Pour le WSJ la Belgique est une expérience qui a échoué

Le Wall Street Journal est le quotidien économique et financier le plus vendu au monde. Il a publié ce mercredi 26 janvier 2011 un article sur la crise politique que traverse la Belgique: Divorce, Belgian-Style ("Divorce, style belge"). Vous trouverez ci-dessous une traduction libre de cet article. Ce blog ne partage pas nécessairement toutes les opinions exprimées dans cet article. Mais il est intéressant de connaître la perception des milieux financiers américains.

Divorce, style belge

Le week-end dernier, 30.000 Belges sont descendus dans les rues de leur capitale pour demander la formation d'un gouvernement. Pour les manifestants, n'importe quel gouvernement ferait l'affaire. Le pays n'en a plus depuis 227 jours et il comptera bientôt quatre années d'impasse politique, période au cours de laquelle les gouvernments intérimaires se sont succédés. Si cela ne signale pas encore que la Belgique est un état à l'agonie, cela suggère cependant la fin de la Belgique en tant que laboratoire de la politique identitaire.

Au cours des deux dernières décennies, la Belgique a été gouvernée par un mariage improbable du centre-droit flamand et des socialistes wallons, qui régulièrement se sont associés pour former des gouvernements représentant des langues et des idéologies différentes. Cet accord est le résultat d'une tradition selon laquelle le gouvernement est censé inclure les partis les plus importants des communautés française et néerlandaise, qu'ils soient compatibles ou pas. Il était également destiné à servir de cordon sanitaire - pardonnez notre français (ndlr: référence à cet article) - pour exclure les douteux nationalistes flamands.

Mais à présent, cette expérience s'écroule tant du point de vue politique qu'économique. Ces dernières semaines, les marchés obligataires ont fait monter le rendement sur la dette souveraine belge, pour tenir compte du risque accru que la Belgique ne soit plus capable de rembourser ses dettes en raison de la crise politique. Récemment, les inquiétudes du marché obligataire ont forcé Albert II, Roi des Belges, à intervenir, appelant le gouvernement canard boîteux toujours en présence depuis les élections de juin dernier à prendre des mesures d'austérité.

Ensuite, il y a l'avènement, de la Nouvelle Alliance Flamande, ou NVA, à la suite d'une série de défections et de réalignements politiques. Classiquement libérale en matière économique, d'aspiration nationaliste flamande, la NVA s'est imposée l'année dernière au parlement fédéral comme le plus grand parti du pays, obtenant 27 sièges sur 150 - mais manquant d'un partenaire de coalition viable du côté francophone du pays, où les socialistes dominent une fois de plus.

Il y a dix ans, on aurait pu s'attendre à ce qu'un parti libéral flamand sacrifie ses principes pour les avantages du pouvoir. Pas cette fois. Ce parti n'a pas appelé à la dissolution immédiate du pays ou à la sécession. Mais il a insisté sur le fait que le prochain gouvernement doit rectifier ce qu'il considère comme une distorsion dans la façon dont les sièges sont attribués au Parlement. Les Wallons considèrent que cela réduirait leur représentation au Parlement et par conséquent ils s'y opposent.

Pendant ce temps, les intérêts des deux parties du pays ont divergé de façon constante au fil des ans, la base industrielle de la Wallonie s'est effrondrée tandis que la Flandre autrefois économiquement en retard a depuis prospéré. Le PIB de la Flandre est aujourd'hui d'environ 35% supérieur à celui de la Wallonie, et son taux de chômage est deux fois moins élevé. Il en résulte des importants transferts financiers entre les Flamands du nord et les Wallons du sud, et des taxes beaucoup plus élevées que ce que les flamands voudraient.

La popularité de la NVA peut signaler jusqu'à quel point la Flandre est prête à payer. La solution de sortie la plus élégante pour la Wallonie serait d'adopter un programme de libéralisation économique visant à réduire son écart avec la Flandre. A l'heure actuelle, il y a peu de signes qui vont dans ce sens dans la politique wallonne. Mais sans l'émergence d'une forme de mouvement politique pro-croissance dans le sud de la Belgique, l'écart économique avec le nord continuera d'exacerber les tensions dans ce pays qui, nous pourrions bientôt avoir à le dire, était autrefois connu comme la Belgique.

2 commentaires:

  1. Sébastien Strazzer dit

    "A l'heure actuelle, il y a peu de signes qui vont dans ce sens dans la politique wallonne."

    L'Olivier (= arbre politique qui penche beaucoup à gauche et qui est bien enraciné) n'est pas néfaste que pour la Wallonie, on a vu les concessions sans contreparties auxquelles cette alliance a pu mener lors des dernières négociations. Heureusement, ces dernières ont capoté ...


    Anonyme dit

    Interssant mais un peu caricatural et surtout pas un mot surBxl qui est le coeur du problème. Dommage