BBC: "La Belgique, un bateau qui va de toute façon couler"
Ci-dessous la traduction libre de l'article Belgium 'a boat that will sink anyway' publié par la BBC mecredi 23 février 2011.
La Belgique “un bateau qui va couler de toute façon "
Ecrit par Jonty Bloom
Est-ce que l’avenir économique de la Belgique pourraît être mis en péril alors qu’elle est sans gouvernement depuis plus de 250 jours ?
D’un côté l’impasse politique ne semble pas nuire au pays. Les taxes continuent à être perçues, les sacs poubelles sont toujours ramassés et les écoles restent ouvertes.
Les chiffres de la Banque Centrale montrent que la confiance des consommateurs dans le pays est forte, atteignant en février le niveau le plus élevé depuis 2007.
Alors l’absence d’un gouvernement est-elle réllement importante? Peut-être pas pour gérer les affaires quotidiennes, l’Etat continue à fonctionner, mais pour d’autres choses, c'est le cas.
La dette publique de la Belgique, par exemple, se situe actuellement aux alentours de 100% de la production économique annuelle.
C’est le troisième niveau le plus élevé dans l’UE, ce qui a suscité des comparaisons très inquiétantes avec l’Espagne et le Portugal, et même l’Irlande et la Grèce.
Ces comparaisons sont gênantes pour la Belgique, ne fût-ce que parce que les autres pays affectés dans l’UE ont au moins commencé à mettre de l’ordre chez eux.
Le Roi des Belges a demandé au gouvernement intérimaire de se pencher sur des réductions de dépenses publiques.
Mais l’économiste Carsten Brzeski de la banque ING à Bruxelles dit qu’un désastre s’annonce.
« Il n’y a pas de solution. Avec une dette publique de 100% du PIB et une population vieillissante, il faut faire quelque chose. Vous ne pouvez pas retarder éternellement la prise de mesures radicales », dit-il.
Mais sans un gouvernement national fort, il est difficile d’imaginer que le pays puisse décider des restrictions budgétaires importantes et douloureuses et augmenter les taxes pour réduire drastiquement le niveau d’endettement.
Division linguistique
Les partis politiques de la Belgique essaient de former un gouvernement depuis les élections du 13 juin 2010.
Mais la perspective de formation de ce type de gouvernement fort qui est nécessaire pour imposer des réformes radicales devient de plus en plus improbable.
Mais la perspective de formation de ce type de gouvernement fort qui est nécessaire pour imposer des réformes radicales devient de plus en plus improbable.
La Belgique est à présent presque totalement scindée sur la base des frontières linguistiques entre les riches flamands du nord et les francophones plus pauvres du sud.
Chaque région a son propre parlement et il existe aussi des parlements pour chaque groupe linguistique. Le résultat a été la mort des partis politiques à l’échelle nationale et des batailles sans fin à propos de la langue.
Linkebeek est une petite ville de la périphérie de Bruxelles bilingue. Au départ flamande et faisant toujours partie de la Flandre, elle est actuellement habitée par des navetteurs francophones de la capitale qui cherchent une meilleure qualité de vie. Mais ils veulent parler le français.*
Damien Thiéry, le maire de la ville, dit que cela engendre de réels problèmes.
« Nous sommes obligés de parler en flamand lors de toutes nos réunions officielles. Et si nous prononçons un seul mot en français, les conseils communaux sont officiellement annulés par les autorités flamandes ».
Cela pourrait ressembler à une farce mais c’est en réalité le coeur du problème.
En Belgique, la division linguistique est devenue si fermement ancrée que les communautés françaises et flamandes n’ont presque rien en commun et elles refusent le compromis.
L’auteur et bloggeur Marcel Sel craint que le pays ne soit condamné.
« Je le compare au Titanic, les dernières élections ont été la brèche quand le Titanic a heurté l’iceberg et ensuite il n’y a rien que tu puisses faire … le bateau va couler de toute façon », dit-il.
Mark Reynebeau, un journaliste politique du quotidien flamand De Standaard, dit que la scission de la nation sur une base linguistique est tout simplement trop compliquée pour devenir une réalité.
« Je pense que c’est tout à fait impossible, ne fût-ce que pour des raisons pratiques », dit-il.
“La Belgique est tellement entrelacée, en particulier avec Bruxelles au milieu, qu’il est virtuellement impossible de la scinder d’un point de vue technique ».**
Avec les francophones et les flamands revendiquant Bruxelles bilingue, il pourrait être imposible de se mettre d’accord sur la façon de scinder le pays.
Le problème est qu’il semble aussi virtuellement impossible de se mettre d’accord sur la formation d’un gouvernement national.
* Correction apportée par FDB : la frontière linguistique a été fixée en 1962-1963 sans consultation des populations concernées, majorité flamande contre minorité francophone, à la suite du boycott illégal des élections organisées par 300 bourgmestres flamingants et des « marches flamandes » sur Bruxelles. Un tel passage en force n’est plus possible aujourd’hui, la Constitution accordant désormais des mécanismes de protection pour la minorité de langue française de Belgique. Bien entendu, FDB conteste avec fermeté la fixation arbitraire de la frontière linguistique, et de manière plus générale, la politique flamande de colonisation politique de territoires qui n’appartiennent pas à la Flandre.
**Commentaire de FDB: Que Marc Reynebeau s’occupe de sa Flandre et qu’il laisse les Bruxellois décider de leur destin. Le temps de la colonisation est passé. Il devrait le savoir.
0 commentaires:

