Tony Mary explique les raisons de son exil
Figure de proue du patronat flamand (IBM, KPMG), ancien directeur de la télévision publique flamande VRT, et président du groupe de pression B plus qui combat le séparatisme, Tony Mary a décidé de tirer sa révérence et de s’en aller s’installer à Montpellier, dans le sud de la France. Il a expliqué les raisons de son exil dans le quotidien flamand "De Standaard" et dans l’hebdomadaire francophone "Le Vif". Extraits:
"J'ai dit à ma femme, il y a quelque temps déjà: « Ce pays, je ne veux plus y vivre ! » Je ne supporte pas le nationalisme, de plus en plus envahissant en Flandre. Le nord du pays ne compte, réellement, que 5 à 8 % de gens d'extrême droite (ndlr : selon le dernier baromètre politique, le parti néo-nazi Vlaams Belang obtiendrait 16.5% des suffrages et le parti néo-fasciste N-VA obtiendrait 14.6% des suffrages, soit plus de 31% cumulés). J'y constate pourtant l'apparition d'une société que je qualifie, avec un peu de provocation, de « préfasciste ». Il s'agit d'agiter, continuellement, l'image de l'ennemi. Chez nous, c'est le Wallon, jugé fainéant et magouilleur. Pour Hitler, c'était le juif. Je suis issu d'une famille qui a souffert de l'idéologie nationaliste pendant la Seconde Guerre mondiale. Mon grand-père, qui habitait la campagne flamande, près de Dilbeek, et n'était pas très germanophile, gardait de mauvais souvenirs du lion flamand."
"J'ai été agressé à la sortie d'un débat avec le Vlaamse Volksbeweging. De même, à Gand, le Bekende Vlaming (ndlr: célébrité flamande) que je suis a été reconnu dans un restaurant. Je discutais en français avec un Lillois, qui projetait de faire du business chez nous. J'ai été frappé dans le dos. L'agresseur m'a hurlé qu'un Flamand ne devait parler que flamand."
"A Dilbeek (ndlr: commune flamande qui borde le flanc ouest de Bruxelles), où la moitié des habitants sont francophones, le bourgmestre exige des commerçants de la commune qu'ils fassent leurs annonces uniquement en flamand. Le bourgmestre d'Overijse, autre commune flamande située aux portes de Bruxelles et sur la frontière linguistique, s'attaque à ses administrés qui ont placé devant leur maison une affiche ou un panneau trilingue « Te koop/A vendre/For sale ». Il les oblige à opter pour une version unilingue flamande. L'an dernier, Liedekerke, commune du Brabant flamand, a limité l'accès de ses plaines de jeux aux seuls néerlandophones ! De même, les employés communaux de Zaventem ont reçu comme instruction de ne plus parler que flamand."
"Je ne me retrouve plus dans ce que la Flandre, ma partie de ce pays, dit et fait. Et j'ai l'impression d'être incapable de changer quoi que ce soit à la situation … Depuis trente ans, nos relations sont fondées sur le troc : je te donne de l'argent, tu me donnes des compétences (ndlr : les droits des francophones sont échangés contre de l’argent). Cela doit s'arrêter. Les politiciens ne parviennent plus à faire avancer le pays sereinement."
"Il faut être aveugle pour ne pas constater que ce pays ne fonctionne plus ... J’ai beaucoup de respect pour le Premier Herman Van Rompuy, mais le premier ministre de ce pays n’a plus aucune autorité ... A présent ce pays est devenu celui de la mauvaise volonté. Je ne me reconnais plus dans ce pays ... Même la VRT n’a plus qu’une idée « La Flandre d’abord »."
"J'ai dit à ma femme, il y a quelque temps déjà: « Ce pays, je ne veux plus y vivre ! » Je ne supporte pas le nationalisme, de plus en plus envahissant en Flandre. Le nord du pays ne compte, réellement, que 5 à 8 % de gens d'extrême droite (ndlr : selon le dernier baromètre politique, le parti néo-nazi Vlaams Belang obtiendrait 16.5% des suffrages et le parti néo-fasciste N-VA obtiendrait 14.6% des suffrages, soit plus de 31% cumulés). J'y constate pourtant l'apparition d'une société que je qualifie, avec un peu de provocation, de « préfasciste ». Il s'agit d'agiter, continuellement, l'image de l'ennemi. Chez nous, c'est le Wallon, jugé fainéant et magouilleur. Pour Hitler, c'était le juif. Je suis issu d'une famille qui a souffert de l'idéologie nationaliste pendant la Seconde Guerre mondiale. Mon grand-père, qui habitait la campagne flamande, près de Dilbeek, et n'était pas très germanophile, gardait de mauvais souvenirs du lion flamand."
"J'ai été agressé à la sortie d'un débat avec le Vlaamse Volksbeweging. De même, à Gand, le Bekende Vlaming (ndlr: célébrité flamande) que je suis a été reconnu dans un restaurant. Je discutais en français avec un Lillois, qui projetait de faire du business chez nous. J'ai été frappé dans le dos. L'agresseur m'a hurlé qu'un Flamand ne devait parler que flamand."
"A Dilbeek (ndlr: commune flamande qui borde le flanc ouest de Bruxelles), où la moitié des habitants sont francophones, le bourgmestre exige des commerçants de la commune qu'ils fassent leurs annonces uniquement en flamand. Le bourgmestre d'Overijse, autre commune flamande située aux portes de Bruxelles et sur la frontière linguistique, s'attaque à ses administrés qui ont placé devant leur maison une affiche ou un panneau trilingue « Te koop/A vendre/For sale ». Il les oblige à opter pour une version unilingue flamande. L'an dernier, Liedekerke, commune du Brabant flamand, a limité l'accès de ses plaines de jeux aux seuls néerlandophones ! De même, les employés communaux de Zaventem ont reçu comme instruction de ne plus parler que flamand."
"Je ne me retrouve plus dans ce que la Flandre, ma partie de ce pays, dit et fait. Et j'ai l'impression d'être incapable de changer quoi que ce soit à la situation … Depuis trente ans, nos relations sont fondées sur le troc : je te donne de l'argent, tu me donnes des compétences (ndlr : les droits des francophones sont échangés contre de l’argent). Cela doit s'arrêter. Les politiciens ne parviennent plus à faire avancer le pays sereinement."
"Il faut être aveugle pour ne pas constater que ce pays ne fonctionne plus ... J’ai beaucoup de respect pour le Premier Herman Van Rompuy, mais le premier ministre de ce pays n’a plus aucune autorité ... A présent ce pays est devenu celui de la mauvaise volonté. Je ne me reconnais plus dans ce pays ... Même la VRT n’a plus qu’une idée « La Flandre d’abord »."
Cette attitude flamande vous interpelle? L'auteur vous invite à mener une Réflexion identitaire.
7 commentaires:


Je suis Français, et cela me fait plaisir (me flatte ?) que Tony Mary considère la France comme un pays où il peut se sentir chez lui. Qu'il soit le bienvenu.
Cependant, je me demande si son geste n'aurait pas été encore plus frappant pour les esprits s'il avait choisi de s'installer chez les plus honnis de tous (pour l'extrême-droite flamande, s'entend, bien sûr), c'est-à-dire en Wallonie. Quel est votre avis ?
Anonyme dit
Tout nous vient de France. Mais les Français les plus lucides m’ont souvent expliqué que l’existence au Nord-Est de la France d’un peuple français, si proche et ne faisant pourtant pas partie de la France, les embarrasse au plus haut point. Dans la représentation géopolitique que les Français ont d’eux-mêmes, la Wallonie est un tabou. La grande revue géopolitique Hérodote l’a écrit à plusieurs reprises. Il y a un regret très français que la Wallonie ne fasse pas partie de la France. D’autant plus douloureux que tout indiquerait que nous serions des « Français ». Le directeur d’ Hérodote me l’a dit, partant d’une interprétation géopolitique des histoires belges étrangement. Puis l’un de ses collaborateurs dans une étude plus fouillée (1), collaborateur que je reçus un jour dans le bureau d’où j’écris ces chroniques envoyées vers vous pour que nous nous serrions la main par-dessus l’océan.
Tout nous vient de la France. Nous vient d’elle aussi cette ignorance qu’elle nourrit à notre égard et qu’en somme elle nous impose pourtant sans méchanceté ni désir de nous nuire. Avec son énorme influence, elle presse les Wallons de s’ignorer, non sans succès.
Tout nous vient de la France. Mais le Québec a représenté pour les Français un embarras du même genre que le tabou géopolitique que la Wallonie représente dans leur vision collective. Jean Lacouture a estimé que le « Vive le Québec libre ! » est une suggestion des Québécois eux-mêmes au général de Gaulle qui ne pouvait que la reprendre, étant donné qu’il était un Français hors normes, capable de risquer tout pour la France, de violer - justement ! - les tabous géopolitiques français, de se débarrasser des « embarras ».
Tout nous vient de la France. Les Wallons n’ont pas reçu la visite du général de Gaulle. Mais c’est par le Québec qu’ils ont été remués. Par votre marche en avant, par votre passion d’affranchissement, par la grâce avec laquelle vous avez filmé, chanté, écrit, pensé non plus comme des Français. Mais en demeurant vous-mêmes. En devenant des Français qui se disent des Québécois rompant ainsi dogmes et tabous français
Tout nous vient de la France. Mais la Wallonie est devenue, toute seule, sans la France (bien sûr), ce qu’elle est : un Etat quasiment souverain (compétences exclusives s’exerçant tout uniment sur le plan interne et sur la scène internationale). Car nous savons nous battre malgré les apparences. L’exemple est venu du Québec. Mais nous n’aurions pas noué le pacte qu’un peuple qui en est un noue avec son histoire, la beauté, la culture à travers le cinéma, la littérature, la pensée, l’histoire, sans votre exemple. La reconnaissance de ces faits, on la trouve dans les livres écrits en anglais que les Wallons ont tort de ne pas lire plus (car en en réalité, sur ce plan, beaucoup nous vient des Anglais, énormément plus que des Français et par comparaison avec eux : tout). A cause du Québec, il est possible d’être un peuple français indépendant de la France et cela vaut mieux pour elle. Car, nous l’aimons, la France ! Nous n’allons pas tout de même renoncer à la Liberté parce que dans un premier temps, le peuple au monde le plus gêné de nous voir exister, nous Wallons et Québécois, ce sera le peuple de France.
Tout ne vient pas toujours de la France. J’oserais même dire : par méthode, n’attendons rien de la France et tout de nous-mêmes.
(1) Paul Tourret, La Quête identitaire wallonne, dans Hérodote, n° 72, p. 58- 75, Paris, janvier-juin 1994
Anonyme dit
Ce que dit Tony Mary peut sembler attrayant à plus d'un francophone sincère et de bon sens.
Mais du côté des fausses notes, il y en a une particulièrement dissonante qui donne à ce discours pseudo-fédérateur la cote 'zéro pointé': dans la Carte Blanche du Soir du mardi 15 septembre 2009, Monsieur Mary dit "Au niveau de l'organisation de notre pays,(la société qu'il dirige) veut finalement capitaliser sur les forces des différentes régions du pays et de Bruxelles, la capitale de la Flandre, de la Belgique et de l'Europe."
Monsieur Mary, votre vue est tronquée, l'impérialisme flamand vous a contaminé sans même que vous ne vous en soyez rendu compte.
Si la Flandre choisissait comme capitale Gand, Anvers ou Dilbeek, elle serait entièrement crédible dans ses intentions d'indépendance. Mais il ne s'agit pas de cela, la réalité est bien plus prosaïque, car ce désir apparent d'indépendance n'est que le paravent de la volonté d'annexer Bruxelles et ses richesses à la Flandre, sans tenir compte des hommes et des femmes qui vivent sur ce territoire. That's the point.
Qu'un "entrepreneur" de l'envergure de Monsieur Mary adopte ce discours lui aussi laisse à penser que, soit il cautionne cette stratégie, soit il ne l'a pas cernée... Ce Monsieur ayant démontré depuis longtemps le niveau de ses capacités, je pencherais plutôt pour la première option!
Il vous faudrait réviser votre copie, Monsieur Mary, afin de tenir un discours cohérent et réellement fédérateur, en harmonie avec les Droits de l'Homme, l'Humanisme et tout autre grand principe dont vous vous targuez.
wanda dit
Allez, allez, Mary a été viré de la vrt après mauvaise gestion par le ministre en charge... Geert Bourgeois (nva)... C'est un petit monsieur qui cherche à se venger, perso il me fait pitié.
Anonyme dit
Je comprend la réaction vive de Tony Mary.
Il n'a pas tord, mais voit soudain tout en noir.
Qu'il aille (une fois)travailer, ou essaye de travailler dans le sud de la France : il aura de petites surprises, je le crains fort !
Anonyme dit
"allez, allez"? Il a été viré de chez IBM également, ce qui n'empêche qu'il est capable de tirer son épingle du jeu au bon moment et toujours à son avantage.
Vous connaissez les parachutes dorés? Si non, lui, oui.
Pour ce qui concerne sa "sortie", ce n'est pas travailler qu'il va faire, mais se retirer dans le sud de la France. C'est tout dire.
Pour écrire un livre sur un sujet totalement étranger à nos préoccupations, l'air de dire allez vous faire voir.
Je maintiens surtout que malgré toutes ses déclarations, il conserve et prône la vision flamande de l'annexion de la Région Bruxelles-Capitale à la Flandre. Ce qui fausse tout le reste de son discours, APPAREMMENT fédérateur.
Ces déclarations ne sont qu'une action médiatique destinée à promouvoir la société Bplus à l'occasion de sa retraite. Bruxelles est le cadet de ses soucis puisqu'il l'assimile de facto à la Flandre...
Anonyme dit
"Tout nous vient de la France": par exemple: égalité, fraternité ou la mort. En réalité: Francité ou la mort. Tous les francophones de Bruxelles et de la périphérie sont des immigrés assez récents. Qu'ils nous rendent le Brabant!