Débat sur la BBC: la langue et le pouvoir en Belgique

La BBC World Service Radio (la chaîne radio internationale de la BBC) a organisé ce lundi 20 avril 2009 un débat sur le lien entre la langue et le pouvoir en Belgique, et en particulier à Bruxelles ("BBC: Does the language you speak affect the power you have?"). J'ai été invité au titre de Bruxellois Francophone sans savoir quels étaient les autres invités. C'est en lisant mon blog - et en connaissant mon engagement politique - que les responsables de l'émission ont souhaité ma participation. Nous étions sept intervenants: quatre Flamands, un fonctionnaire européen originaire d'Italie, une Serbe, et moi-même (Anonyme), qui représentait les Francophones de Bruxelles. Parmi les quatre invités Flamands, j'ai noté la présence des intellectuels Luc Devoldere et Philippe Van Parijs:

Luc Devoldere: rédacteur en chef de la principale association pour la promotion de la culture flamande et néerlandaise, Ons Erdeel, et membre de l'Ordre du Prince d'Orange, en référence à Guillaume d’Orange le Taciturne (1533-1584), considéré comme le fondateur de la nation néerlandaise, qui prône le renforcement de l’union culturelle et linguistique entre les Pays-Bas et la Flandre. Le rêve de ses sympathisants est de fusionner les Pays-Bas et la Flandre et d'annexer Bruxelles et les Pays-Bas Français. Depuis 1999, l'Ordre du Prince envoit des "missionnaires" dans le Nord-Pas de Calais et assure le soutien logistique des "Maisons du Néerlandais" en France ("Huis der Nederlanden"; Ordre du Prince d'Orange).

Philippe Van Parijs: Professeur à Harvard et à l'Université Catholique de Louvain (UCL), il pilote les associations "Bruxsel Forum", "Aula Magna" et "Manifesto" qui militent pour la suppression des compétences de la communauté et française à Bruxelles. Il plaide pour un enseignement régionalisé bilingue dès la maternelle (néerlandais et français) et multilingue dans le secondaire, en y intégrant notamment l'anglais. Sa priorité est de transférer les compétences communales stratégiques, où la représentation est conforme à la répartition linguistique de la population et, donc, des Bruxellois, vers la Région, où les flamands ont une représentation garantie de 50% quel que soit le résultat des élections (Offensive contre la francophonie à Bruxelles).

Traduction des extraits significatifs (Podcast):

Animateur: "La division linguistique ici en Belgique? Qui commence?"

Anonyme: "Il y a une division linguistique qui remonte au tracé de la frontière linguistique en 1962 quand une partie de la population belge de langue française a été arbitrairement placée en Flandre. Il n'y a pas eu de recensement et on n'a pas demandé s'ils souhaitaient faire partie de la Flandre ou de Bruxelles. Et aujourd'hui dans plusieurs communes de la périphérie bruxelloise, peuplées jusqu'à 85% de francophones, les francophones n'ont même plus le droit de s'exprimer en français dans leurs communications privées. Il s'agit des communes qui organisent le boycott des prochaines élections européennes en juin."

L. Devoldere: "Les frontières linguistiques ont été créées sans violence et elles ont été acceptées par des majorités démocratiques. Nous ne nous sommes pas entre-tués pour cela et je pense que c'est la chose la plus importante. C'est le cas dans d'autres endroits dans le monde. Si nous les acceptons pour le moment et si nous essayons d'être aussi multilingue que possible dans ce pays, je pense que nous pourrons survivre et préserver ce pays".

Ph. Van Parijs: "L'essentiel du problème en Belgique est précisément lié au fait que les francophones sont perçus comme arrogants parce qu'ils ne font pas l'effort de parler la langue de la majorité de la population."

Animateur: "Certains auditeurs sont curieux. Ils voudraient savoir combien de langues chacun d'entre vous êtes capables de parler? Qu'en est-il de vous Olivier?"

Anonyme: "Je parle trois langues: néerlandais, français, et anglais".

Animateur: "Est-ce que tous les belges ont le droit de communiquer avec les autorités en néerlandais ou en français?"

L. Devoldere: "Il y a trois langues officielles en Belgique, mais elles sont liées à des zones distinctes, selon le principe de territorialité. Si vous êtes en Flandre, il n'y a qu'une seule langue officielle, mais vous pouvez parler la langue que vous voulez dans la rue."

Animateur: "Ce n'est pas toujours le cas ..."

L. Devoldere: "A Bruxelles, il y a deux langues officielles. Je pense que nous devons être très pragmatiques sur le principe de territorialité. Je suis assis à côté du Professeur Philippe Van Parijs ..."

Anonyme: "Je ne peux accepter cela. C'est tellement pragmatique que la Flandre va être placée sous le contrôle de l'Europe pour la violation de droits humains fondamentaux et de la démocratie en Belgique."

L. Devoldere: "OK".

Anonyme: "Ce n'est pas une problématique mineure."

Animateur: "J'apprécie Olivier et je concède que ce n'est pas une problématique mineure mais nous ne pouvons pas dévier du débat".

Anonyme: "Des bourgmestres francophones ne sont pas nommés parce qu'ils se sont adressés en français ..."

Une auditrice allemande qui vit au Pays-Bas: "Vos invités belges n'ont pas mentionné qu'un terrible incident s'est déroulé pendant la seconde guerre mondiale: la classe supérieure parlait français alors que les gens simples, des paysans, parlaient le flamand. Quand la guerre a débuté, les ordres ont été donnés en français et les paysants n'ont pas compris. La catastrophe s'est produite."

Anonyme: "Tout d'abord, il s'agit de la première guerre mondiale (rires). Ensuite, ils parlaient français en effet mais ils étaient flamands."

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

10 commentaires:

  1. Veritas dit

    "Ensuite, ils parlaient français en effet mais ils étaient flamands."

    quelle remarque stupide !

    La plupart des Bruxellois francophones sont aussi des flamands d'origines ! duh !

    En fait, ça c'est le problème en Belgique: une classe supérieure s'est developée au 19ieme siècle qui se distinguait du peuple normal en Flandre, en utilisant le français.

    En interdisant le néerlandais dans la sphère publique (éducation, administration, juridiction, politique), cette classe supérieure a créée un processus de francisation dans la population entière, spécifiquement dans la capitale Bruxelles.

    La francisation est le résultat d'une énorme discrimination structurelle pendant plus d'une siècle dans l'état belge francophone.


    Anonyme dit

    Pendant la seconde guerre mondiale il y avait aucun militaire de haut niveau qui etait flamand. ce serait impossible car l'univ flamande de gand n'existe que de 1928.
    Mon pere a entre l'armee en 1950 et TOUS les officiers parlaient francais et etaient francophone.

    Philppe van Parijs est francophone by the way.


    gayak dit

    " "Ensuite, ils parlaient français en effet mais ils étaient flamands."

    quelle remarque stupide !"

    Quelle remarque stupide d'écrire que c'est une remarque stupide!!! Vous êtes sûr de faire avancer le débat, de la sorte...

    "La plupart des Bruxellois francophones sont aussi des flamands d'origines ! duh !"

    Peuh! ça, c'est du raisonnement! C'est l'étude de leur ADN qui vous permet d'asséner cette "vérité"? Que je sache, avant que les tribus germaniques franchissent les frontières de l'Empire romain dans les 1ers siècles de l'ère chrétienne, les populations de la rive gauche du Rhin étaient bien gallo-romaines? Des "précurseurs des francophones" en quelque sorte? Les envahisseurs (ce n'est pas une insulte, juste une constatation) n'ont sans doute ni exterminé ni déplacé l'ensemble des peuples préexistants, on peut donc supposer qu'un nombre non-négligeable des habitants de Bruxelles (sans parler de la Flandre) est d'origine celtique et latine, non? Faut-il remonter jusqu'à la nuit des temps pour trouver de nouveaux motifs de querelle?

    "La francisation est le résultat d'une énorme discrimination structurelle pendant plus d'une siècle dans l'état belge francophone."

    Quand bien même ce serait vrai, les discriminations passés justifieraient-elles les discriminations d'aujourd'hui?

    Avez-vous demandé aux Bruxellois francophones d'origine flamande (Je vous mets au défi de prouver de manière incontestable qu'ils représentent encore la majorité d'entre eux) ce qu'ils pensent du fait de leur imposer une langue qui n'est plus la leur depuis plusieurs générations?

    Non, en fait, ce qui vous motive n'est pas la justice mais l'esprit de revanche, bien mal placé puisque la partie francophone a pendant plus d'un siècle activement contribué au développement de la Flandre. Vous utilisez des faits d'un passé révolu et en grande partie mythifié pour justifier une politique injuste de ségrégation et d'acculturation forcée, au mépris de tous les principes démocratiques en vous donnant bonne conscience.


    Anonyme dit

    a Gayak
    L' histoire ne legitime rien du tout - je suis d 'accord avec vous. ce n'est parce que les flamands on ete discriminees pendant des decennies (disons jusqu'il y a 40 ans?) que on doit interdire les commercants de mercctem de faire de la pub francophone. En tant que flamoush je suis 110% contra ces mesures bornees.
    MAIS - sur ce blog on utilise tres souvent les grands principes democratiques et la je trouve qu'on oublie qq details aussi:
    - si la loi de la democratie triomphe (les brussel n'est pas flamande, pcq on est un (grosse) minorite si on mesure le % des enfants qui vont aux ecoles flamandes...) ou les communes a facilites sont de facto franco... tres bien..il faut alors etre democrate a TOUT les nivo's: DONC: la Belgique est majoritatirement flamand, donc tout doit etre flamand, est la logique meme non?
    ce n'est pas ma position personelle, mais je trouve hypocrite de crier: ''la democratie est viole dans les communes de facilite etc.'' si la meme rigeur d' analyse n'est pas applique a des autres nivo's institutionels.
    - tout le monde a le droit de faire de la politique en Flandre si cela est en Flamand. donc: tu peux monte une liste francophone a Bollebeek si tu veux, a condition que tu le fait en Flamand. Je trouve cela pas trop non-democrate.
    - tu connais 1 pays au monde ou tu peu vivre dans X (e.g. Bollebeek) et vote pour un candidat en Y (e.g. Bxl)
    - Si je ne me trompe pas - Namur a ete choise par la democratie de la communaute francop comme capitale non? Bxl n'est donc que ''une'' ville semi appartenant a cette communaute... faut qm pas en vouloir au flamands que (pour une fois) ils ont pense un peu plus loin que leur nez...)


    melodius dit

    Les bonnes histoires au sujet des horribles discriminations que subissaient les Flamands ne sont précisément que cela. N'avais-tu pas d'ailleurs, Olivier, lié vers un article du Morgen qui démontait tous ces mythes de manière tout à fait réjouissante ?


    gayak dit

    Cher Anonyme,

    J'apprécie que vous approuviez que l'Histoire ne justifie pas tout, cette déclaration vous honore. Quel dommage qu'au chapitre suivant je doive si vite déchanter lorsque vous développez une argumentation pour le moins spécieuse! Car il faut bien admettre que votre conception de la démocratie semble très particulière. Ainsi vous n'hésitez pas à mettre en exergue la proportion Francophones/Flamands de la Belgique (environ 40 contre 60, essentiellement dans deux entités géographiques bien distinctes) pour justifier la politique flamande sur Bruxelles où le rapport est - grosso modo - de 90 contre 10 au sein d'une même zone! De plus les lois fédérales accordent déjà une sur-représentation politique aux Flamands à Bruxelles (contrevenant ainsi aux principes démocratiques, mais en votre faveur!). Qui plus est, vous arguez du fait que la capitale de la communauté française est Namur pour revendiquer Bruxelles. Or sauf erreur de ma part, Bruxelles est bien au sein de la Belgique fédérale une région à part, c'est à dire distincte des deux autres. Dès lors, ne trouvez-vous pas étonnant que la communauté flamande ait établi sa capitale hors des limites de la région Flandre, dans une ville ou le flamand est langue minoritaire? L'honnêteté intellectuelle ne vous oblige-t-elle pas à reconnaître qu'il y avait là quelque chose de troublant, pour ne pas dire plus? J'ai la désagréable impression que vous abondez dans mon sens sur un sujet sans conséquence pour ensuite mieux user de sophismes compatibles avec les thèses flamingantes contemporaines. Mais je n'ose imaginer un tel stratagème de votre part et préfère penser que ces détails avaient échappé à votre sagacité.

    Bien à vous,

    Gayak alias Ardennais.


    Anonyme dit

    Non, Anonyme, Bruxelles (pas la Région mais la commune) est capitale de la Communauté française (la communauté francophone, ça n'existe pas) et Namur est capitale de la Région wallone. Enfin, c'est ce que j'ai lu. Quelqu'un peut confirmer?

    Et en complément de ce que dit Gayak, en effet: en tant que Flamande francisée, je n'accepterai jamais qu'on m'impose le néerlandais, c'est une atteinte à ma liberté, même si j'ai commencé à parler dans les deux langues le même jour (remarquez que c'était le mot "nog" en néerlandais et le mot ... "non!" en français).
    Bien à vous,
    Une autre Anonyme


    Anonyme dit

    Dommage qu'on ne trouve ici que des extraits de ce podcast. Ceux qui le désirent peuvent retrouver la totalité de ce podcast (non tronqué ... non orienté!)sur le cite de la BBC, émission World Have Your say. Bonne écoute!


    Jaio dit

    La remarque stupide décrite par Veritas me semble au contraire très spirituelle. Digne de la verve francophone. Compliments!


    Anonyme dit

    Just wanted to say hello someplace. Found [url=http://www.google.com/ncr]you guys through google[/url]. Hope to contribute more soon!
    -pamroagevop