Le nationalisme flamand fait fuir les investisseurs étrangers

La N-VA (parti nationaliste de droite) est le principal vainqueur des élections en Flandre avec le CD&V (lire aussi: Libération: "La Flandre tentée par le grand large"). Son président Bart De Wever a lancé ce dimanche 7 juin 2009 un appel aux autres partis flamands qui veulent le rejoindre pour développer davantage d’esprit offensif flamand. Il a déclaré "Les francophones continueront à tirer sur une tétine fédérale tarie. Nous en avons assez. Plus une seule goutte" (Le Soir: "Bart De Wever (N-VA) veut davantage d’esprit offensif flamand"). Jan Jambon, chef de groupe N-VA à la Chambre, "a plaidé lundi pour une régionalisation de la sécurité sociale, des allocations familiales et de l’assurance hospitalisation, ainsi que le placement sous curatelle du gouvernement fédéral et des initiatives flamandes, même si elles ne sont pas autorisées en droit" (Le Soir: "Javaux estime « bien » que la N-VA participe au dialogue"). Le président de la N-VA Bart De Wever a répété ce plaidoyer lundi soir sur la télévision publique flamande Canvas.

Les grands perdants des élections en Flandre sont les socialistes (SPa) et les libéraux (Open VLD). La Présidente du SPa, Caroline Gennez, a déclaré: "Nous sommes plus Flamands que la N-VA" (Lien). Le ministre de l'emploi du gouvernement flamand, Frank Vandenbroucke (SPa) ajoute 'Nous n'avons pas d'a priori contre la N-VA. Nous plaidons depuis des années pour une réforme sociale de l'Etat ... Parfois, quand j'entendais Bart ces dernières semaines, c'est comme si je m'entendais parler" (Lien). Les libéraux de l'Open VLD ne partagent pas ce point de vue. La ministre Flamande de l'économie, Patricia Ceysens, a donné une interview ce jeudi 11 juin (De Standaard: "N-VA slecht voor Vlaamse economie"). Selon elle, le nationalisme flamand et les discriminations linguistiques, font fuir les investisseurs étrangers, ce qui met en péril l'économie flamande. Elle plaide pour plus de courtoisie à l'égard de ces investisseurs étrangers. Jamais, elle n'évoquera la question de la courtoisie et de la tolérance à l'égard des Belges Francophones.

Principaux extraits:

"Bruxelles – Interview. Patricia Ceysens, ministre Flamande de l’Economie (Open VLD) “Le regard nationaliste et la lutte linguistique de la N-VA chassent les investisseurs étrangers”, prévient la ministre Ceysens. “C’est néfaste. Quarante pourcent des emplois Flamands proviennent d’investissements étrangers”.

"L’ambiance est tendue au cabinet de la ministre Flamande de l’Economie. L’Open VLD lèche ses plaies après la perte de presque cinq pourcent ce dimanche. Mais, malgré la défaite, Patricia Ceysens n’a pas l’intention de se taire “Apparement personne ne s’occupe du “sense of urgency” (ndlr: en anglais dans le texte) dans lequel se trouve l’économie Flamande. La tromperie du résultat des élections est que l’économie a été totalement évincée par le communautaire."

"Notre mauvais résultat nous contraint à l’extrême modestie. Mais je veux faire passer un message. Juste avant les élections un rapport d’Ernst & Young a mis en lumière que les investisseurs étrangers désertent toujours plus la Flandre. Ce qui est alarmant, c’est que cela ne provient pas de la crise économique. Non, ces investisseurs désignent les problèmes politiques comme la raison de leur doute pour la Flandre. Ce fait devrait être partout le point principal. Mais au lieu de cela, tout est de nouveau menacé par une lutte communautaire symbolique."

DS (De Standaard): "Vous tirez la sonnette d’alarme?"

Patricia Ceysens: "Absolument. Mon arrondissement électoral de Hal-Vilvorde est très apprécié par les investisseurs à cause de l’aéroport de la proximité de Bruxelles. Savez-vous qui y a gagné les élections? Les gens qui ont tout à gagner par la polarisation. Plus il y a d’affiches de la N-VA et de l’Union des Francophones qui sont déchiquetées, mieux c’est pour eux. Pour Demesmaekers (Mark Demesmaeker, tête de liste pour la N-VA dans cet arrondissement électoral, est devenu le plus grand parti à Hal) c’est l’idéal pour racoler des voix. Un message de haine est tellement plus facile. Mais cela coûte des emplois."

DS: "Pourquoi cela coûterait des emplois?"

“Parce que les investisseurs étrangers ont peur de l’agenda communautaire. Ils ont peur du nationalisme de la N-VA et de cette polarisation. Les investisseurs étrangers détiennent aujourd’hui quatre emplois sur dix en Flandre. Si nous voulons maintenir notre niveau d’emplois, ou le laisser monter, nous pouvons donc être bien plus attentifs à ces investisseurs”.

“Dans l’arrondissement de Hal-Vilvorde, il y a plusieurs communes dans lesquelles les investisseurs étrangers sont refusés au guichet d’accueil parce que ces gens parlent une autre langue que le Néerlandais. Sur ces guichets dans la périphérie bruxelloise, il est écrit sur des pancartes “Ici on parle Néerlandais!” Qu’est-ce qu’ils sont donc occupés à faire? Et comme cela dépend à présent de la N-VA, on verra encore davantage de situations de ce type. Nous ne pouvons pas nous permettre aujourd’hui de nous retrouver à nouveau pendant des mois dans l’instabilité.”

DS: "Votre parti veut maintenant aussi une réforme communautaire. Pourquoi une éventuelle instabilité serait de la responsabilité de la N-VA?"

"Nous voulons absolument une réforme de l’Etat. C’est aussi nécessaire. Plus de compétence sur la fiscalité et sur le marché du travail, c'est vraiment nécessaire pour mettre en oeuvre une meilleure politique économique taillée sur mesure pour la Flandre. Mais nous avons choisi une formule de dialogue et non pas la stratégie du pourrissement. Alors que je me promenais sur les marchés pendant la campagne, des étrangers se sont excusés parce qu’ils étaient étrangers. Ce n’est tout ne même plus normal?"

DS: "Vous excluez donc une coaltion avec la N-VA?"

"Nous n’avons aujourd’hui posé aucun véto ou exigences sur les coalitions. L’Open VLD doit se montrer ouvert et humble après une telle défaite. Nous n’avons pas la main. Nous attendons impatiemment le plan de Kris Peeters. Il doit à présent faire des choix".

Mais cela ne veut pas dire, en tant que ministre de l’Economie, que je ne peux pas mettre en garde contre deux choses.

"Un: si nous ne nous montrons pas linguistiquement plus accueillants face aux investisseurs étrangers, c’est la faillite de notre économie. Deux: la Flandre ne pourra pas se sauver seule sur sa petite île. Je ne comprends pas que l’anglais dans l’enseignement supérieur reste un tabou pour certains partis. Nous nous sabotons ainsi nous-mêmes. Si nous voulons participer au niveau mondial à l’innovation et de la recherche, l’anglais doit pouvoir être autorisé dans nos universités et dans nos écoles supérieures. La N-VA n’en veut pas. Et que propose-t-on à la place? La mise en oeuvre d’un propre système de sécurité sociale Flamande. Cela va nous coûter très cher."

DS: "Vous dites: la N-VA est mauvaise pour l’économie Flamande?"

“Oui, certainement avec leur agenda linguistique sur le Néerlandais pour les investisseurs étrangers et dans notre enseignement supérieur. Le départ de la Flandre (ndlr: référence au slogan électoral de la N-VA “Afrit Vlaanderen, Uitrit Crisis”, “Départ de la Flandre, Sortie de la Crise”) pourrait bien signifier “Exit” de la Flandre (“Dehors la Flandre”).

DS: "Néanmoins, le programme économique de la N-VA démontre bien de nombreuses similitudes avec celui de votre parti."

Certaines de leurs réponses communautaires sont aussi les nôtres.

DS: "Ne comprenez-vous l’impatience de l’électeur sur l’aspect communautaire? L’Open VLD et d’autres partis disent depuis si longtemps que des réformes doivent venir."

“Oui, mais chaque réforme de l’Etat dans le passé a eu un long prologue. Ces compétences en matières de fiscalité de marché de l’emploi, elles doivent à présent aussi venir. Mais que l’on commence aussi entretemps avec d’autres percées pour notre économie, là où on n’a pas besoin des Francophones. Nous avons obtenu de Kris Peeters que la courtoisie linguistique pour les investisseurs soit inscrite dans les objectifs de VIA (ndlr: “Vlaanderen in Actie”, plan de développement économique de la Flandre). On doit aussi autoriser l’anglais dans l’enseignement supérieur. Sans ce contexte international, nous ne devons pas espérer devenir des acteurs mondiaux Flamands”.

Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.

11 commentaires:

  1. Anonyme dit

    "il y a plusieurs communes dans lesquelles les investisseurs étrangers sont refusés au guichet d’accueil parce que ces gens parlent une autre langue que le Néerlandais. Sur ces guichets dans la périphérie bruxelloise, il est écrit sur des pancartes “Ici on parle Néerlandais!”"

    C'est quand-même drôle d'imaginer cet investisseur étranger, envisageant d'implanter une opération en valeur de millions d'Euro en Flandre, et le premier pas dans sa démarche est de prendre sa place dans la queue au guichet communale! Puis, le pauvre investisseur avec ses millions dans la valise, lit la pancarte et se détourne, horrifié.


    Olivier dit

    Concrètement cela se passe comme décrit ci-dessous par le magazin "The Bulletin":
    http://francophonedebruxelles.blogspot.com/2008/10/zaventem-pas-danglais-nous-sommes.html


    Jean Simon dit

    La fermeture annoncée d'Opel serait-elle la première manifestation objective de cette "désaffection" de l'investissement étranger pour la Flandre? Quoiqu'il en soit comme tous les cocus Peeters se dit le dernier informé! Il est probable toutefois que l'électoralisme ambiant l'ait frappé de mutité quant à cette funeste perspective. Si selon Ken Follett, l'arrogance est le défaut des bons chefs, le sieur Peeters et le CDNV vont néanmoins apprendre à leur dépens que le capitalisme ne garantit pas le bonheur à quiconque et que les flamands ne font pas exception.


    Anonyme dit

    juste un remarque
    au moins chez ''nous'' les flamands, il y a encore du debat et de la condemnation des extremistes linguistiques. j'attends le jour ou qq'un va dire de ''votre'' cote, la meme chose sur le FDF. Mais je suppose que la reponse va etre ''ah mais non, le FDF sont des vrais democrates non-crispes, a ne pas comparer etc....''.


    Anonyme dit

    juste un remarque
    au moins chez ''nous'' les flamands, il y a encore du debat et de la condemnation des extremistes linguistiques. j'attends le jour ou qq'un va dire de ''votre'' cote, la meme chose sur le FDF. Mais je suppose que la reponse va etre ''ah mais non, le FDF sont des vrais democrates non-crispes, a ne pas comparer etc....''.


    Free_Flanders dit

    Being a Flemish nationalist myself, I have no problems with other languages used in Flanders. True, we don't like French, but after 150 years of oppression by French bourgeoisie in Flanders, this sounds pretty understandable.

    NV-A has been in the former Flemish government, and there was no decline of foreign investments. So this Open VLD mlnister is talking totally rubbish.

    The only issue NV-A thinks important is the garanty of Dutch at all levels of society. For example, Flemish universities must be able to offer English courses but the Dutch courses must be preserved at the same time.

    I think in general Brussels and Wallonia are in a far worse situation, because the majority of their population can't even speak a foreign language. People in Flanders are trilingual at least. In Brussels and Walonnia they speak only French, a language with no international importance today.


    Anonyme dit


    ...they speak only French, a language with no international importance today.


    just a bit more than yours dear Free_Flanders ;)


    Anonyme dit

    "the majority of their population can't even speak a foreign language. People in Flanders are trilingual at least. In Brussels and Walonnia they speak only French, a language with no international importance today."

    WOW ! I'm surprised how much your information are so wrong. God, where did read/learn we cannot speak another language than french ?!?. Most of our "young" people do speak at least french and english, and a part of them as well german. But the most important thing is we do not care to speak any language with any people also if we have to speak with our hands. Foreigners feel welcome in Wallonia. Of course we do not learn that much dutch as this is for sure a language with no future or use internationaly. And for sure a lot less important than french;)


    Anonyme dit

    a tous
    le francais est exactement 3,6 fois plus important que le Neerlandais. le francais - que j'adore en tant que flamand - est seulement numero 12 du monde en ce qui concerne ''native speaker'' http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_languages_by_number_of_native_speakers.

    une fois que la bourgoisie franco - ou la petite bourgoisie franco - a compris cela, le debat sera un peu plus facile.

    ceci dit, le ''free flanders'' oublie de dire que le drop en investissement est venu apres que le NVA a commence a faire le radical et le grand leader NVA (bourgois - what's in a name) s'est toujours oppose contre l'anglais dans les universites. pour cet Flandre, zeg ik nee, bedankt (mais c'est toujours miuex que les uniefs francophone, qui pensnet que le ''standard'' est toujours LA Sorbonne.


    Anonyme dit

    Verhofstadt a dit à sujet du dérapage de Ceysens: "Wat ze zei, is niet de vooropgestelde partijlijn"... ce qu'elle vient de dire n'est pas la ligne du partie.. http://www.gva.be/nieuws/binnenland/aid839234/verhofstadt-fluit-ceysens-terug-over-uitspraken-n-va.aspx . Ah, oui, j'oubliais, la phrase sur la "tétine fédérale tarie" est une citation de Karel De Gucht. http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws/verkiezingen09/partij/N-VA/090607_N-VA_reacties


    Anonyme dit

    "they speak only French, a language with no international importance today." --- According to recent UN report, French is the second MOST IMPORTANT language in the world and teh 4th most spoken. Flemmish must be around >100th (if known by the UN :-) ). Walloonia has linguistic immersion in Dutch (no "plote vlooms" of Bruges, sorry) and most students (80%) choose English. Sorry for you :-)