Archive Vidéo 1973: Bruxelles: "Non à la Flamandisation"
Dans le centre de Bruxelles, rue du Fossé aux Loups, devant le siège de la Caisse Générale d'Epargne et de Retraite (CGER/ASLK), une manifestation a lieu. Sur une pancarte, on peut lire "Non à la Flamandisation".
Un ouvrier témoigne devant la caméra: "Le chef est flamand, le sous-chef est flamand, alors quelles sont les possibilités d'avenir des ouvriers?". Un autre explique: "Nous venons d'être dotés d'un cadre linguistique. Un cadre linguistique, cela signifie que chaque membre du personnel est affecté à un rôle linguistique: français ou flamand. Actuellement, ce cadre linguistique qui nous a été imposé par le dernier gouvernement démissionnaire, par André Vlerick, Ministre (flamand) des finances, nous impose une proportion de 57% d'agents du rôle linguistique néerlandais et 43% du rôle linguistique français. Cela ne correspond pas aux besoins réels de l'institution. Pour arriver à cette proportion, Mr Vlerick a fait abstraction de la clientèle bruxelloise. Hors nous avons des statistiques absolument certaines qui montrent, qu'à Bruxelles, nous avons 80% de notre clientèle qui est francophone. Nous demandons, dans un premier temps, que ce cadre linguistique soit constitué de manière équitable, en prenant en compte l'ensemble de notre clientèle. Si nous n'obtenons pas satisfaction, nous revendiquerons la division de la Caisse d'Epargne. Mais nous croyons qu'il est encore possible de trouver une solution équilibrée. Je peux vous dire également que le personnel francophone est composé de 52% Wallons. Cela veut dire que chaque fois que nous perdons deux emplois francophones à la Caisse d'Epargne, nous perdons un emploi wallon, absolument irrécupérable. Ce qui concerne la Caisse d'Epargne, concerne la communauté francophone de tout le pays."
Henri Mordant (1), interrogé par Jacques Bredael (2), journaliste de la RTBF, explique: "Ce déséquilibre est possible parce que l'on ne tient pas compte de Bruxelles. La clientèle est à 80% francophone mais légalement cela ne compte pas. C'est la loi du 18 juillet 1966 sur l'emploi des langues en matière administrative. Bruxelles ne compte pas. Conséquence: les emplois sont distribués à Bruxelles en fonction de la répartition entre la Wallonie et la Flandre: soit environ 60% contre 40%. C'est clair: on bloque le recrutement du côté francophone, même si on a besoin d'agents francophones, et on ouvre les portes aux agents flamands, même si l'on a pas besoin d'emplois flamands". Jacques Bredael s'interroge: "En tant que Wallon, cela doit vous laisser complètement froid?". Réponse d'Henri Mordant: "Pas du tout. Cela me donne à penser au contraire. Une fois que l'on neutralise Bruxelles, la Belgique prend une physionomie assez troublante. Flandre: 60%, Wallonie 40%, c'est une minorisation écrasante. Et puis, des milliards circulent dans cette institution, des décisions sont prises, des investissements, c'est une question qui intéresse de très près la Wallonie. Et la moitié du personnel francophone est Wallon". "Et si l'on scindait la Caisse d'Epargne?" demande Jacques Bredael. Mr Modrant répond: "Une Caisse d'Epargne francophone serait libre de fixer son cadre d'après ses besoins réels, et donc libre d'engager le nombre d'agents francophones qu'il lui faut pour servir la clientèle. Et de son côté une Caisse d'Epargne flamande pourrait engager autant d'agents qu'il lui plaît, même au dela de ses besoins si cela lui chante."
Ces événements, ces témoignages datent de ... 1973. Henri Mordant et Jacques Bredael expliquent, il y a près de 40 ans: "En 1963, les grincements linguistiques en Belgique existaient déjà, en 1973 il y en a encore! Le décret de septembre fait sensation. Il impose le néerlandais comme langue unique de travail en Flandre et menace d'amende et de prison tout employeur qui oserait s'exprimer autrement. Un nouveau cadre linguistique est fixé. Sans tenir compte de Bruxelles, il concerne tous les services centraux dont l'activité s'étend à l'ensemble du pays comme les ministères, les grands parastataux...C'est la première fois que le principe du déséquilibre régional est appliqué aussi rigoureusement à une institution qui comporte un personnel nombreux. Qu'est-ce que ce cadre linguistique? Qu'en est-il de sa répartition? Que prévoit la loi pour les services locaux ou régionaux implantés à Bruxelles? Quelles incidences sur les administrations communales, les hôpitaux?"
Un ouvrier témoigne devant la caméra: "Le chef est flamand, le sous-chef est flamand, alors quelles sont les possibilités d'avenir des ouvriers?". Un autre explique: "Nous venons d'être dotés d'un cadre linguistique. Un cadre linguistique, cela signifie que chaque membre du personnel est affecté à un rôle linguistique: français ou flamand. Actuellement, ce cadre linguistique qui nous a été imposé par le dernier gouvernement démissionnaire, par André Vlerick, Ministre (flamand) des finances, nous impose une proportion de 57% d'agents du rôle linguistique néerlandais et 43% du rôle linguistique français. Cela ne correspond pas aux besoins réels de l'institution. Pour arriver à cette proportion, Mr Vlerick a fait abstraction de la clientèle bruxelloise. Hors nous avons des statistiques absolument certaines qui montrent, qu'à Bruxelles, nous avons 80% de notre clientèle qui est francophone. Nous demandons, dans un premier temps, que ce cadre linguistique soit constitué de manière équitable, en prenant en compte l'ensemble de notre clientèle. Si nous n'obtenons pas satisfaction, nous revendiquerons la division de la Caisse d'Epargne. Mais nous croyons qu'il est encore possible de trouver une solution équilibrée. Je peux vous dire également que le personnel francophone est composé de 52% Wallons. Cela veut dire que chaque fois que nous perdons deux emplois francophones à la Caisse d'Epargne, nous perdons un emploi wallon, absolument irrécupérable. Ce qui concerne la Caisse d'Epargne, concerne la communauté francophone de tout le pays."
Henri Mordant (1), interrogé par Jacques Bredael (2), journaliste de la RTBF, explique: "Ce déséquilibre est possible parce que l'on ne tient pas compte de Bruxelles. La clientèle est à 80% francophone mais légalement cela ne compte pas. C'est la loi du 18 juillet 1966 sur l'emploi des langues en matière administrative. Bruxelles ne compte pas. Conséquence: les emplois sont distribués à Bruxelles en fonction de la répartition entre la Wallonie et la Flandre: soit environ 60% contre 40%. C'est clair: on bloque le recrutement du côté francophone, même si on a besoin d'agents francophones, et on ouvre les portes aux agents flamands, même si l'on a pas besoin d'emplois flamands". Jacques Bredael s'interroge: "En tant que Wallon, cela doit vous laisser complètement froid?". Réponse d'Henri Mordant: "Pas du tout. Cela me donne à penser au contraire. Une fois que l'on neutralise Bruxelles, la Belgique prend une physionomie assez troublante. Flandre: 60%, Wallonie 40%, c'est une minorisation écrasante. Et puis, des milliards circulent dans cette institution, des décisions sont prises, des investissements, c'est une question qui intéresse de très près la Wallonie. Et la moitié du personnel francophone est Wallon". "Et si l'on scindait la Caisse d'Epargne?" demande Jacques Bredael. Mr Modrant répond: "Une Caisse d'Epargne francophone serait libre de fixer son cadre d'après ses besoins réels, et donc libre d'engager le nombre d'agents francophones qu'il lui faut pour servir la clientèle. Et de son côté une Caisse d'Epargne flamande pourrait engager autant d'agents qu'il lui plaît, même au dela de ses besoins si cela lui chante."
Ces événements, ces témoignages datent de ... 1973. Henri Mordant et Jacques Bredael expliquent, il y a près de 40 ans: "En 1963, les grincements linguistiques en Belgique existaient déjà, en 1973 il y en a encore! Le décret de septembre fait sensation. Il impose le néerlandais comme langue unique de travail en Flandre et menace d'amende et de prison tout employeur qui oserait s'exprimer autrement. Un nouveau cadre linguistique est fixé. Sans tenir compte de Bruxelles, il concerne tous les services centraux dont l'activité s'étend à l'ensemble du pays comme les ministères, les grands parastataux...C'est la première fois que le principe du déséquilibre régional est appliqué aussi rigoureusement à une institution qui comporte un personnel nombreux. Qu'est-ce que ce cadre linguistique? Qu'en est-il de sa répartition? Que prévoit la loi pour les services locaux ou régionaux implantés à Bruxelles? Quelles incidences sur les administrations communales, les hôpitaux?"
(1) Henri Mordant (Herstal, le 2 juillet 1927 - Liège, le 2 juillet 1998) est un journaliste et un homme politique belge de langue française. Docteur en Droit de l'Université de Liège et passionné d'économie, il entre à la rédaction du Journal télévisé en 1960. Il se révèle être un vulgarisateur de premier plan, muni d'un solide sens de l'humour. Il participera à des émissions comme « Le magazine des consommateurs » ou « À suivre » où son style influencera plusieurs générations de journalistes, au point que l'on parle, en Belgique de « l'École Mordant ». Il fut conseiller régional wallon du 15 décembre 1980 au 3 septembre 1985 pour le Rassemblement wallon. En 1995, Henri Mordant se présente aux élections régionales wallonnes à la tête d'une liste préconisant un rapprochement institutionnel de la Wallonie avec la France (Source: Wikipédia)
(2) Jacques Bredael "est un journaliste belge né le 28 mai 1938 à Etterbeek. Il présente le journal télévisé de la RTBF de 1986 à 1997. Jacques Bredael était proche du parti socialiste francophone de Belgique bien qu'il fut souvent considéré comme modéré." (Source: Wikipedia).
PS. Le Ministre flamand André Vlerick a fondé la Vlerick Leuven Gent Management School
6 commentaires:



Deux remarques :
1) les ouvriers entonnent spontanément la Marseillaise ... comme toujours, en Belgique, les "responsables" escamotent pudiquement ...
2) Il faudrait une émission semblable consacrée à Meise ... qui puisse aussi être montrée en France, où l'on ne se doute pas que la situation est pourrie à ce point ...
melodius dit
Merci pour ce rappel qui montre bien à quel point l'offensive flamande est continue. Et je rappelle que les Belgicains, à l'époque, affirmaient déjà que ces petites concessions permettraient de calmer la voracité flamande - on a vu ce qui en était.
FrancophoneDeFlandre dit
Je suis cadre moyen dans un groupe international, 80% du cadre est flamand et beaucoup s'affichent NVA san honte, les francophones qui ne parlent pas flamand sont traités comme... Les Flamands s'auto-promeuvent et se réservent les bonus, les plans de réorganisation sont d'abord communiqués aux Flamands. Dans mon groupe il y a la Flemish connection, puis il y a le reste.
melodius dit
Moi aussi je bosse dans une boîte internationale. Comme par hasard, les seules équipes qui comptent un nombre plus que symbolique de francophones sont celles qui sont dirigées par des expats. Celles par contre qui sont dirigées par des Flamands sont flamandes à 95%; ils sont bien obligés d'accepter quelques expats. On va dire que c'est par hasard.
Jaio Furlanâr dit
Ensomme on en arrive à sentir que les tutsis et les hutus ou les israeliens et les palestiniens sont ici tout autour et que les blagues belges ne font plus rire personne.
Hinter dit
C'est clair.. et comme employé francophone il faut bosser 2 fois plus dur qu'un employé néerlandophone pour faire ses preuves..