lundi 7 décembre 2009

L'Etat fédéral sous tutelle flamande

Les flamands occupent les principaux postes de représentation internationale de la "Belgique". Sans aucune réaction politique francophone. Le Vif-L’express rapporte dans son édition du 4 décembre 2009 (p. 20) que seul le Rassemblement Wallon a déploré samedi dernier "l’inexorable flamandisation de l’Etat belge". Herman Van Rompuy (CD&V) a été choisi comme Président du Conseil européen, Karel De Gucht (Open VLD) a décroché le poste de commissaire européen au Commerce. Yves Leterme (CD&V) est redevenu Premier Ministre de la Belgique, c’est donc lui qui représente la Belgique dans les sommets internationaux, y compris au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (!). Les Affaires étrangères sont sous la tutelle de Steven Vanackere (CD&V) et la Défense est confiée à Pieter De Crem (CD&V). Quant à la représentation "belge" à l’Exposition universelle de Shangaï qui s’ouvrira le 1er mai 2010, elle est exclusivement dirigée par la Flandre. Et l’ambassadeur en République Démocratique du Congo, pays francophone, est lui-aussi flamand.

En ce qui concerne l’armée, le Ministre flamand Pieter De Crem (CD&V) a nommé huit nouveaux généraux, dont sept flamands et un seul francophone. André Flahaut (PS) a dénoncé "ce coup de flamandisation" (p.23). De Crem laisse reconnaît que le "déséquilibre existe" mais il laisse entendre qu’il agit sans tenir compte des clivages linguistiques. Pourtant, selon Patrick Descy, délégué CGSP Défense, "c’est sous ce ministre que la Wallonie se transforme en désert militaire. Le plan de fermeture de casernes prévoit le déplacement en Flandre de nombreux militaires wallons. Et si le plan de restructuration doit vraiment se conformer au programme électoral des chrétiens flamands, il y aura forcément d’autres coupes claires, à l’horizon 2012, après les élections. A ce moment-là, on peut craindre que les casernes d’Arlon et de Tournai, où une partie des troupes est maintenue, ne soient fermées. Un pas de plus vers le désert!".

Les managers flamands au sein de la Fonction publique fédérale profitent clairement de la loi du nombre qui viole la parité linguistique dans les emplois de direction. Aujourd’hui, dans les 13 SPF (anciennement ministères fédéraux), on compte 58 Flamands contre 44 Francophones. Selon la Commission permante de contrôle linguistique (CPCL): "Le bilan est assez négatif en ce qui concerne le respect des proportions des cadres linguistiques. On constate d’année en année une aggravation des déséquilibres linguistiques". La CPCL épingle dans son rapport: SPF Mobilité et Transports: 45 FR vs 54 NL occupés aux emplois de direction; Economie: 72 FR vs 79 NL; Santé Publique: 33 vs 41 NL; Intérieur: 42 FR vs 48 NL; Technologie de l’Information et de la Communication: 3 FR vs 9 NL. Et en ce qui concerne les parastataux à vocation sociale (ONSS, Inami, Inasti, Banque-Carrefour de la sécurité sociale, Office national des Pensions, Office des Allocations Familiales pour travailleurs salariés, etc.): la flamandisation est totale.

La Flandre contrôle également les départements fédéraux relatifs à la justice, à la police et à la sécurité. Les deux derniers ministres de la Justice, Jo Vandeurzen puis Stefaan Declerck (tous deux CD&V) ainsi que les ministres de l’intérieur, Guido de Padt et ensuite Annemie Turtelboom (tous deux Open VLD), sont flamands. Au niveau du comité ministériel qui dirige le renseignement et la sécurité, on retrouve Yves Leterme (CD&V, Premier Ministre), Pieter De Crem (CD&V, Défense), Steven Vanackere (CD&V, Affaires étrangères), Stefaan De Clerck (CD&V, Justice), Annemie Turtleboom (Open VLD, Intérieur), tous Flamands. L’administrateur général de la Sûreté de l’Etat, Alain Winants, le chef du Service général du renseignement et de la sécurité de l’Armée (SGRS), Michel Hellemans, le président de l’Autorité nationale de sécurité, (ANS), Patrick De Beyter, le directeur général de la Direction général du Centre de crise (Intérieur), Jacques Raes, le fonctionnaire dirigeant l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (Ocam), etc. sont Flamands. Au total: quinze Flamands vs deux Francophones.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Et bien entendu, silence radio, pas un parti francophone ne réagit.

Souvenez-vous pourtant, lorsque la moindre parité linguistique ne profitait pas aux Flamands, quel tollé!

La situation telle qu'elle se présente aujourd'hui n'est pas neuve, mais bien plus ostensible et plus provocante qu'auparavant parce que portant sur plus d'individus.

Quoiqu'il en soit, ni dans le passé, ni actuellement, les politiciens francophones n'estiment bon de prendre position et de s'opposer effectivement à ces abus en interpellant ou en portant plainte.

Je finirai par croire que je perds mon temps à essayer de défendre les francophones avec mes pauvres petits moyens personnels. La question risque de ne plus intéresser personne, même les plus convaincus.

René G. Thirion a dit…

Vous faites une erreur dans votre article. Vous signalez que Le Vif-l'Express a mentionné que "que seul le Rassemblement Wallonie France (RWF) a déploré samedi dernier "l’inexorable flamandisation de l’Etat belge".

Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Il s'agit du RW (Rassemblement Wallon) et non du RWF (Rassemblement Wallonie-France). Si la réaction du RW est compréhensible, le RWF dans sa volonté de rattachement à la France ne peut que déplorer cet état de fait puisqu'il le constate depuis longtemps, dénonce la main-mise des Flamands sur l'Etat fédéral et ne voit la solution à ce problème grave que dans le rattachement à la République française.
Les Wallons et les Bruxellois n'ont qu'une seule bouée de sauvetage pour survivre. Le RWF leur montre la voie, à eux de la suivre !

Anonyme a dit…

Pas de propagande, s'il vous plaît! Laissons cela aux Flamands.

Votre option de rattachement à la France est un doux rêve de wallon insensible à la triste réalité francophone de la Région Bruxelles-Capitale et des communes "à facilités".

Avant d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs, il serait bon que RWF, comme d'autres petites entités politiques d'ailleurs, se concentre en priorité sur une union des francophone de ce pays qui peut très bien vivre sans la Flandre et prendre un nouvel essor lorsqu'elle sera enfin débarassée de ce boulet institutionnel.

Mais parler de rattachement à quoi que ce soit avant de prouver sa solidarité avec la Région de Bruxelles-Capitale et des communes "à facilités" et donc de tout faire pour contrer l'enclavement de Bruxelles est un manque de civisme total puisque, malgré tout, ce pays est encore entier.

Alors, souvenez-vous: que vous le vouliez ou non, c'est la langue française qui nous rassemble. En prônant le rattachement à la France, vous optez déjà pour le séparatisme d'avec la Flandre, mais aussi d'avec la Région de Bruxelles-Capitale qui n'est pas du tout prête à suivre votre tendance.

Même dans ces conditions, vos choix de rattachement à la France ressemblent étrangement à de la non-assistance à personnes en danger.

Adhemar a dit…

Un gouvernement fédéral avec 13 francophones et 10 Flamands. Les 3 chantiers « réalisés » (migration, budget, énergie) démontrent que ces Flamands n’y ont rien à dire. Ce gouvernement est « légitimé » par 83,3 % des Représentants francophones, mais moins que la moitié (45,7 %) des Représentants flamands. Depuis les élections (régionaux) de juin 2009, ces deux parties flamandes ne représentent plus que 37,8 % de l’électorat flamand.

Et puis vous vous plaignez que l’état fédéral serait sous « tutelle » flamand. C’est une blague, non ?

francophonedebruxelles a dit…

@Adhemar: tous les postes régaliens, ceux qui sont au coeur de l'appareil d'Etat, comme la Justice, la Défense, l'Intérieur, les Affaires Etrangères, et le PM, sont dans les mains flamandes, à l'exception des Finances. Que des ministres FR s'occupent des miettes restantes, en dit long. Vous parlez des gros chantiers "réalisés": budget, immigration, énergie: je parlerais plutôt d'affaires courantes.

Vous pensez que ce gouvernement fédéral flamand, ce que ne conteste pas Wilfried Maertens, est légitimé par les partis FR? Peut-être, oui: ils sont prêts à tout pour "assurer la stabilité du pays". Personnellement, je pense qu'il serait plus efficace de supprimer ce niveau de pouvoir. Dans l'intérêt de tous: FR et NL.

Adhemar a dit…

Alors, parlerons plutôt d’affaires courantes. C’est une erreur de penser que les compétences sociales ne sont pas au cœur de l’État fédéral. La sécurité sociale, c’est 26 % du budget fédéral (exclusive remboursement de la dette et dotations aux Communautés et Régions). Les pensions, 17 %. Ensemble, les ministres et secrétaires d’état francophones gèrent plus que 60 % du budget fédéral. Ce « tutelle » flamand de l’état fédéral, c’est vraiment une blague.

Tout comme c’est une blague de dire que les parties francophones sont prêtes à « tout » pour assurer la stabilité du pays : même à la moindre concession, c’est toujours « non ».

Je suis d’accord avec vous qu’il faut supprimer le plus vite possible ce niveau fédéral ; ce serait efficace et dans l’intérêt de tous.

Anonyme a dit…

je trouve que ce blog frole la mentalite post-yougoulave. je suis un neo-unitariste convaincu, et donc contre ''2 gemeenschappen en 3 gewesten'', mais une fois qu'on accepte la logique de ''splittez'' le jeu est assez correctement joue. Vos chiffres demontrent que les flamands n'ont pas 60 % de l'etat federal sous controle et cela est le % auquel ils ont droit dans la logique absurde de la Belgique communautaire. c' est le meme raisonnement qu' il y a derriere vos arguments pour attacher Wemmel etc a Bxl (auquel je suis pas contre - mais pour des raisons economiques et non pas etniques....)

melodius a dit…

Des raisons "ethniques" - vous me faites rire tiens, si c'est une question "ethnique", c'est parce que les Flamands en font une question "ethnique". La réalité est que Bruxelles donne des avantages énorme à sa minorité néerlandophones, tandis que la Flandre tâche de faire disparaître sa minorité francophone, même dans les localités où elle est majoritaire. Le transfert des communes de la périphérie à Bruxelles se justifie parce qu'elle est la seule garantie que les droits de tous leurs habitants, francophones et néerlandophones, seront respectés.

Incidemment, comment se fait-il que tous les Belgicains ou à peu près sont francophones et prêts à sacrifier les intérêts d'autres francophones sur l'autel de leurs illusions, se faisant ainsi les idiots utiles des flamingants ?