WSJ: "La Belgique sera-t-elle le prochain Euro Domino à tomber?"

Wall Street Journal: "Belgium: Will it Be The Next Euro Domino to Fall Down?"

Dans le milieu des années 1990, un ami qui travaillait comme analyste expérimenté du crédit au sein d'une grande banque d'investissement, avec une expérience directe des opérations du gouvernement belge sur les marchés, m'a appelé.

Les positions de la Belgique ne sont pas seulement massives mais aussi probablement toxiques, a-t-il dit, quoique dans un langage plus coloré.

Les hauts fonctionnaires au Trésor belge qui ont pris mon appel ont nié que le gouvernement était dangereusement exposé, ajoutant que l'analyste crédit a probablement vu qu'une partie de la position et que le reste a été couvert (ndlr: contre des risques de variation défavorable, une opération complexe appelée "hedging") En outre, le gouvernement belge ne faisait rien d'autre que ce que les autres gouvernements européens faisaient.

Faute de preuves documentées, je ne pouvais aller nulle part avec cela.

Mais il est apparu en 1997 que le gouvernement encouraient des pertes de 44 milliards de francs belges (environ 1,2 milliard $, ou 0,5% du PIB) à ce moment sur sa politique de gestion de la dette.

Maintenant, dans le contexte de la crise du crédit de 2008 et des désastres financiers qui ont suivi, ce sont des cacahuètes. Mais à ce moment c'était vu comme un pari terriblement dangereux.

Depuis lors, il est devenu évident que certains gouvernements européens ont utilisé des produits dérivés pour cacher l'ampleur de leurs dettes publiques, en utilisant l'équivalent de ce genre d'instruments hors-bilan qui a amené le secteur bancaire au bord de l'effondrement au cours de la crise du crédit.

La Grèce l'a fait, avec l'aide de Goldman Sachs (ndlr: banque d'investissement américaine). Est-il farfelu de croire Belgique pourrait faire la même chose?

La Belgique a reconnu publiquement que son ratio dette brute / PIB est déjà à 100%. En 2008, avant que la Grèce ait dû reconnaître la taille réelle de sa dette publique, elle avait un ratio de 99%. Cette année, le ratio de la Grèce sera supérieur à 130%, en route - probablement - vers 150% au cours des deux prochaines années.

OK, sur la plupart des autres indicateurs, la Belgique ne fait pas (tout à fait) aussi mal que les pays européens périphériques actuellement en crise.

Mais les chiffres ne font rien pour nous réjouir. Le déficit budgétaire de la Belgique est prévu à 4,8% cette année, selon le FMI, et il est vu en hausse pour les années à venir.

C'est vrai, le déficit structurel, à 3,5%, représente environ la moitié de celui de la Grèce.

Mais compte tenu que la Belgique est sans gouvernement depuis avril et qu'elle est déchirée par des tensions profondes entre les communautés de langue française et néerlandaise, les perspectives d'une politique économique forte et clairvoyante semblent très éloignées.

Le coût des primes d'assurance sur la dette de la Belgique est en hausse rapide (ndlr: lire l'article du "Guardian", lien en bas de page). Les CDS commencent à exploser (ndlr: les prix des contrats de protection contre le risque de défaillance, ou de non-paiement de l'Etat belge).

Ils sont maintenant à un record historique de 160 points de base (ndlr: 1.6%), en hause d'environ 10 points de base rien qu'aujourd'hui (ndlr: traduisant le fait que les marchés estiment que la probablité que la Belgique fasse défaut sur sa dette augmente fortement et rapidement).

Certes, c'est bien en dessous des CDS des pays en crise, comme l'Irlande, qui sont supérieurs à 600 bps (ndlr: 6%). Même l'Espagne est au double du niveau de la Belgique. Mais il est aussi utile de rappeler que les CDS irlandais se négociaient à 150 points de base au début de l'année (ndlr: soit en-dessous du niveau actuel de la Belgique).

Les risques réels pour la Belgique, cependant, sont susceptibles de venir de l'exposition de son secteur financier sur la dette des pays européens périphériques (ndrl: ces pays risquent de ne plus être en mesure de rembourser, ce qui toucherait la Belgique par effet de "contagion").

La Belgique est exposée sur l'Irlande à hauteur de 29 milliards de dollars, ce qui est plus de 5% de son PIB, selon Simon Johnson, professeur au MIT et ancien économiste en chef du FMI, qui a écrit sur son blog de référence (ndlr: lien en bas de page).

Avec les Allemands qui parlent une fois de plus de l'idée de faire supporter une partie de l'effort aux créanciers au même titre que les contribuables (allemands), un défaut irlandais entraînerait dans sa chutte très probablement la Belgique aussi.

Lire aussi:

The Guardian: "La Belgique dans la ligne de feux des marchés financiers"
Blog de Simon Johnson sur le New York Times: "L'Irlande bientôt en faillite? Demander à la Belgique"

0 commentaires: