Delacroix-Rolin: "Cette fois encore, nous sommes vendus"

Myriam Delacroix-Rolin, députée fédérale (CDH) et bourgmestre francophone de Rhode-Saint-Genèse, une commune à "facilités" de la périphérie bruxelloise, placée en Région Flamande lors de la fixation arbitraire de la frontière linguistique en 1962-1963, a livré ses impressions sur le volet institutionnel de l'accord gouvernemental conclu par quatre partis francophones (y compris le sien, le CDH) et quatre partis flamands (BHV:" Nous avons encore été vendus").

Extraits:

Le Vif: BHV scindé, la bourgmestre francophone de la périphérie flamande que vous êtes est-elle rassurée ?

Myriam Delacroix-Rolin: les problèmes dans la vie de tous les jours vont subsister, les circulaires Peeters du gouvernement flamand sont maintenues, la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales aurait dû être reconnue pour parvenir à une véritable solution, ce qui n’est pas le cas. Enfin, trois bourgmestres francophones en périphérie (NDLR : Linkebeek, Crainhem, Wezembeek-Oppem) ne sont pas nommés, au mépris du respect des droits de l’électeur.

Le Vif: Les francophones se sont-ils aplatis ?

Myriam Delacroix-Rolin: Nous savions que les néerlandophones allaient imposer leur volonté aux francophones. Nous avons refusé le blocage, parce que le temps pressait: il fallait former un gouvernement et trouver absolument une solution pour sauver la Belgique. Les négociateurs francophones nous ont beaucoup écoutés, ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient mais ils avaient le couteau sur la gorge.

Le Vif:Les droits des francophones de la périphérie sacrifiés pour le salut de la patrie, en somme ?

A chaque réforme institutionnelle, les francophones de la périphérie perdent des droits et se retrouvent un peu plus en Flandre. C’est chaque fois le même manège: on entame la négociation avec optimisme, on entreprend des démarches auprès des négociateurs, on dépasse les enjeux des partis pour faire cause commune, francophones confondus. On tente de sauver les meubles, et au final on perd. Cette fois encore, nous sommes vendus.

Le Vif:Ce n’est pas très classe, tout ça…

Myriam Delacroix-Rolin: Lors de la réforme précédente, en 2001, il fallait obtenir de l’argent pour l’enseignement francophone. Cette fois, les quatre partis francophones demandaient l’élargissement de Bruxelles en cas de scission de BHV : mais il s’est avéré que les régions bruxelloise et wallonne manquaient de moyens financiers. Et nous avons à nouveau servi de monnaie d’échange.

Le Vif: Où est la pacification communautaire tant louée, dans tout ça ?

Myriam Delacroix-Rolin: La pacification ? Non, non, non ! Il faut vivre dans nos communes à facilités pour savoir que c’est l’inverse. Les provocations de l’autorité flamande sont incessantes, dans tout, tout, tout ! Des décisions de la commune sont suspendues ou annulées, les budgets communaux approuvés avec retard par la tutelle, des subsides sont retardés, des projets en matière de travaux publics sont décidés sans nous avertir: on nous ennuie sur tous les dossiers. Soit la Flandre se décide à nous traiter comme les autres communes flamandes, soit elle continuera à nous chercher des poux. Mais nous sommes et nous resterons des citoyens de seconde zone en Flandre, c’est vrai.

4 commentaires:

  1. Anonyme dit

    Pour rappel, Mme Delacroix-Rolin s'est aplatie devant l'autorité flamande pour être nommée bourgmestre...

    Sa lucidité s'avère pour le moins tardive...


    Bruxellois dit

    En complément du message précédent : il faudra le rappeler aux Rhodiens en temps utile, et plutôt deux fois qu'une !

    A un an des élections communales, il est temps de songer à sa ré-élection, c'est la seule chose qui importe, n'est-ce pas, Mevrouw Van het Kruis ?

    Et pour ce faire, chiche qu'elle s'aplatira une nouvelle fois devant la circulaire Peeters !

    J'ose espérer que les Rhodiens, entre autres, se souviendront de leur abandon par le parti unique belgicain et prébendier P$-MR-CDH-Ecolo !


    Denis Griesmar dit

    Un journaliste faisant son métier pourrait-il demander à Mme Delacroix-Rolin qu'elle explique publiquement pourquoi elle tient tellement à sauver la Belgique dans ces conditions ? N'y a-t-il vraiment pas d'autre solution ? ...Un pays dans lequel 40 % de la population vit sous un chantage permanent mérite-t-il d'être sauvé ? Poser la question, c'est y répondre.


    Anonyme dit

    Vous n'avez pas encore compris que les accords sont du confédéralisme à la belge. La Flandre à eu ce qu'elle désiraient, à vous de choisir votre avenir mais plus dans la belgique, votre Belgique est morte, nous en reparlerons aux prochaines élections.

    Vive la république