dimanche 13 décembre 2009

BHV: le déshonneur et la guerre

Accepter la scission de BHV sans élargir Bruxelles, c'est se préparer à signer Munich…
vendredi 4 décembre 2009
Le Soir: "Accepter la scission de BHV sans élargir Bruxelles, c'est se préparer à signer Munich…"
Serge Moureaux
Président honoraire du Parlement francophone bruxellois

"Que veut la Flandre ? Remettre en cause le compromis fédéral belge au détriment des francophones. Scinder BHV est une étape incontournable vers cet objectif. Le pire serait une débandade francophone dans la négociation.

Ce n'est hélas pas la première fois que je suis amené à confier au Soir une carte blanche sur le problème posé par la revendication flamande de scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Sans doute parce que certains francophones, y compris des personnalités éminentes ou de hauts responsables politiques, ne mesurent pas avec exactitude la portée réelle de cette revendication et ses conséquences prévisibles pour l'avenir de la Belgique.

En réalité, la Flandre veut, en plusieurs étapes, remettre en cause le compromis fédéral belge au détriment des francophones, wallons et bruxellois.

Pour les activistes du Nord du pays, il n'est pas possible de passer à l'étape séparatiste ou confédéraliste à leur sauce, sans avoir d'abord assuré l'isolement de Bruxelles en Flandre en remettant en question les concessions faites aux francophones dans les accords antérieurs. Pour l'essentiel, ce qui dérange les nationalistes flamands, ce sont les statuts particuliers des francophones de la périphérie (droits personnels, linguistiques, judiciaires et politiques) qui font qu'ils ne sont que partiellement intégrés dans la Flandre.

Ainsi, par exemple, la Cour constitutionnelle (qui l'a selon son président oublié aujourd'hui) a, quand elle portait l'appellation de Cour d'arbitrage, rappelé clairement que le Vlaamse Raad était incompétent pour réglementer l'emploi des langues dans les six communes à facilités (voir l'arrêt d'annulation du décret dit « de septembre »). Ces communes ne font donc pas intégralement partie de la communauté-région flamande.

Les arrondissements électoraux et judiciaires de Bruxelles-Hal-Vilvorde, maintenus au moment du compromis scindant la province de Brabant, constituent la garantie de droits fondamentaux pour les habitants de la périphérie. Ils tracent une exception au principe de l'homogénéité linguistique et politique de la périphérie et assurent un pont entre la Wallonie, Bruxelles et les concitoyens francophones qui y habitent.

Enfin, les facilités, bétonnées dans un accord historique mais constamment remises en cause par la Flandre, tissent des liens essentiels avec les communes majoritairement francophones qui jouxtent la Wallonie et Bruxelles.

C'est tout cet édifice, imparfait dans sa complexité mais accepté par tous, que la Flandre veut abattre, par une série de décisions coups de force qui visent à préparer le terrain d'un séparatisme ou d'un confédéralisme intolérable politiquement et économiquement pour les Wallons et les Bruxellois.

Scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde est, du point de vue flamand, une étape incontournable dans la marche vers ses objectifs de domination au détriment de la Belgique. La scission de BHV, c'est la stratification des futures frontières d'un Etat flamand, encerclant Bruxelles.

Pour les francophones, la conclusion est simple : un accord isolé sur BHV ne fournissant aucune garantie quant au statut futur de la Belgique n'est envisageable qu'à la condition :
– de confirmer tous les droits des francophones de la périphérie
– de donner à la communauté Wallonie-Bruxelles un territoire continu, englobant les communes à majorité francophone qui le souhaitent.

A défaut d'une telle solution, l'avenir est déjà écrit.

Dès après les élections fédérales, le Flandre subordonnera la constitution d'un gouvernement fédéral à ses conditions, dont on sait ce qu'elles comportent. Il sera alors trop tard pour revenir en arrière sur les questions de territoire ou d'homogénéité linguistique. La bataille sera perdue avant d'être engagée.

Accepter de négocier isolément la scission de BHV sans élargir Bruxelles c'est se préparer à signer Munich. Lors des accords de Munich, Winston Churchill avait prévu que ceux qui choisissaient le déshonneur pour n'avoir pas la guerre auraient à la fois la guerre et le déshonneur. C'est exactement ce que certains nous préparent. Le risque du chaos existe, mais il serait la conséquence d'un armistice mal réfléchi.

Le pire aujourd'hui serait une débandade francophone dans la négociation. Il nous faut un front uni, n'en déplaise à certains écolos, peu habitués à contrer la stratégie hypersophistiquée de la Flandre.

Car ce que je crains aussi, c'est que la Flandre ne souhaite, en réalité, pas d'accord sur BHV ni surtout accepter la moindre contrepartie significative à la scission, avec la volonté (affichée d'ailleurs par le Vlaams Belang et la N-VA) de passer en force à la Chambre et au Sénat tout en proclamant partout que l'échec provient des francophones ou de certains d'entre eux. La situation serait alors limpide : la chute éventuelle du gouvernement succédant à un coup de force parlementaire serait mise au débit des Wallons et des Bruxellois et la Flandre pourrait pousser ses feux en exhibant sa bonne conscience.

Tout cela nous pend au nez. Il n'y a qu'un moyen de l'éviter : afficher l'unité francophone dans la ligne du manifeste que j'avais lancé avec Antoinette Spaak in tempore non suspecto, en novembre 2006.

L'union de la Wallonie et de Bruxelles constitue le gage de leur survie et de leur dignité. C'est d'une tranquille fermeté qu'elles ont besoin. Tous les responsables politiques francophones doivent, unis, montrer une détermination sans faille.

Ce n'est vraiment pas le moment de reproduire les erreurs commises en 1970 par les Van den Boeynants et Machtens qui ont obligé plusieurs d'entre nous à mettre sur pied un rassemblement bruxellois, apte électoralement à faire barrage aux ambitions hégémoniques de la Flandre et à sa volonté d'annexer purement et simplement Bruxelles avec le dessein final d'isoler la Wallonie.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Tout cela est tellement vrai, que ça fait peur. Peur de voir que les écolos sont prêts à signer n'importe quoi avec les flamands, c'est-à-dire abandonner 1 millions de Bruxellois à la Flandre sans demander leur avis. Comment peut-on arrêter cela ? Il FAUT imposer une consultation populaire. C'est tout bonnement inimaginable autrement.

Anonyme a dit…

Dans ce pays mené par des irresponsables, la consultation populaire n'aura sa place qu'à l'extrême limite de la paix du Royaume (cfr Question Royale).

Et encore, le peuple, devenu encore plus individualiste, encore plus égoïste qu'auparavant, ne se bougera pas pour les 92% de francophones de Bruxelles, sans oublier ceux des communes "à facilités".

Lorsque les francophones auront compris que tout ce qui se dit à propos du MR/FDF est majoritairement diabolisation, calomnie et désinformation, peut-être alors pourrons-nous espérer un front commun et résister à la pression flamingante.

Je ne fais pas l'apologie de ce parti ici. Je le mentionne car il est le seul à garantir à ses sympathisants la volonté sans faille de les défendre, sans défaillance.

A moins que, depuis qu'elle a essuyé la menace de conflit d'intérêt à propos de son projet de loi sur l'enseignement, Madame Milquet se ravise un peu plus longuement que d'habitude et qu'elle en tienne rigueur aux flamands jusqu'en mai prochain, par exemple.

Pierre a dit…

Espérons que son frère Philippe soit du même avis.