"Wonen in eigen streek": La Flandre face à la loi du talion

Le décret régional flamand "Wonen in eigen streek" ("Habiter dans sa région") réserve l'achat de terrains et habitations aux candidats qui savent prouver qu'ils ont un "lien suffisant avec la commune" (La Flandre réserve les terrains et immeubles aux Flamands). Ce décret est d’application depuis septembre 2009 dans 69 communes flamandes qui représentent environ un tiers de la population totale en Flandre. Il renforce d’autres disposifs mis en place, comme par exemple le "Wooncode" (Le code flamand du logement), condamné par le Comité des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination raciale. Pour le quotidien flamand "De Standaard" "La mesure vise les Francophones et les eurocrates dans la périphérie flamande autour de Bruxelles, les pensionnés et les riches étrangers à la côte, les Néerlandais au nord d'Anvers et les habitants de la périphérie verte de Gand et Anvers." (Lien).

La presse a récemment raconté que les autorités flamandes ont refusé la vente de maisons à des Bruxellois francophones "parce qu’ils ne présentaient pas de liens suffisants avec la commune" (La Flandre interdit la vente de maisons à des Francophones). Piégé dans un canular téléphonique, un employé de la commune flamande de Dilbeek, frontalière de la Région bruxelloise, a avoué que seuls les Belges francophones ne sont pas les bienvenus dans la commune (Lien). Il y a aussi le cas d’une habitante francophone de la commune "à facilités" de Rhode-Sainte-Genèse, majoritairement francophone mais placée sour la tutelle de la Flandre, qui a été privée du droit de propriété à … Rhode-Saint-Genèse (Le Soir: "Une Rhodienne interdite de propriété à Rhode"). Une laide vérité est ainsi exposée: la Flandre procède à "une forme polie de nettoyage ethnique" (expression utilisée pour la première fois par l’hebdomaire libéral "The Economist" 8 novembre 2007).

Le 16 mars dernier, Jean-Paul Marthoz, qui fut durant onze ans le porte-parole européen de l’association de défense des Droits de l’Homme "Human Rights Watch" a publié dans "Le Soir" un billet intitulé "Le Wooncode et la loi du talion". Son texte dénonce l’application par la Région flamande de ce code du logement discriminatoire et appelle les francophones à ne pas recourir à la vengeance. Il rappelle aussi les grands principes européens selon lesquels une vraie démocratie "ne confère pas à la majorité issue des urnes le droit de régner selon son bon plaisir. Elle lui interdit en particulier d’imposer des règles et des lois qui violent les autres fondements essentiels de l’Etat de droit: les garanties individuelles, l’égalité devant la loi et la protection des minorités". Selon lui, le comportement du gouvernement flamand "relève d’une conception pré-moderne et pré-démocratique de l’Etat et de la société".

Bart De Wever, le Président du parti nationaliste N-VA (portrait), membre du gouvernement flamand, y a lu une incitation au racisme et à la "haine antiflamande", et a déposé une plainte devant le Centre pour l'égalité des chances (Communiqué de presse de la N-VA). L'homme, qui ne semble pas bien comprendre le français, déclare: "Les flamands sont collectivement décrits comme un peuple qui est pré-moderne et pré-démocratique". Il compare ensuite "Le Soir" à "La Gazette des Mille Collines", faisant ainsi référence à la radio du même nom, qui émettait au Rwanda en 1993 et 1994 pendant le génocide, appelant notamment aux actes de violence envers les Tutsis. Selon lui, les mesures (discriminatoires) appliquées par le gouvernement flamand sont en réalité "sociales" (dans le sens qu'elles protègent les Flamands des "immigrés" francophones) et légitimées par le fait qu'elles ont été approuvées par une écrasante majorité du Parlement flamand.

Peter Vandermeersch et Yves Desmet se sont à leur tour emparés du sujet, consacrant leur éditorial à « l'affaire », dans les quotidiens flamands "De Standaard" ("A nos collègues du Soir") et "De Morgen" ("Vrijheid is er ook voor schabouwelijke meningen"). Ils critiquent les décrets flamands, ils respectent la liberté d'expression, mais ils désapprouvent la publication d'un tel article qui insulterait les Flamands et qui porterait atteinte, une fois de plus, à l'image de la Flandre dans le monde (Lire aussi la réponse du "Soir"). Comme si cet humaniste devait se taire pour ne pas contrarier l'agresseur. Luckas Vander Taeken, député Groen! (écologistes) au Parlement Flamand va plus loin encore: ces pratiques flamandes discriminatoires, et en particulier ce décret qui interdit la vente de maisons à des Bruxellois, qu'ils soient bilingues ou pas, seraient liées à la supposée méconnaissance du flamand par les Wallons. Alors qu'il aborde le sujet des chroniqueurs, il écrit dans "De Standaard" ("De schizofrenie van Le Soir") :

Leur plus grande faiblesse est leur aveuglement face aux grossièretés de leur propre culture et leur totale méconnaissance de la réalité flamande, en général renforcée par leur ignorance tout aussi grande de la langue néerlandaise ... Quel intellectuel au Sud de la frontière linguistique écrira un jour que beaucoup de Francophones continuent à souffrir de leur complexe de supériorité culturel? Et que leur sens de l'ouverture autoproclamée se limite souvent à ceux qui parlent leur langue? Qui osera ouvertement écrire que la lamentable connaissance des langues chez beaucoup de Francophones est de longue date pratiquement devenue un principe? … Car bien que des objections puissent être formulées contre le décret, toute critique francophone serait beaucoup plus crédible si l’on osait écrire par exemple que des exigences linguistiques en Wallonie ne sont pas nécessaires, parce qu'il est tout simplement inconcevable que quelqu'un dans une ville wallonne puisse parler une autre langue que le français."

1 commentaires:

  1. Anonyme dit

    Il n'y a qu'une thérapie de groupe pour essayer de sauver ce qui peut l'être. Mais je ne tiens pas trop à subir les dégâts collatéraux - je préfèrerais une indépendance de la Flandre (sans Bruxelles et sa périphérie, bien sûr) avant cela.