Au Jardin botanique, "Walen buiten" ?

Le Jardin botanique de Belgique est une institution fédérale au patrimoine exceptionnel. Initialement installé à Bruxelles, il avait été déménagé, faute de place, à Meise, en Flandre, à 3 km de Bruxelles. Aujourd’hui, près de 85% du personnel est flamand, il n’y a pas de cadre linguistique, et l’atlas de la flore de Bruxelles est publié uniquement en néerlandais....

Le Jardin botanique national de Belgique: « Walen buiten » ?
Francis Grunchard
18/01/2010

"Le Jardin botanique national de Belgique (Jardin botanique) figure parmi les dix institutions de ce type les plus importantes du monde. Ses collections fédérales, riches de deux siècles, fournissent un outil exceptionnel à la recherche scientifique belge et sont consultées par des chercheurs du monde entier. Toutes les données fondamentales relatives aux espèces végétales de Belgique s’y trouvent, ce qui représente une base de données de première importance au vu des défis actuels : perte de la biodiversité et modifications climatiques. Sur un plan économique, par exemple, l’agriculture et la sylviculture belges vont devoir s’adapter à celles-ci en modifiant les espèces mises en culture, notamment à l’aide des données du Jardin botanique.

Unique en Belgique, le Jardin botanique est une institution fédérale au service du pays entier. Etablie à Bruxelles pendant 180 ans, l’institution a déménagé en périphérie bruxelloise en 1973, à 3 km de l’Atomium, et s’étend à cheval sur Meise et Wemmel, commune à facilités. Malheureusement, elle a été aspirée dans les accords du Lambermont en 2001 dans lesquels le principe du transfert de l’institution à la Flandre fut concédé par les francophones, alors que les partis flamands s’engageaient à ne plus bloquer la ratification par la Belgique de la convention-cadre du Conseil de l’Europe pour la protection des minorités nationales, qui renforcerait notamment la défense des droits des francophones en périphérie bruxelloise. Cependant, le transfert du Jardin botanique à la Flandre ne peut être effectif qu’au terme de la conclusion d’un accord de coopération entre les Communautés française et flamande. L’accord étant toujours en négociation, le Jardin botanique demeure fédéral et fonctionne sur un budget totalement fédéral.

Janvier 2010 : la Flandre fait toujours obstacle unilatéralement à la ratification par la Belgique de la convention-cadre, au motif que ce ne serait pas bon pour la Flandre. Malgré cela, la Flandre exige que les francophones tiennent, eux, leurs engagements de 2001 : un projet d’accord de coopération visant à concrétiser le transfert de l’institution scientifique à la Flandre existe bel et bien, et le dossier est à l’ordre du jour des négociations communautaires.

Par la volonté de la direction flamande du Jardin botanique, celui-ci fonctionne sans cadre linguistique, l’outil légal obligatoire qui vise à faire respecter l’équilibre linguistique dans les institutions fédérales. Conséquence : le personnel, d’environ 160 personnes, se compose aujourd’hui de près de 85 % de néerlandophones. Depuis des années, les francophones sont ainsi lésés d’au moins une quarantaine d’emplois, parmi lesquels des emplois non qualifiés tels que du nettoyage. La direction ne nomme et n’accorde des promotions pratiquement qu’à des néerlandophones. En octobre 2008, un membre du personnel francophone ainsi lésé a obtenu une victoire légale au Conseil d’Etat : ledit Conseil a exigé qu’il n’y ait plus aucune nomination ou promotion au Jardin botanique tant que le cadre linguistique n’avait pas vu le jour. Il exige des ministres fédéraux qui ont la tutelle sur le Jardin botanique (Politique scientifique et Régie des Bâtiments), francophones par le fait du hasard, à rétablir la légalité dans l’institution.

Les ministres francophones concernés n’ayant pas bougé le petit doigt à ce jour, la direction du Jardin botanique continue la colonisation flamande de l’institution fédérale, aux frais du fédéral, en violation de la légalité mais en toute impunité.

De plus, le projet d’accord de coopération destiné à modaliser le transfert du Jardin botanique à la Flandre est catastrophique pour les francophones. Par exemple, il prévoit qu’une dotation fédérale continuerait à être affectée au Jardin botanique devenu flamand, mais elle serait partagée et versée aux Communautés au pro rata des rôles linguistiques du personnel au jour du transfert. Autrement dit, 85 % de ce budget fédéral sera versé à la Flandre ! Dans ce projet d’accord, le personnel technique francophone (jardiniers, électriciens ) serait placé dans un cadre d’extinction et remplacé par des néerlandophones.

Une poignée de chercheurs francophones pourrait continuer à travailler au Jardin botanique, à des conditions soigneusement dissuasives. Par exemple, ils n’auront plus aucune possibilité de progression dans leur carrière puisque celle-ci sera réservée à des néerlandophones. De plus, la totalité des moyens de fonctionnement des scientifiques francophones, de l’ordinateur au crayon jusqu’au financement de leurs missions scientifiques, dépendra uniquement de la Flandre, la Communauté française ne payant que leur salaire Rien ne garantit la largesse de la Flandre à l’égard des chercheurs francophones qu’il serait facile dès lors de disqualifier pour manque de résultats. Alors que l’on voit les cas de harcèlement psychologique et les brimades se multiplier au Jardin botanique, en toute impunité, à l’encontre du personnel technique francophone, comment peut-on croire réalistement à la future bonne volonté flamande ?

Autre enjeu: en offrant à la Flandre sans réelle contrepartie le Jardin botanique, trophée politique et scientifique, les négociateurs francophones mettraient singulièrement en danger l’avenir fédéral du Musée d’Afrique centrale de Tervuren, situé en Flandre comme le Jardin botanique.

En conclusion, le dossier du Jardin botanique est exemplaire de l’inquiétante faiblesse ou du manque de vision, de courage, ou désintérêt ? des politiques francophones dans certains pans des négociations communautaires à faible enjeu électoral. Si le projet d’accord de coopération du transfert de l’institution à la Flandre se concluait selon ses termes actuels, les francophones perdront tout au Jardin botanique : deux siècles d’investissement national/fédéral débouchant sur un patrimoine scientifique exceptionnel ET irremplaçable, les emplois, l’accès, à des conditions normales, à un lieu d’excellence scientifique unique en Belgique, à son expertise, ses bases de données, l’usage du français

A la différence du cas de l’université de Louvain pour lequel, en dépit de la perte engendrée, notamment par le partage de la bibliothèque, d’autres universités belges francophones pouvaient accueillir les étudiants et chercheurs expulsés, il n’existe aucune solution de repli pour la continuité des travaux botaniques de ce niveau en Wallonie ni à Bruxelles. Pour les francophones, sans revirement politique, un scénario pire que la perte de l’université de Louvain risque de voir le jour."

Lire aussi: Flamandisation du Jardin botanique

11 commentaires:

  1. fil à soie dit

    Ben dans ce cas, il faudra exiger d'inclure Wemmel et Meise dans l'élargissement de Bruxelles (sans oublier Zaventem, qui abrite l'aéroport national)


    Yves dit

    "et l’atlas de la flore de Bruxelles est publié uniquement en néerlandais..."

    Diantre c'est la bonne méthode pour que, rédigés dans cette langue internationale qu'est le flamand, ces travaux soient connus du monde entier :-)


    Anonyme dit

    Et imaginons que l'on avait demenage ce jardin en Wallonie... le scenario serait-il tellement meilleur?


    Anonyme dit

    à Anonyme, deux choses:
    1) ce cas de figure est inconcevable d'emblée puisque la Flandre dirige tout et c'est justement la thèse de la Flandre détenant les leviers de pouvoirs au détriment de la Wallonie qui est vérifiée à chaque fois.
    2)Non il n'y aurait jamais eu de nettoyage linguistique si ca avait été le cas, cette hystérie linguistique (ethnique) n'existe pas encore chez nous.


    Anonyme dit

    Certes la Flandre "contrôle" la Belgique, mais un Flamand unilingue n'a aucune chance d'être embauché en Wallonie, où la relation avec la clientelle exige la connaissance du français...

    A mois que la langue française soit interdite dans toute la Belgique, mais on serait au courant !

    Ce qui est nouveau, c'est que le néerlandais soit effectivement exigé même en Wallonie...c'est de la "dimhitude" proprement belgicane !


    Anonyme dit

    In de Plantentuin, net zoals overal in Vlaanderen, zijn alle werknemers welkom als ze Vlaams spreken. Is dat een probleem?


    melodius dit

    Ja tichke. Le "Plantentuin" est une institution FEDERALE, pas flamande. Gesnopen tichke ? Ou ç'est trop compliqué pour le Vlaamse grond que tu trimabales dans ton ciboulot ?


    Anonyme dit

    Wel dan ga maar leven in la douce France he Fiston. Maar rol uw mattekes in le plat pays des Flamends. Vive La France qui va payer beaucoup plus pour les Wallons que les Flamends qui ont enfin compris...


    adalber dit

    D'accord avec fil à soie. Il faudra ajouter Wemmel, Meise et Zaventem lors de la prochaine discussion sur l'élargissement de Bruxelles. Je constate que les flamingands polluent décidément tous les forums francophones. Vivement qu'ils prennent leur indépendance.


    Anonyme dit

    D'accord. Il faut aussi ajouter et revandiquer Anvers, Gand, Bruges , Malines, Knokke, Ostende et De Panne. Pas mal de Francophones vivent dans ces villes et les Flamands-travailleurs peuvent rester dans leur plat pays ou aller nager dans la mer du nord.


    Anonyme dit

    La vlaamse kolonisatie ne se limite pas à BHV et à des problèmes linguistiques. Dans les entreprises, conseils d'administration et cadres de direction deviennent exclusivement flamands. Ils pratiquent la discrimination envers les employés francophones et le racisme économique envers les entreprises wallonnes. L'armée ferme les casernes en Wallonie. La SNCB a ruiné le rail wallon au profit de la Flandre. L'aéroport de Gosselies est menacé par la jalousie flamande. La police, la sécurité d'état, les ambassades, les relations extérieurs, la justice, le football, la bande FM, même l'eau wallonne, tout est dominé par la Flandre. Nous sommes devenus des parias, des colonisés, comme les Congolais jadis, dans notre propre région. Il est urgent de nous libérer de cette vlaamse kolonisatie en union avec la grande famille francophone (Bxl + Wallonie + France), afin d'être plus fort. Plus fort face à la Flandre qui va se battre pour garder ses colonies, mais aussi pour assurer notre sécurité sociale, économique et enfin pour nous donner la grandeur qui nous manque tant.