois" devant regrouper les "Grands Pays-Bas", les trois Flandres (française, belge et hollandaise) et la Wallonie (Résistances).

(1) Le groupe de pression "B Plus", qui compte Rudy Aernoudt parmi ses membres, est présidé par le flamand Tony Mary, qui est précisément un des fondateurs de "Belgique Autrement" (supra). Selon ce groupe, le fédéralisme belge ne peut survivre qu'en échangeant les transferts financiers de la Flandre vers Wallonie-Bruxelles contre des droits fondamentaux des francophones, en particulier leurs droits linguistiques (cfr B plus: BHV: une vision fédéraliste et une proposition de solution). "B Plus" se prononce donc pour la scission de BHV combinée à une circonscription électorale fédérale pour 1/4 des sièges à la Chambre. Parmi les autres membres de "B Plus": Louis Michel (MR) et Anne-Marie Lizin (PS).µ

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

7 commentaires:

  1. Jean Simon dit

    Comme tous les populistes ce monsieur Aernoudt pose de bonnes questions auxquelles il apporte de mauvaises réponses. Quant au sénateur Zenner qui voit une source d'inspiration dans cet avatar de Pierre Poujade et fait subséquemment une leçon de modestie à Olivier Maingain, il serait bien avisé de se rappeler que le politicien n'existe que par le vote des citoyens à moins que la cooptation, cet étrange planche du salut politicien, ne le sauve du désaveu populaire et que la démocratie c'est aussi respecter les résultats du suffrage universel même s'ils ne vous conviennent pas. Pour sa gouverne, Olivier Maingain reste le champion des voix de préférence dans BHV aux dernières élections. Alors, quand bien même le score électoral de ce monsieur Zenner lui permettrait de se parer d'une quelconque notoriété en Wallonie ou ailleurs, sa représentativité n'en resterait pas moins tout aussi relative. A force de vouloir ratisser large en vue des prochaines élections pour contrer le socialisme wallon, le MR perd son âme en courtisant le sous marin de l'idéologie flamando-flamingante qu'est monsieur Aernoudt.


    François Collette dit

    Bravo pour cet excellent éclairage que je me suis empressé de mettre en lien sur mon billet "Aernoudt" destiné en premier lieu ... à mes lecteurs français.


    Michel Brabant dit

    Bravo et merci pour cet excellent article.


    Rikkert Bal dit

    "... les statistiques incontestables qui démontrent que Bruxelles est habitée par une population à 90% francophone ..."

    Quelles statistiques ?

    Merci d'avance,
    Rikkert


    onvotepoureux dit

    Lidé, mensonges par omission de Rudy Aernoudt ?

    (Les liens hypertextes en bleu sont soulignés et vous mènent aux documents reprenant les sources de données utilisées)

    Non content d’avoir bien fait parler de lui grâce à son buzz médiatique, Rudy Aernoudt l’éminent économiste KUL et ex divorcé du MR élude le débat.

    Interpellant de constater son obstination, toute populiste, d’avoir, comme les chats, plusieurs vies et l’art de retomber sur ses pattes, l’homme de Belgie Anders, fondateur du parti Lidé nous abreuvant d’un discours tout cuit sur ce qui est bon et mauvais pour le pays.

    Aernoudt déclare que les syndicats sont vassalisés par le parti socialiste et rongent l’économie du pays, et incrimine les recettes encaissées par les syndicats dans le cadre de leur rôle d’encadrement de paiement des allocations de chômage.

    Ce qu’il oublie de dire, c’est que le rôle des syndicats ne se résume pas à servir de caisse de paiement pour les chômeurs, les syndicats étant principalement chargés de défendre les intérêts de leurs membres.

    De plus, la comptabilité des syndicats est clairement compartimentée, les frais inhérents au paiement des allocations étant séparé des recettes de fonctionnement, qui elles sont financées essentiellement par les cotisations des membres.

    Un document sénatorial détaillant les frais d’administration versés par l’ONEM aux organismes de paiement précise que la FGTB et la CSC présentent un coût respectif de 93.33 % et 96.33 % du coût moyen par dossier chômeur, la CAPAC, caisse auxiliaire dépendant du SPF emploi et travail, présente un coût de 119 % par rapport au même coût moyen.

    Finalement les syndicats présentent des coûts d’administration moins élevés pour l’ONEM que la CAPAC, Rudy Aernoudt , tout économiste de bon sens qu’il se prétende, ne semble pas percevoir cette réalité.

    Il oublie aussi, que les syndicats, assurent tout une série de services annexes à ses membres (aide juridique par exemple), ceci semble un bon compromis démocratique entre le citoyen d’un côté et l’Etat de l’autre. Aernoudt souhaite t’il réduire cette démocratie ?

    Lidé a pour priorité de réduire la durée de l’assurance chômage à 3 ans, déplorant le chômage à vie, stigmatisant des wallons supposés vivre au noir tout en percevant des allocations ad vitam, Aernoudt allant même jusqu’à déclarer : « Depuis 25 ans, le nombre de demandeurs d’emploi en Wallonie n’a pas beaucoup évolué : il tourne toujours autour de 250 000 personnes (247 000 selon les dernières statistiques du Forem). Un enfant sur sept n’a jamais vu travailler son père ou sa mère, voire ses grands-parents. Ce chiffre parle de lui-même. Il renvoie à un phénomène que les sociologues nomment la « sous culture »’

    Vous remarquerez la démagogie, sachant qu’en Belgique en 2008 il y avait 10.666.866 habitants dont 2.452.770 entre 0 et 19 ans, les chiffres avancés par Aernoudt laissent perplexe. Il a peut être une explication pour justifier ce chiffre, moi je ne comprends pas.

    Lorsque j’interroge Mr Eric Bruckmann, co-fondateur Lidé, sur le fait que les chômeurs flamands pourraient tout autant prendre les emplois à pourvoir tant vantés en Flandre, soulignant qu’il ne sont pas ‘génétiquement’ différents des Wallons ce dernier me répond « Parce quand l’emploi est pléthorique, on ne s’emmerde pas à se battre pour travailler la nuit et les week-end ».

    Autre vérité éludée par Mr Aernoudt dans son discours, il préconise de ne plus indemniser les jeunes demandeurs d’emploi après étude, hors cette catégorie est nettement plus importante en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre 18.889 en Flandre contre 16.195 à Bruxelles et 65.870 en Wallonie.

    Il évite soigneusement de parler des chômeurs indemnisés ‘dispensés’ de rechercher un emploi (pourtant il considère qu’un chômeur doit obligatoirement chercher un emploi pour être considéré comme tel), évidemment pour cette catégorie la tendance s’inverse largement avec 137.659 en Flandre, 69.071 en Wallonie et 15.340 à Bruxelles.

    Les bonnes idées d’Aernoudt coûtent donc cher à la Wallonie, étonnant pour un homme du Nord ? Justifiant le billet de D. Ducarme sur lidé le Lidl de la politique Wallonne ?

    Faut-il en croire en un homme qui vend de la démocratie du bon sens et de l'éthique, alors que lui-même semble en avoir fait cruellement défaut en ne remplissant par exemple pas une simple obligation légale de déclaration de mandat, toujours prompt à invectiver les autres, mais si peu regardant sur ses propres devoirs ?


    newnick dit

    Je ne conteste pas la véracité de l'article, mais je m'étonne de son timing.

    RA sous-marin ? ok, pourquoi pas.
    L'auteur de la publication de cet article pourrait aussi être taxé de sous-marin du MR pour torpiller le PP.

    Tout n'est qu'une question de perspective.


    francophonedebruxelles dit

    Ce billet a été publié le 10 février 2009. Le parti populaire (PP) n'existait pas encore.