Le programme Open VLD pour Bruxelles: Co-gestion Flamande et Anglicisation

L'Open VLD ("Démocrates Libéraux Flamands") est le deuxième parti démocratique de la région flamande. Ce parti s'est distingué par la décision de son Ministre des Affaires intérieures, Marino Keulen, de refuser la nomination de bourgmestres francophones démocratiquement élus dans des communes dites "à facilités" de la périphérie bruxelloise au motif qu'ils ont envoyé des convocations électorales en français aux électeurs francophones et en néerlandais aux électeurs flamands (Le Conseil de l'Europe demande une procédure de surveillance de l'Europe). Depuis les accords du Lambermont, et la loi spéciale du 13 juillet 2001, concoctés par le PS et le MR, soutenus par le CDH et le FDF, la tutelle des communes situées en Flandre a en effet été transférée à la région flamande en échange d’un refinancement de la Communauté française.

Il faut donc avouer que les partis flamands ont de la suite dans les idées quand ils revendiquent une compétence ou un statut. L'Open VLD a présenté ce 18 avril 2009 son programme politique pour les élections régionales bruxelloises du 7 juin prochain. Il consiste en un document de 51 pages que j'ai lu attentivement (Programma Open VLD, Brussels Hoofdstedelijk Gewest). De manière générale, le ton utilisé est nettement moins agressif que celui du CD&V (CD&V: Brussel, waar Vlamingen thuis zijn). Cependant, deux éléments clefs ont attiré mon attention. Ceux-ci pourraient, une fois encore, s'avérer stratégiquement cruciaux pour l'avenir des bruxellois, si l'on n'y prend garde. Et force est de constater que certains propositions avancées par l'Open VLD bénéficient d'un soutien total de mandataires MR. J'ai interpellé le FDF à ce sujet. Compte-rendu:

Co-gestion Flamande de la Région bruxelloise

"Alors qu’on discute au plus haut niveau de la réforme de l’Etat, l’Open VLD Bruxelles veut engager le débat à Bruxelles sur un certain nombre de réformes dans notre propre région. L’Open VLD réclame la révision des liens entre la région et les 19 communes ... Il est courant et commode de plaider pour une fusion des 19 communes. L'Open VLD ne le fait pas. Pour les libéraux, l'altération de la démocratie n'est jamais la réponse". L'astuce consiste donc à maintenir les 19 communes, à la représentation plus proportionnelle de la population, tout en transférant leurs principales compétences à la région, où la représentation politique des francophones est limitée à 50% quel que soit le résultat des élections. Le résultat sera identique: un déficit démocratique grave, qui bafoue par ailleurs les principes généraux en vigueur au Conseil de l’Europe:

"L’Open VLD veut:

  • que les compétentes relatives à l’aménagement de l’espace publique, l’urbanisme, la mobilité, et la politique de stationnement, deviennent régionales;
  • décharger les communes de toutes les compétences relatives aux cultes au profit de la région (églises, enterrements, mariages, cérémonies, etc.);
  • la compétence régionale pour le tourisme, y compris les musées, l’Atomium, les centres de congrès du Heysel, etc.;
  • transférer les infrastructures sportives à la région (piscines, ...);
  • une zone de police unique au niveau régional."
En ce qui concerne l’enseignement communal, l’Open VLD précise “soit il y a une juste répartition des efforts des communes envers l’enseignement néerlandais et français, soit l’enseignement communal doit être transféré aux commissions communautaires (VGC et COCOF)". Que resterait-il dès lors aux 19 communes? L’aide sociale (CPAS) et certaines compétences relatives à l’entretien de l’espace public. La co-gestion de Bruxelles que la Flandre appelle de ses vœux passe dorénavant par une accentuation des compétences attribuées à la minorité flamande, environ 10% de la population bruxelloise, qui a déjà obtenu une surreprésentation garantie dans les institutions régionales (lire aussi: Vlaams Volksbeweging: "Vlaanderen: Hoeksteen van het Brussel van de 21e eeuw") lors de la signature des accords du Lombard et du Lambermont en 2001.

A certains égards, l’actuel modèle de fonctionnement, fait de fractionnement des compétences et d’une multiplicité d’acteurs, nuit à la cohérence, à l’efficacité et à la transparence de l’action publique à Bruxelles. Mais la proposition de l'Open VLD ne s'accompagne évidemment pas d'une révision des actuelles clefs de répartition par groupe linguistique, qui ont d'ailleurs été acceptées par l'ensemble des partis traditionnels francophones (lire aussi: Suffrage universel: faussé à Bruxelles). J'ai interpellé le FDF à ce sujet à la suite d'une proposition diffusée par Xavier Baeselen, député fédéral MR et Echevin à Watermael-Boitsfort, Gautier Calomne, Président national des Jeunes MR et conseiller communal à Ixelles, et François Jacob, Président de la Fédération des Jeunes MR de la Région bruxelloise et conseiller CPAS à Forest.

Christophe Verbist, Chef de cabinet à la Présidence du FDF, m'a envoyé la réponse suivante:

"Cher Monsieur,

J’ai pris connaissance avec beaucoup d’intérêt de votre courrier électronique du 23 novembre dernier relatif à votre réponse à la réflexion menée par le député MR Xavier Baeselen.

Je tiens à vous féliciter pour votre argumentaire pertinent et je partage votre analyse: la réflexion de M Baeselen tend trop vers la régionalisation et le bicommunautaire, et déforce la réalité francophone de Bruxelles ; si l’on applique cette thèse qui par ailleurs ne rend pas compte de la nécessité de renforcer l’unité entre Bruxelles et la Wallonie, la Flandre accentuera son emprise sur Bruxelles.

J’ai reçu également un courrier personnalisé de Xavier Baeselen sur ce même sujet : ma réponse est en préparation ; je vous en ferai parvenir une copie.

En demeurant à votre disposition, je vous prie d’agréer, Cher Monsieur, l’expression de ma considération la meilleure.

Pour Olivier Maingain
"

A ce jour, je n'ai reçu aucune suite à cette première réponse. Par contre, je prends acte que plusieurs personnalités MR, dont l’ex-ministre-président bruxellois et ex-bourgmestre de la Ville de Bruxelles, François-Xavier de Donnea (MR), Alain Destexhe (MR), sénateur désigné par le Parlement de la Communauté française, et Xavier Baeselen (député MR), sont présents sur les listes MR-FDF alors qu'ils se sont publiquement exprimés en faveur de ces transferts sans aucune contrepartie. Ces mêmes individus se sont engagés à régionaliser l’enseignement francophone, afin de créer un propre réseau d’écoles bilingues voire trilingues (l'enseignement flamand restant unilingue flamand). Cette idée est ressassée depuis des années par la Flandre qui met en avant la dimension multiculturelle bruxelloise pour nier, ou à tout le moins atténuer, l’importante majorité francophone à Bruxelles.

L'anglais comme langue d'accueil

Les libéraux flamands souhaitent que l'anglais devienne une langue administrative au niveau régional et communal dans le domaine de la communication et de l'offre de services. L'anglais ne serait pas, selon eux, sur un pied d'égalité avec le français ou le néerlandais mais aurait plutôt un statut de "langue d'accueil": “Bruxelles est une ville internationale, alors que le nombre d’étrangers augmente. Pour renforcer l’hospitalité et l’ouverture économique de Bruxelles, l’Open VLD plaide pour que l’anglais devienne une langue d’accueil dans les communications régionales et communales et dans l’assistance publique ... Les citoyens europénes ont aussi le droit de se sentir chez eux dans la vie communautaire bruxelloise. C’est aussi le signal le plus fort pour mettre en oeuvre à vitesse rapide le multi-linguisme chez les Bruxellois."

L'Open VLD motive cette proposition vu le nombre important de personnes qui, selon eux, parlent une autre langue que le français ou le néerlandais. Les statistiques officielles sont pourtant indiscutables: 90% des Bruxellois parlent le français. La connaissance de langues étrangères est évidemment un atout pour les Bruxellois. Mais l'agenda caché des libéraux est bien de diluer l'importance de la langue française dans Bruxelles, qui a été abusivement choisie comme capitale de la Flandre par la Région Flamande, en dehors de son territoire, et sans jamais consulter les Bruxellois (Bruxelles n'est pas la capitale de la Flandre). Par ailleurs, n'est-ce pas Marino Keulen (Open VLD) qui refuse de nommer des bourgmestres francophones parce que ces derniers ont appliqué le bilinguisme? Selon le principe "d'homogénéité linguistique et territoriale".

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

3 commentaires:

  1. Anonyme dit

    Si Olivier Maingain se montre intraitable vis-à-vis du CD&V, il est loin d'en aller de même pour l'Open-VLD, bien qu'il ne vaille guère mieux.

    Mais voilà, le FDF s'est embarqué dans la nébuleuse MR. Le voilà donc contraint et forcé de ménager un Guy Verhofstadt qui n'a pas manqué de lui faire signer des accords imbuvables pour les francophones ...


    melodius dit

    Je suis pour ma part tout à fait favorable à un ou plusieurs guichets pour les allophones (on pourrait commencer avec le néerlandais, l'anglais et l'allemand) dans les administrations communales.

    L'enseignement bilingue, par contre, me semble une mauvaise idée. J'ai moi-même fréquenté l'enseignement flamand, et je suis persuadé que le point fondamental, celui qui assure le succès, est la connaissance de la langue maternelle. En clair, l'enseignement d'une langue étrangère dépend largement des efforts des parents pour enseigner la langue maternelle.

    Gaffe aussi à l'enseignement flamand à Bruxelles: ne pas oublier que les "stakeholders" sont désormais majoritairement francophones...


    gayak dit

    La volonté forcenée de minimiser et de réduire l'utilisation de la langue française au profit du flamand, et de promouvoir en parallèle l'usage de l'anglais à Bruxelles trahit la vraie nature de la politique flamingante: c'est une croisade d'éradication de la culture francophone, de purification linguistique par tous les moyens possibles et imaginables. Un triste remake de la "Reconquista" de l'Espagne médiévale avec les Flamingants dans le rôle des preux chevaliers, Herman van Rompuy dans celui d'El Cid Campeador... et les Francophones dans celui des Infidèles! Comment la véritable "Reconquista" historique s'est-elle achevée? Par la disparition de la plus brillante civilisation européenne de l'époque, multiculturelle et tolérante, et par la conversion forcée ou l'expulsion des Juifs et Musulmans... Trouvez-vous la comparaison excessive? J'espère que l'avenir vous donnera raison, mais j'en doute. Je pense qu'il est grand temps que les Francophones de Belgique, leurs représentants, la France et le reste de la communauté internationale s'en mêlent avant que l'irréparable soit commis... Le dossier communautaire belge ne peut plus être un dossier purement interne au Royaume chancelant et impuissant, et le silence qui l'accompagne devient de plus en plus honteux et incompréhensible aux humanistes de tous les pays.

    Gayak-Ardennais.