Paul De Grauwe: "Le dommage que s'inflige la Flandre"
De Morgen: Paul De Grauwe: "De schade die Vlaanderen zichzelf berokkent", 29 mars 2010.
Paul De Grauwe enseigne l’économie internationale à la KU Leuven et il est l’auteur de nombreux articles et publications influents.
"Une des libertés fondamentales dans un pays démocratique est la liberté d’aller habiter ou l’on veut. Cette liberté est restreinte dans beaucoup de pays, mais il s’agit principalement de pays avec des régimes autoritaires. En Chine, par exemple, les habitants ne peuvent tout simplement pas aller habiter dans la ville ou le village de leur choix. La Flandre a pris une série de mesures, depuis quelques années et sans beaucoup de protestion de la population, qui, comme dans les régimes autoritaires, limite la liberté fondamentale d’aller habiter où l'on veut.
Comme dans les régimes autoritaires, la limitation d’une liberté fondamentale – la liberté de résidence – est aussi motivée en Flandre par des considérations sociales: les moins aisés doivent aussi pouvoir acheter une maison; l’obligation de la langue néerlandaise comme critère pour pouvoir acheter une maison aidera les immigrants à mieux s’intégrer.
Le dommage que la Flandre s’inflige avec ces récents décrets n’est pas à négliger. Il y a tout d’abord un dommage à la réputation. L’image de la Flandre comme un pays ouvert et accueillant subira un dommage irréparable. Les messages, alimentés par la presse francophone, se retrouveront lentement dans les média étrangers avec des histoires de Francophones qui ne peuvent plus acheter de maison à cause de leur langue. De plus en plus la Flandre recevra une image d'intolérance et de xénophobie. Que cela soit vrai ou pas ne change rien. On se sentira fâché, incompris du reste du monde. Mais le reste du monde nous verra comme des petits blancs peureux.
Les décrets qui limitent la liberté de résidence en Flandre provoqueront aussi un grand dommage économique. Et cela de deux manières. Tout d’abord, une région qui veut attirer les investisseurs internationaux, doit dégager une image d’ouverture et d’hospitalité. Les régions qui respirent l’intolérance et la xénophobie paient un prix du fait de leur moindre attractivité pour les investisseurs étrangers. Deuxièmement, la limitation de la liberté de résidence en Flandre va encore renforcer l’esprit de clocher des Flamands. Comment les Limbourgeois qui veulent déménager vers la Flandre-Occidentale, parce qu’il y a plus d’emplois, peuvent prouver leur lien local flamand? Voudront-ils encore le faire?
Les économies dynamiques ont besoin de personnes créatives. Pour y parvenir, nous avons besoin que des individus aient envie de déménager, afin de s’installer là où d’autres individus créatifs habitent et travaillent. Cette mobilité mène à un groupe (ndlr “clustering” dans le texte) de gens à des endroits où on ne les attend pas. C’est ce regroupement qui mène à de nouvelles idées. Cette mobilité est aussi une donnée internationale: pense un peu à la Silicon Valley, où tant de Chinois, Indiens et autres Asiatiques habitent comme des Américains. Où la Flandre pourra-t-elle faire naître un tel centre de créativité alors que l'on demande à tous ces gens de maîtriser la langue néerlandaise?
Gaston Geens a dit un jour que ce que nous ferons nous-mêmes nous le ferons mieux aussi. Il ne pouvait pas faire de plus mauvaise prédiction. Les décrets flamands qui limitent la liberté de résidence, appartiennent aux innovations les plus stupides dont la Flandre a été capable jusqu’à présent. Ce sont des décrets qui vont provoquer beaucoup de dommages à la Flandre. Il est temps que nous nous débarassons d’un nationalisme flamand qui se trouve à la base de ces décrets; un nationalisme qui ne s’est pas encore arraché des mythes du passé."
Paul De Grauwe enseigne l’économie internationale à la KU Leuven et il est l’auteur de nombreux articles et publications influents.
"Une des libertés fondamentales dans un pays démocratique est la liberté d’aller habiter ou l’on veut. Cette liberté est restreinte dans beaucoup de pays, mais il s’agit principalement de pays avec des régimes autoritaires. En Chine, par exemple, les habitants ne peuvent tout simplement pas aller habiter dans la ville ou le village de leur choix. La Flandre a pris une série de mesures, depuis quelques années et sans beaucoup de protestion de la population, qui, comme dans les régimes autoritaires, limite la liberté fondamentale d’aller habiter où l'on veut.
Comme dans les régimes autoritaires, la limitation d’une liberté fondamentale – la liberté de résidence – est aussi motivée en Flandre par des considérations sociales: les moins aisés doivent aussi pouvoir acheter une maison; l’obligation de la langue néerlandaise comme critère pour pouvoir acheter une maison aidera les immigrants à mieux s’intégrer.
Le dommage que la Flandre s’inflige avec ces récents décrets n’est pas à négliger. Il y a tout d’abord un dommage à la réputation. L’image de la Flandre comme un pays ouvert et accueillant subira un dommage irréparable. Les messages, alimentés par la presse francophone, se retrouveront lentement dans les média étrangers avec des histoires de Francophones qui ne peuvent plus acheter de maison à cause de leur langue. De plus en plus la Flandre recevra une image d'intolérance et de xénophobie. Que cela soit vrai ou pas ne change rien. On se sentira fâché, incompris du reste du monde. Mais le reste du monde nous verra comme des petits blancs peureux.
Les décrets qui limitent la liberté de résidence en Flandre provoqueront aussi un grand dommage économique. Et cela de deux manières. Tout d’abord, une région qui veut attirer les investisseurs internationaux, doit dégager une image d’ouverture et d’hospitalité. Les régions qui respirent l’intolérance et la xénophobie paient un prix du fait de leur moindre attractivité pour les investisseurs étrangers. Deuxièmement, la limitation de la liberté de résidence en Flandre va encore renforcer l’esprit de clocher des Flamands. Comment les Limbourgeois qui veulent déménager vers la Flandre-Occidentale, parce qu’il y a plus d’emplois, peuvent prouver leur lien local flamand? Voudront-ils encore le faire?
Les économies dynamiques ont besoin de personnes créatives. Pour y parvenir, nous avons besoin que des individus aient envie de déménager, afin de s’installer là où d’autres individus créatifs habitent et travaillent. Cette mobilité mène à un groupe (ndlr “clustering” dans le texte) de gens à des endroits où on ne les attend pas. C’est ce regroupement qui mène à de nouvelles idées. Cette mobilité est aussi une donnée internationale: pense un peu à la Silicon Valley, où tant de Chinois, Indiens et autres Asiatiques habitent comme des Américains. Où la Flandre pourra-t-elle faire naître un tel centre de créativité alors que l'on demande à tous ces gens de maîtriser la langue néerlandaise?
Gaston Geens a dit un jour que ce que nous ferons nous-mêmes nous le ferons mieux aussi. Il ne pouvait pas faire de plus mauvaise prédiction. Les décrets flamands qui limitent la liberté de résidence, appartiennent aux innovations les plus stupides dont la Flandre a été capable jusqu’à présent. Ce sont des décrets qui vont provoquer beaucoup de dommages à la Flandre. Il est temps que nous nous débarassons d’un nationalisme flamand qui se trouve à la base de ces décrets; un nationalisme qui ne s’est pas encore arraché des mythes du passé."
2 commentaires:


Il y a donc un Flamand qui pense avec sa tête?
Bruxellois dit
Oui, Cassandre, mais il a freiné au panneau "trop tard".