BHV: le déni permanent de démocratie

Le Commissaire royal Jean-Luc Dehaene (Cd&V) a fait convoquer les présidents de partis de la majorité ce lundi 19 avril par le Premier ministre Yves Leterme (CD&V) afin de leur soumettre une proposition au sujet de Bruxelles-Hal-Vilvorde (La Libre: "Dehaene convoque la majorité et les Verts lundi soir"). L'objectif est que le premier ministre "puisse présenter en cas d'accord le contenu de celui-ci au Parlement dans le courant de la semaine". La prochaine scéance aura lieu le jeudi 22 avril, la « deadline » que Jean-Luc Dehaene s’est imposée (RTBF: "BHV: J.-L. Dehaene a jusqu'à jeudi pour aboutir à un accord").

Jean-Luc Dehaene souligne que pour sauvegarder les chances de succès "il est nécessaire de maintenir dans la phase finale des négociations la discrétion dont ont fait preuve jusqu'ici tous ses interlocuteurs". C’est la méthode Dehaene: négocier en secret avec les présidents de partis ("le confessionnal"). La population de BHV est donc maintenue dans l'ignorance de la proposition de Jean-Luc Dehaene et des négociations pour aboutir à un accord. Par ailleurs, Jean-Luc Dehaene n’a jamais eu d’entretiens avec les bourgmestres des communes de BHV. De même pour les six communes « à facilités » et les bourgmestres non-nommés, qui sont pourtant les premièrs concernés.

Jean-Luc Dehaene ne fait ainsi que perpétuer un déni de démocratie qui remonte à la fixation de la frontière linguistique en 1962-1963. Des bourgmestres flamands avait à l'époque boycotté le recensement linguistique obligatoire afin que les communes habitées par des francophones ne soient pas rattachées à Bruxelles. Ils avaient également refusé la consultation des populations locales. En échange, ils avaient accepté un régime de "facilités" linguistiques dans six communes de la périphérie bruxelloise. Ces facilités sont "bétonnées" dans la Constitution mais elles seraient fragilisées par la scission unilatérale de BHV et à terme supprimées.

Edi Clijsters, un politologue et ancien diplomate du gouvernement flamand, estime que ce déni permanent de la démocratie, aujourd'hui incarnée par la méthode de Jean-Luc Dehaene, ne permettra pas de trouver un accord définitif. La solution, selon lui, consiste (notamment) à organiser un référendum afin de savoir ce que souhaite les habitants des six communes "à facilités". Une simple question doit être posée, dit-il: "Voulez-vous que votre commune fasse partie de la Flandre (sachant que les "facilités" seront supprimées) ou voulez-vous qu'elle fasse partie de Bruxelles" (De Morgen: "Heer Bommels oplossing voor B-H-V").

Selon les sondages, une majorité des habitants des six communes "à facilités" de la périphérie bruxelloise souhaite le rattachement à la Région bruxelloise. Et une majorité des bruxellois interrogés sont favorables à l’extension des limites actuelles de la région de Bruxelles, à 93% francophone, à ces six communes largement francophones. Il s’agit de répondre à la fois au souhait des nombreux habitants francophones qui vivent dans la périphérie de Bruxelles mais aussi d'éviter l'enclavement, donc l'asphyxie financière, de Bruxelles dans un Etat-fédéré unilingue flamand qui lui est hostile.

La Flandre persiste à s'opposer à la consultation des populations locales. Il semblerait que Jean-Luc Dehaene ait proposé de l'argent aux présidents de partis francophones en échange d'un abandon de droits politiques et judiciaires des francophones de la périphérie bruxelloise. S'ils acceptent la scission de BHV sans élargir territorialement Bruxelles pour nous protéger, ils se préparent à signer Munich (BHV: le déshonneur et la guerre). Et cela vaut également du côté francophone. Edi Clijsters l'a rappelé: la Flandre ne parviendra jamais à occuper des territoires contre la volonté de ses habitants.

Archive de la RTBF: une majorité des habitants des six communes à facilités veulent le rattachement à Bruxelles.

7 commentaires:

  1. André dit

    Les partis flamands sont bien décidés à passer en force dans la scission de BHV et ne s'en cachent même pas.

    Le Palais a désigné un "médiateur" flamingant, chargé de dorer la pilule, et pour faire savoir au monde entier que la Flandre ne serait pas cet état fasciste comme la presse internationale en a propagé l'idée depuis belle lurette.

    Quel cirque ! Comme si les Flamands, en position de force dans ce dossier BHV allaient concéder quelque chose !

    Par ce dossier de la scission de BHV, lmes Flamands veulent faire main basse sur Bruxelles avant de décréter leur indépendance. La flamandisation (assimilation) de Bruxelles sera la prochaine étape.

    Comment les mandataires francophones ont-ils pu s'abaisser à accepter le principe même de cette PSEUDO-NEGOCIATION ? Ils savaient d'avance, dans ce pur RAPPORT DE FORCES, qu'aucune de leurs revendications ne serait rencontrée, et en particulier l'ELARGISSEMENT DE LA REGION DE BRUXELLES !

    Au risque de me répéter, un tel élargissement ne peut être obtenu dans le cadre belge. Il ne sera possible qu'en inversant le dit rapport de forces qui nous porte préjudice depuis 50 ans.


    peter dit

    Votre logique est malhonète: si on ferait un sondage dans ma maison avec la question "Voulez vous payez des impots" la réponse serait une victoire absolue pour "non".
    Si on demanderait dans certains quartier de Bruxelles si le sharia devrait être introduit le resultat serai sans doute un grand "oui".
    Si dans mon quartier la majorité des habitants veulent l'indépendance du quartier, personne ne l'acceptera.


    Anonyme dit

    Honnêtement je tiens à adresser un message solidarité au créateur de ce blog.
    En tant que citoyen d'une ville (Strasbourg) concurrente à Bruxelles, je devrais me réjouir de la chute annoncée de cette ville et de la Belgique.
    Mais je n'y arrive pas je lis ce blog depuis 2008 et d'autre comme celui de Jean 4Mer (depuis 2007).
    Et les scénarios noires annoncés par certains se réalisent hélas.
    Une situation aussi pathétique que prévisible. Les partis francophones essayent de garder coute que coute le pouvoir au fédéral et un apparence d'état Belge.
    Les flamands de plus en plus intolérants et qui s'amusent à plumer la volaille francophone. Les citoyens francophones ne réagissent quasiment pas.
    c'est impossible pour moi d'admettre que ce genre de situation se déroule en Europe au XXI siècle.

    Pour ceux qui espèrent un statut de district fédéral pour Bruxelles ça n'arrivera jamais pour plusieurs raisons :
    - un statut fédéral voudrait dire que l'UE dévienne un état fédéral : certains pays comme le Royaume-uni/Suède n'accepteront jamais cette situation qui permet la création de fait un état fédéral européen.
    - une ville état serait totalement étouffée(économiquement/géographiquement) par la flandre qui l'entoure
    - jamais les états européens ne pourraient accepter l'indépendance d'un si petit état car cela donnerait des envies et des arguments à tous les indépendantistes/ séparatistes de chaque état membre.

    Donc les possibilités, futures pour la Belgique :
    - un état fédéral composé de 4 régions : Flandre, Wallonie, partie germanophone (qui deviendrait une région) et Bruxelles ville malade et dualisée à l'extrême. Avec un état fédéral représentant une coquille vide.Un état de plus en plus dominé par les flamands.
    - une Flandre indépendante avec Bruxelles (car Bruxelles ne pourra pas tenir longtemps seule contre la Flandre, surtout avec Picqué)
    - Wallonie et Bruxelles rattachés à la France, le poids français permetant de négocier et de justifier le manque de continuité territoriale qui serait dérisoire par rapport à la taille du nouvel état. Mais problème de taille les politiques, journalistes, intéllectuels francophones refuseront de devenir des simples élus locaux, journalistes locaux.

    La solution la plus intélligente n'est à mon avis pas celle que vont choiri le spoliticiens francophones.


    melodius dit

    Le gros tas de Vilvorde n'a même pas mis l'élargissement de Bxl sur la table des négociations et, à part le FDF, tout le monde semble trouver ça normal. Qu'on ne peut compter sur le PS que pour trahir, ça on le savait, mais le silence du cdH et des écolos est de mauvais augure...


    melodius dit

    http://www.dhnet.be/infos/belgique/article/308205/bourgeois-laisse-faire.html

    Et on notera qu'en même temps Bourgeois attaque les couilles molles de Rhode qui ont envoyé des convocations bilingues - les voilà en tout cas bien récompensés pour leur lâcheté.

    http://www.demorgen.be/dm/nl/5036/Wetstraat/article/detail/1095456/2010/04/20/Bourgeois-onderzoekt-of-Sint-Genesius-Rode-foute-oproepingsbrieven-betaalde.dhtml


    fildefer dit

    Je m'adresse tant aux Nationalistes Flamands qu'aux Francophones de toutes opinions.
    Ce que les nationalistes Flamands ( donc traîtres à un État Belge qu'ils exigent pourtant de gouverner) omettent de préciser c'est que scinder BHV sans élargissement, c'est à terme annexer une grande ville Francophone à 93 % dans un crypto-Etat qui n'a qu'une idée proclamée en tête: faire disparaitre les francophones de la vie politique et donc économique et culturelle de la Région Bruxelloise voire plus.
    Ce serait donc là un acte politique d'une violence telle, qu'il sortirait du cadre strictement Belge pour apparaître comme une agression majeure et gratuite portée à la Culture Française et donc à son Peuple. Et pourrait donc déclencher une réaction imprévue de Paris, d'autant que l'Allemagne, de son côté, n'a pas du tout envie de voir l'image d'un peuple germanique prédateur broyant le droit des faibles réapparaître en Europe, image qui lui a si longtemps collé à la peau depuis la fin de la guerre et coûté si cher financièrement et politiquement.
    Jusqu'ici l'État Français s'était montré plutôt bienveillant à l'égard de la Flandre dont elle comprenait certaines de ses revendications et commençait à les prendre en compte. Car contrairement à une idée répandue en Flandre, l'État Français moderne d'aujourd'hui, n'est PAS anti-Flamand ni linguistiquement ni économiquement. La Culture Française n'est plus coloniale, mais elle exige la réciproque dans la démocratie.
    Scinder sans élargir, cette douche glacée pourrait pourtant coûter cher, très cher à terme au Mouvement Flamand .

    A la place des Nationalistes Flamands, je ferais très, très attention à ne pas trop jouer avec le feu en refusant l'élargissement de Bruxelles.
    J'ajouterai ceci, que ne sauraient ignorer les Flamands lucides : l'État Républicain Français moderne tient dans ses mains une des clés essentielles pour la survie de la Culture, de la Langue et des Valeurs Flamandes sans parler des aspects économiques territoriaux et financiers assez inconvenants d'apparaître ici. Mais que cela soit dit: la Flandre a des objectifs et des intérêts majeurs en France. La France pourra très bien survivre à une Flandre hostile, l'inverse est beaucoup moins vrai.
    Et puis qui a sorti Fortis du gouffre? Qui est à la tête de Dexia en Belgique, banque entre autres des Collectivités Locales françaises ?


    phil dit

    @ Peter,
    Je trouve votre raccourci malhonnête.

    Les communes à facilités ont TOUJOURS été habitées majoritairement par des francophones, et ce bien avant la création de la frontière linguistique, qui leur a été imposée.

    Les impôts étaient là avant vous; les lois belges étaient là avant les partisans de la charia.

    Les flamands ne SAVENT pas respecter les francophones; ils n'ont peut-être pas les capacités intellectuelles pour changer de culture, mais ils n'ont RIEN demandé. (ça me fait penser aux missionnaires qui interdisaient les pratiques traditionnelles en Polynésie...)

    En rattachant les communes à facilités à Bruxelles, les francophones seront assurés du respect de leurs droits, mais les flamands également; renforçant par la même occasion la présence flamande à Bruxelles (et donc dans ses institutions) et purifiant de toute francophonie la Flandre.

    Alors, où est le problème?

    Par ailleurs, TOUS les conflits proviennent du non respect des minorités.